Presque trois ans après le début du phénomène « Intouchables », Eric Toledano et Olivier Nakache reviennent avec « Samba », campé par leur acteur fétiche Omar Sy, et « une envie de surprendre », ont raconté à l’AFP les deux cinéastes, dont le film est projeté ce dimanche au Festival du film de Toronto.

« Intouchables », ce sont près de 32 millions d’entrées à l’international, record à battre pour un film en français, en plus des 19,5 millions billets vendus en France.

S’ajoute à cela une tournée qui les a menés dans des pays « où on n’aurait jamais pensé aller dans le cadre d’une promotion », comme le Japon, « une expérience hors norme », ou la Bosnie.

Ils n’en reviennent pas non plus de leur « tournée dans 25 villes en Amérique du Nord. Et pour des réalisateurs français, voir le film projeté sur la 5e avenue à New York, c’est un peu le Graal », raconte Eric Toledano.

Après des mois de promotion à ne pas « bouder son plaisir », le duo auteur précédemment de « Nos jours heureux » ou « Tellement proches » s’est remis à l’écriture grâce au roman de Delphine Coulin, « Samba pour la France ».

« Cela a été comme un réveil », expliquent Eric Toledano et Olivier Nakache, qui avaient déjà en tête avant « Intouchables » un scénario sur ces gens « qui quittent leur pays pour des raisons économiques ».

« Il y avait aussi une envie de mettre une caméra dans des endroits où on en met rarement une, comme un centre de rétention », ajoute Eric Toledano.

« Samba » raconte la vie d’un sans-papier sénégalais qui essaie de régulariser sa situation et croise la route d’une femme en plein burn-out travaillant pour une association d’aide aux étrangers.

Après, pour ne pas se mettre trop de pression, les deux cinéastes se sont dits que « la meilleure réaction possible serait de ne pas tenir compte du phénomène +Intouchables+ ».

« Que se serait-il passé si rien n’était arrivé? On aurait rappelé Omar! » poursuit Olivier Nakache.

En même temps, il était difficile d’ignorer « que les gens attendraient quelque chose de nous. Il nous fallait donc rester sincères et nous laisser porter par nos envies ».

« Samba » n’est pas un film à charge. « C’est une observation empirique d’un état de fait », poursuit Eric Toledano, qui a visité avec son comparse des centres de rétention, des associations d’aide aux migrants et rencontré des demandeurs d’asile.

Mais il souffle dans le film un « vent de légèreté parce que c’est notre vision de l’existence ».

Reconnaissant le sujet « risqué », Nakache et Toledano ont ajouté plusieurs thèmes, du burn-out de Charlotte Gainsbourg à la romance ou encore les débuts dans une comédie de Tahar Rahim, habitué des rôles sombres (« Un prophète », « Le passé »), irrésistible en algérien se faisant passer pour un Brésilien.

Bref, « une volonté affichée d’avoir un film avec plusieurs facettes ».

Et Omar Sy ? « Il s’est imposé naturellement » pour ce rôle, qui présentait « aussi un certain niveau de prise de risque ». « Il n’allait pas refaire le mec de banlieue. Là c’est nouveau, on a travaillé l’accent africain, la posture. Dans +Intouchables+, il était très pugnace, là il est tout en sensibilité, timide », poursuit Eric Toledano.

« C’est pour lui encore plus un rôle de composition que pour Intouchables », assure-t-il.

« Samba » a déjà été prévendu dans un certain nombre de pays comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Suisse, la Belgique, Israël, le Brésil et la Corée du sud.

« Les pays anglo-saxons restent en suspens », observent les cinéastes. Une situation qui devrait sans doute évoluer rapidement, Toronto étant un marché important pour la diffusion des films étrangers sur le continent nord-américain.