L’Arabie saoudite a classé vendredi les Frères musulmans et des groupes jihadistes comme « organisations terroristes » et a lancé un ultimatum à ses ressortissants combattant à l’étranger pour rentrer au pays.

Ces décisions constituent une escalade majeure contre les Frères musulmans égyptiens, auxquels Ryad est hostile, et témoignent des craintes croissantes du royaume d’un retour au pays de Saoudiens rendus plus extrémistes par la guerre en Syrie.

Elles surviennent dans un contexte de grave crise au sein des monarchies arabes du Golfe après la décision de l’Arabie saoudite, de Bahreïn et des Emirats arabes unis de mettre au pas le Qatar, qui appuie la montée islamiste dans la foulée du Printemps arabe.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé dans un communiqué sa « première liste incluant les partis, les groupes et les courants » proclamés « terroristes », en y incluant « Al-Qaïda, les Frères musulmans, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), le Front Al-Nosra, le Hezbollah (saoudien) et les rebelles chiites zaïdites dits Houthis au Yémen ».

Il a en outre énuméré des dispositions interdisant toute activité partisane dans le royaume ou via internet, ainsi que les appels à manifester, renforçant ainsi les mesures répressives dans ce royaume ultraconservateur qui a jusqu’à présent réussi à éviter les grands rassemblements du Printemps arabe.

Selon le communiqué du ministère, toute personne qui « appuiera moralement ou financièrement » les organisations incriminées, « exprimera ses sympathies » à leur égard ou fera leur « promotion à travers les médias ou les réseaux sociaux » sera poursuivie en justice.

« Les appels, la participation, la promotion ou l’instigation aux sit-in, manifestations, rassemblements et communiqués communs » seront également passibles de prison, ajoute le texte.

Dans ce contexte, l’Arabie saoudite a donné à ses ressortissants combattant à l’étranger un délai de 15 jours à partir de ce vendredi pour rentrer au pays.

Même si Ryad soutient la rébellion contre le régime du président syrien Bachar al-Assad, cet appel s’adresse surtout aux Saoudiens luttant en Syrie aux côtés des groupes jihadistes, dont l’EIIL et al-Nosra.

Tout Saoudien « qui a participé à des combats hors du royaume aura 15 jours pour retourner dans sa patrie », selon le communiqué.

Début février, Ryad avait annoncé que tout Saoudien participant à des combats à l’étranger et faisant partie de « groupes terroristes » serait passible de peines allant de trois à 20 ans de prison.

Le royaume, violemment opposé aux groupes islamistes tels les Frères musulmans, figure parmi les principaux soutiens au pouvoir mis en place par l’armée en Egypte après la destitution du président Mohamed Morsi, issu de la confrérie.

Depuis un an, les autorités saoudiennes multiplient les mises en garde aux Saoudiens tentés de s’engager aux côtés des rebelles syriens, majoritairement sunnites, qui combattent le régime Assad.

Selon des diplomates, des centaines de Saoudiens, peut-être même des milliers, se sont néanmoins rendus en Syrie.

L’implication de Saoudiens dans des groupes jihadistes fait craindre à Ryad la résurgence à leur retour des attaques meurtrières menées entre 2003 et 2006 par Al-Qaïda dans le royaume.

Les tribunaux spécialisés dans les affaires de terrorisme ont commencé en 2011 à juger des dizaines de Saoudiens et d’étrangers accusés d’être impliqués dans cette vague d’attentats ou d’appartenance à Al-Qaïda.

Au Yémen, les rebelles Houthis sont implantés dans le nord du pays et combattent l’armée et un groupe islamiste yéménites.