Benjamin Netanyahu, quel politicien. Vous ne pouvez pas être le Premier ministre qui a été le plus longtemps au pouvoir après David Ben Gurion sans avoir les antennes fines et sans être le plus habile politiquement parlant.

Pas dans ce pays déchiré et aux opinions bien arrêtées.

Vous ne réussirez pas à donner l’impression, année après année, qu’il n’y a simplement pas une alternative à votre leadership. Il faut des années de crédibilité et d’expérience, que seul le temps peut vous apporter, et les combiner avec la capacité de donner l’image d’une personne compétente. Ajoutez à cela une excellente connaissance du fonctionnement des médias.

Il est vrai, Netanyahu a été aidé par la médiocrité et/ou la naïveté de certaines personnes qui adoreraient le voir abandonner la politique : l’ancienne chef de l’opposition du parti travailliste, Shelly Yachimovich, qui avait un trou noir à la place d’une politique diplomatique, son successeur Isaac Herzog, qui est trop doux, Yair Lapid, la voie du changement au ministère des Finances qui a été neutralisé, Tzipi Livni, qui a raté l’occasion de briller en 2009…

Aujourd’hui, Netanyahu doit utiliser sa remarquable habileté politique et son instinct de survie à nouveau. Il y a une opposition croissante au sein du Likud. Moshe Feiglin, qui est de la droite radicale, recrute constamment de plus en plus de partisans dans la liste du parti. Le nombre de partisans recrutés a atteint des sommets la semaine dernière et seule une manœuvre douteuse a empêché Netanyahu de connaître une défaite embarrassante lors d’un vote important au comité central du Likud.

Et il y a aussi le fait que les membres de la coalition se déchirent.

A droite, Naftali Bennett et Uri Ariel de HaBayit HaYehudi appellent à la construction de plus d’implantations et à des mesures plus sévères pour lutter contre la vague de violences palestinienne et le terrorisme. Ariel veut que le statu quo qui a cours au mont du Temple change, que la Cisjordanie soit annexée – quelles que soient les conséquences.

A gauche, Lapid et Livni veulent une politique plus modérée – tout sauf des constructions en Cisjordanie et l’agitation centrée autour du mont du Temple.

Le gouvernement tombera-t-il à cause du budget, à cause du projet de loi « Israël, Etat-nation du peuple juif », que Livni n’a pas réussi à enrayer dimanche, de la loi visant à démanteler Israel Hayom, le quotidien gratuit de l’allié de Netanyahu, Sheldon Adelson ? Ou tiendra-t-il encore un peu plus longtemps, bizarrement, dans un genre de désunion paralysée, parce que certains de ses membres craignent des élections anticipées ?

Quelles que soient les crises touchant son gouvernement, et en dépit de la popularité croissante de Bennett, et de la sagacité d’Avigdor Liberman, il serait stupide de parier contre le nouveau triomphe de Netanyahu, qui conserve un soutien populaire suffisant, et parvient à évincer ses rivaux.

La question est : Pourquoi ? Pourquoi Netanyahu survit-il ? Dans quel but ? Que cherche-t-il à accomplir ? Que peut-on attendre de lui ?

La droite est en colère contre lui parce qu’il lui fait du tort. Selon son point de vue, il n’a pas développé la construction dans les implantations de Cisjordanie. Il a libéré des dizaines de meurtriers palestiniens au nom d’un processus diplomatique qui s’est inévitablement effondré.

Il a réagi sur la défensive à la violence entourant le mont du Temple, faisant trop peu pour mettre en lumière son rôle central comme lieu le plus saint du judaïsme face à un monde arabe qui semble tout ignorer de ce lien.

Après avoir parlé si durement, il n’a pas catégoriquement cherché à évincer le Hamas de Gaza cet été, et aurait accepté un cessez-le-feu tandis que le réseau de tunnels d’attaques des terroristes du Hamas reste quasiment intact.

Quant à la gauche, elle est furieuse contre lui concernant les implantations. Il a annoncé des plans de construction au-delà des lignes de 1967 comme une sorte de punition suite à des actes de terrorisme palestiniens, s’aliénant les Etats-Unis et la plupart des communautés internationale dans la foulée.

Il a constamment miné Mahmoud Abbas, accusant le président de l’Autorité palestinienne de la recrudescence de la violence, incitée en grande partie par le Hamas ces dernières semaines, alors même que l’Autorité palestinienne oeuvrait pour empêcher sa propagation à la Cisjordanie.

Il a plombé l’effort de paix mené par Kerry en gérant maladroitement la crise autour de la libération des prisonniers arabes israéliens au printemps dernier. Il a déclenché des affronts publics avec Kerry et l’administration Obama autour de l’effort de cessez-le-feu à Gaza, des accords de sécurité en Cisjordanie, et de l’arrêt du nucléaire iranien.

Netanyahu lui-même pourrait souligner que le simple fait que les deux ailes de l’échiquier politique israélien affirment qu’il effectue un mauvais travail démontre la sagacité de son leadership à travers des vagues houleuses.

Peu de doute que ses futurs prétendus successeurs auraient mieux agi. En effet, il est étonnant, compte tenu des enjeux – un leadership incompétent peut avoir des conséquences existentielles pour notre petit pays – que des politiciens ineptes et arrogants soient toujours en lice pour le poste de Premier ministre.

Et pourtant, un aperçu impartial des dernières années de Netanyahu ne donne pas une belle image. L’Israël moderne se retrouve largement en mal d’optimisme et d’espoir – éléments essentiels à la résilience de la nation.

Les relations avec les États-Unis, allié essentiel d’Israël, sont effectivement en crise, mais ce n’est pas tout à fait de la faute de Netanyahu. Une gestion plus sensible de la question des implantations, de l’effort de paix, et d’une communication basique au cours de la guerre de l’été, auraient contribué à réduire les tensions.

Les relations avec les Palestiniens sont en chute libre.

L’ineptie de son narratif sur de nouvelles opportunités pour renforcer les relations avec le monde arabe modéré a été mise au jour dans le fait qu’Israël n’a manifestement pas été convié à la conférence de réhabilitation de Gaza au Caire le mois dernier.

Le tissu délicat des relations entre Juifs et Arabes en Israël se déchire plus profondément semaines après semaines.

Israël est de plus en plus mal aimé à l’échelle internationale – une fois encore, ce n’est certainement pas entièrement la faute de Netanyahu, mais quand vous êtes face à un gouvernement terroriste à Gaza qui utilise son électorat comme boucliers humains, et que le nombre de morts sert d’arme contre votre légitimité, peu importe combien vous avez essayé d’éviter les victimes civiles, les interviews les plus éloquentes aux chaînes de télévision du monde ne sauveront pas la réputation de votre pays.

Et aujourd’hui, la préoccupation centrale de Netanyahu, le défi qu’il a placé au cœur de son poste de Premier ministre, sont presque perdus : les Etats-Unis et la communauté internationale semblent avoir abandonné l’idée même d’utiliser la pression économique ou autre pour garantir que l’Iran démantèle son programme nucléaire.

Donc, une fois encore, pourquoi ? Pourquoi Netanyahu prend-il la peine de se battre pour survivre ? Pourquoi devrait-il survivre ? Simplement pour l’amour de la survie ? Ou parce que ses rivaux feraient pire ?

Cela ne suffit pas. Israël exige davantage de son chef.

J’ai une suggestion à faire au Premier ministre, pour notre Premier ministre articulé, expérimenté, ultra-malin. Pourquoi ne pas injecter un nouveau but dans votre lutte politique ? Pourquoi ne pas risquer de vous aliéner le menu fretin, et marcher la tête haute, comme le grand chef israélien consensuel que vous avez toujours la possibilité de devenir ?

Comment exactement ? C’est votre conviction, partagée d’ailleurs par l’auteur de ces lignes, que l’éléphant dans la pièce, le grand obstacle à la normalisation des relations avec les Palestiniens et le monde arabe, et, par extension, à la réhabilitation d’Israël au sein de la communauté internationale, n’est pas l’occupation, malgré le spectaculaire succès des efforts des Palestiniens et de leurs partisans d’y faire croire.

C’est plutôt le refus palestinien, et plus largement arabe, d’intégrer que la nation juive a un droit légitime, ancré, à être souverain dans cette partie du monde – le seul endroit où les Juifs ont toujours été souverains et ont jamais voulu être souverains.

Deux impératifs spécifiques pourraient régir votre agenda.

En 2009, pendant 10 mois, vous avez annoncé un gel des constructions dans les implantations. Nul besoin d’aller aussi loin dans un premier temps.

Ce que vous devez faire, c’est de fixer, courageusement et clairement, les lignes rouges territoriales d’Israël – de mettre un terme définitif à la maladroite incohérence de 47 ans d’âge concernant l’avenir de la Judée-Samarie biblique.

Définir les zones dans lesquelles vous croyez qu’Israël doit étendre sa souveraineté en vertu d’un accord permanent avec les Palestiniens, et conséquence logique, préciser qu’Israël ne poursuivra pas la construction dans les implantations dans les zones au-delà de ces lignes rouges.

Les critiques des deux côtés, à la maison et à l’étranger, vous condamneront sans doute. Ignorez-les, car vous savez que vous assurez l’avenir d’Israël. Les Israéliens savent où ils en sont. La communauté internationale nous comprendra mieux. Les extrémistes palestiniens ne pourront plus clamer qu’Israël est voué à s’accaparer implacablement des terres. Les modérés seront progressivement enhardis. Israël n’a aucun désir de régner sur des millions de Palestiniens ; Israël, comme vous l’avez dit si souvent ces derniers temps, ne doit pas devenir un Etat binational qui, à cause du poids des chiffres, perd son identité juive.

D’autre part, il vous faut cultiver le terreau de la modération des deux côtés, insister sur la mise en œuvre du programme de « culture de la paix » largement débattu dans les négociations avant leur effondrement au printemps dernier.

Les Palestiniens ne demanderont pas à leurs dirigeants de faire des compromis tant que leurs chefs spirituels, leurs enseignants, leurs télévisions et leurs journaux leur diront que les Juifs n’ont pas d’histoire ici, qu’il n’y avait pas de Temple juif à Jérusalem.

Mobilisez la bonne volonté de la communauté internationale, avec les États-Unis à la barre, mais l’Europe également, pour inculquer peu à peu une nouvelle réalité : financer les écoles, mettre en avant les chefs spirituels, investir dans les médias qui éliminent les œillères, pour nuancer le narratif falsifié palestinien et arabe de la prétendue illégitimité fondamentale d’Israël.

Le changement ne se fera pas du jour au lendemain, et Israël ne sera pas en mesure de relâcher la garde contre ses nombreux ennemis de sitôt. Le temps qu’il faudra, Israël vivra par l’épée. Mais les racines de tout changement se trouvent dans l’éducation et l’interaction.

Imaginez l’impact que ces initiatives pourraient avoir. Imaginez les ondes de choc positives se propager à travers le monde arabe.

Pensez à l’espoir que vous offrez à une société israélienne qui, tout en investissant extraordinairement dans la défense et dans la protection de ce pays, quand elle envisage l’avenir, ne voit que le conflit intermittent et l’aggravation de l’antipathie mondiale.

« Roi Bibi », vous avez régné sur la politique israélienne neuf ans au total. Mais pourquoi régner ? La tâche de diriger Israël n’est-elle pas d’assurer un avenir meilleur et plus sûr ? N’êtes-vous pas bien placé pour le faire ? L’heure n’est-elle pas venue ?