Les dirigeants saoudiens cherchent à obtenir des Etats-Unis l’assurance qu’ils ne tolèreront pas l' »interférence » de l’Iran dans les affaires arabes, lors de la visite du secrétaire à la Défense Ashton Carter.

Carter a eu une audience à Jeddah (ouest) avec le roi Salmane, avant un entretien avec son homologue saoudien, le prince Mohamed Ben Salmane Ben Abdel Aziz.

Le dirigeant américain est en tournée au Moyen-Orient pour rassurer les alliés de Washington, qui craignent que l’Iran soit un jour capable de se doter de l’arme atomique malgré l’accord conclu à Vienne entre Téhéran et les puissances internationales, dont les Etats-Unis.

Les monarchies sunnites du Golfe s’inquiètent aussi de l’ouverture de l’administration américaine, leur traditionnel partenaire, vers l’Iran, leur rival chiite.

L’Arabie saoudite et ses voisins arabes du Golfe estiment que l’accord de Vienne va élargir l’influence de la République islamique, accusée d' »interférence » en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen et à Bahreïn.

Le royaume saoudien et Israël, tous deux inquiets, sont « sur la même longueur d’ondes » quant à l’accord, en vertu duquel l’Iran va reprendre progressivement ses exportations pétrolières et obtenir le dégel de plusieurs dizaines de milliards de dollars, a noté un diplomate occidental dans la région.

Carter a déjà rencontré mardi a Jérusalem le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un opposant déterminé au compromis.

« Les Saoudiens pensent que (l’accord) est une erreur mais ils ne le disent pas aussi fort que les Israéliens », a commenté le diplomate.

La semaine dernière, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir avait mis en garde l’Iran contre toute tentative d’utiliser l’argent généré par la levée des sanctions économiques pour financer des « aventures dans la région ».

« Si l’Iran essayait de commettre un acte malveillant dans la région, nous serions résolument engagés à l’affronter », avait déclaré Jubeir, en visite à Washington.

course à l’armement

La méfiance envers l’Iran pourrait provoquer une course à l’armement atomique au Moyen-Orient, selon le diplomate, selon qui Ryad n’hésiterait pas à se lancer s’il venait à réaliser que Téhéran violait ses engagements et cherchait à fabriquer la bombe atomique.

« Ce sera très rapide et très facile » pour l’Arabie saoudite d’acquérir des capacités nucléaires, a ajouté le diplomate, alors que d’autres doutent de la rapidité à laquelle le royaume pourrait accéder au nucléaire.

En juin, la France et l’Arabie saoudite ont annoncé une étude de faisabilité pour la construction de deux réacteurs nucléaires dans le royaume, qui avait déjà passé l’an dernier des accords avec la Russie et la Corée du Sud sur l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.

Outre ses liens avec les Etats-Unis, Ryad élargit ses alliances pour contrer Téhéran en vertu d’une politique étrangère plus affirmée, adoptée depuis que l’accession du roi Salmane au trône en janvier.

Deux mois plus tard, le royaume a pris la tête d’une coalition arabe pour lancer des frappes aériennes au Yémen contre les rebelles chiites Houthis pro-iraniens, qui menacent de prendre le contrôle de tout ce pays, voisin de l’Arabie saoudite.

Il participe aussi depuis l’an dernier à la coalition internationale qui, sous la conduite des Etats-Unis, bombarde le groupe Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie.

Ashton Carter a proposé d’intensifier la coopération militaire.

Washington entend en particulier parler de formation et d’entraînement des forces spéciales, de sécurité informatique, de défense anti-missiles ou de liberté de navigation dans les détroits stratégiques de la Mer Rouge et du Golfe, selon un responsable américain de la Défense.

« Nous continuerons à travailler avec Israël et nos autres partenaires dans cette région pour contrer le danger iranien, comme nous le faisons pour contrer le groupe Etat islamique », avait souligné Carter mardi devant des militaires de six pays de la coalition contre le groupe djihadiste.