Dans une interview avec un média palestinien, Saeb Erekat s’en prend à la notion d’Etat juif et affirme que l’intransigeance israélienne empêche la solution à deux Etats.

Saeb Erekat, le chef des négociations de paix pour l’Autorité Palestinienne, a qualifié mardi Israël de « régime raciste » contre lequel la communauté internationale devrait s’élever et qu’elle devrait punir.

Le négociateur en chef palestinien des pourparlers a réaffirmé que les Palestiniens ne reconnaîtront jamais Israël en tant qu’Etat juif, une revendication fondamentale de la part des Israéliens lors des négociations de paix actuelles.

S’exprimant lors d’une table-ronde, organisée la semaine dernière lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, avec son homologue israélienne, la ministre de la Justice Tzipi Livni, Erekat a déclaré que « Livni nous a accusé de ne pas vouloir la paix, et je lui ai dit qu’Israël faisait preuve de racisme contre les Palestiniens […]. La communauté internationale devrait s’élever contre ce régime raciste, le tenir pour responsable et le punir. »

« Je lui ai dit devant le monde entier que nous ne changerions pas notre Histoire, notre religion ou notre civilisation. Nous sommes les enfants légitimes de Palestine, [et] nous n’accepterons pas Israël en tant qu’Etat juif », a déclaré Erekat, selon l’agence de presse Ma’an.

Pendant la table ronde avec Livni, Erekat a affirmé que l’exigence israélienne était inacceptable. « Lorsque vous exigez ‘d’accepter Israël en tant qu’Etat juif’, vous me demandez de changer mon Histoire », a-t-il soutenu, affirmant que ses ancêtres avaient vécu dans la région « 5.500 ans avant que Joshua Bin-Nun [Yehoshua] ne vienne et brûle ma ville natale de Jéricho. »

Avant la Conférence de Munich, Erekat a rencontré la semaine dernière le Secrétaire d’Etat américain John Kerry à Washington.

Mardi, il a affirmé que « Kerry n’avait fait aucune proposition écrite ou officielle. » Les Palestiniens sont toujours dans l’attente d’une proposition d’accord-cadre, qui doit ouvrir la voie au statut final des négociations entre les deux camps.

Cet accord a été reporté en raison de « profondes divergences avec Israël, qui rejette la solution à deux Etats et le droit international », a-t-il ajouté.

Depuis le début des négociations de paix, qui ont repris en juillet 2013, Israël a « construit plus de 10.000 maisons pour les colons, démoli plus de 219 maisons palestiniennes et tué plus de 40 Palestiniens », selon Erekat.

Israël doit être « tenu pour responsable par la communauté internationale et pas seulement condamné et dénoncé », a-t-il affirmé.

Les pourparlers, menés par les Etats-Unis à huis clos entre les équipes de négociation, n’ont jusqu’à présent produit que de maigres résultats en vue du délai de neuf mois imparti et convenu en avril.

Kerry doit présenter prochainement un « accord-cadre » –  comportant les lignes directrices pour le statut final – qui doit être approuvé à la fois par les équipes de négociation israéliennes et palestiniennes.

Samedi, des hommes politiques de la droite israélienne s’en sont pris à Kerry pour ses déclarations lors de la Conférence de Munich dans lesquelles il a averti Israël face aux conséquences désastreuses en cas d’échec du processus de paix.

Kerry a déclaré qu’il était complètement sûr que le statut quo actuel n’était « pas viable… C’est une illusion. Il y a une prospérité temporaire. Il y a une paix temporaire. » Mais tout cela s’achèverait en cas d’échec des négociations, a-t-il ajouté, notant qu’Israël faisait déjà face à des menaces grandissantes de délégitimation et de boycott.

Les Palestiniens ont menacé d’intensifier leurs efforts pour être reconnus par les organisations internationales si les négociations de paix venaient à échouer et de faire pression pour imposer des fortes sanctions contre Israël.