L’acteur français Samir Guesmi a présenté au public israélien « L’effet aquatique », une comédie réalisée par Solveig Anspach auquel le Festival de comédies rend hommage. Aussi à l’aise dans le registre de la comédie que dans celui du drame, Samir Guesmi s’est fait connaître du grand public avec Leur morale… et la nôtre, où il partage l’affiche en 2007 avec André Dussolier et Victoria Abril. Avec Camille Redouble, sorti en 2012, il obtient la reconnaissance de ses pairs et est nominé pour le César du meilleur acteur dans un second rôle. Actuellement à l’affiche de Jeunesse, de Julien Samani, Samir Guesmi retrace pour le Times of Israel son parcours de comédien et évoque sa présence sur la scène du théâtre Cameri pour le Festival Livres en Scène. Avec Sylvie Testud, l’acteur se produit pour la première fois aux cotés de comédiens israéliens. Entretien.

C’est votre première visite en Israël. Quelles sont vos impressions ?

Le premier soir je suis venu à la Cinémathèque de Tel Aviv à la rencontre du public qui avait vu « L’effet aquatique », le film de Solveig Anspach à qui le Festival Oh la la rend hommage. J’ai enchaîné avec Haïfa et Jérusalem.

J’ai senti que c’était un public très sensible à l’humour du film, très réactif aux moments drôles, et ils l’ont apprécié. Tu retrouves ensuite les gens dans le hall et là tu as droit à des confidences, des histoires personnelles, pourquoi ils sont là…

C’est toujours assez émouvant, de voir de quelle manière le film fait écho à leur propre histoire. On se retrouve témoin d’une intimité, ce qui n’est pas du tout embarrassant mais très précieux au contraire. Je n’ai fait qu’écouter les gens en fait !

Pouvez-vous m’en dire plus sur le film ?

C’est l’histoire de Samir. Attention je ne parle pas de moi à la troisième personne (rires) ! il est grutier à Montreuil et va tomber raide amoureux d’une fille qui envoie balader un sale type dans un troquet.

Le comédien français Samir Guesmi. (Crédit : Le Pacte)

Le comédien français Samir Guesmi. (Crédit : Le Pacte)

Il enquête sur elle et apprend qu’elle est maître-nageuse à la piscine Maurice-Thorez. Il s’empresse d’aller la retrouver. Il va donc demander à prendre des cours de natation et faire croire qu’il ne sait pas nager, pour pouvoir passer du temps en tête à tête avec elle… Il fonce et va même la rejoindre jusqu’en Islande où elle représente la piscine de Montreuil au Congrès International des maîtres-nageurs !

Est-ce que Solveig Anspach a tout de suite pensé à vous pour le rôle ?

Oui, il n’ y a pas eu de casting en fait. Solveig pensait déjà à moi pour le rôle de Samir. Elle avait aussi envie de poursuivre l’histoire d’Agathe, interprétée par Florence Loiret Caille, l’héroïne de « Queen of Montreuil », un précédent film. Avec son co-scénariste Jean-Luc Gaget Solveig a donc écrit L’effet aquatique en pensant à nous. Solveig était quelqu’un de proche dans ma vie aussi.

Après, il y a eu toutes les aventures d’un projet qui essaie de se monter. Ils ont tout mis en œuvre pour arriver au bout du film, même si à un moment donné il était question de ne plus le faire, parce que l’argent n’était pas réuni dans sa totalité. Aujourd’hui, avec le bon retour du public et le prix gagné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, je le dis avec humilité, tout me fait penser que le film est réussi…

Vous êtes venu aussi présenter « C’est dimanche », un court-métrage que vous avez réalisé et qui a été primé au Festival de Clermont-Ferrand. Quel en est le sujet ?

C’est l’histoire d’un gamin qui est un cancre et qui se fait renvoyer de son collège. C’est la fin de l’année et il ne passera donc pas dans la classe supérieure. Il ne suivra pas le cursus normal qui mène au Bac. Et on va l’orienter vers ce qu’on appelle ces chemins de traverse qui sont en fait des usines à chômage…

Le môme se fait donc renvoyer en « CPPN » et va devoir faire signer à son père l’affectation dans cette classe. Il vit seul avec son Papa, qui est un travailleur immigré et qui n’écrit ni ne lit le français. Ibrahim, le jeune garçon, va lui faire croire que c’est un diplôme…

Donc le père va signer ce papier qu’il croit être un diplôme et le garder avec lui comme un objet de fierté. Le lendemain, il emmène son fils faire la tournée des grands ducs. Il lui offre un beau costard pour célébrer son certificat, lui paye une nouvelle coupe chez le coiffeur, et enfin il va à son PMU, son café du dimanche où il va donner ce qu’il croit être le diplôme au patron qui va lui dire devant tout le monde la vérité.

Qu’il s’agit d’une affectation en CPPN et surtout d’un compte-rendu de son année scolaire très médiocre. Ça a l’air un peu tristounet comme ça mais c’est très drôle, c’est aussi une comédie !

Vous êtes présent aussi à Tel-Aviv pour la cinquième édition du Festival Livres en scène, organisé par l’Ambassade de France et l’Institut Français. Vous allez vous produire au théâtre Cameri pour lire des extraits d’œuvres littéraires françaises et israéliennes. Quel est l’auteur que vous allez défendre à cette occasion ?

C’est une proposition que l’on m’a faite après-coup, quand on a appris que je venais en Israël présenter « L’effet aquatique ». Je lirai donc un extrait de « Jour de miel », d’Eshkol Nevo. Vous savez, je ne me raconte pas tout ça, je vais le vivre.

En tout cas, l’idée de jouer dans ce théâtre-là me plaît et me rend curieux. Cela me donne envie aussi d’être aux cotés de ces acteurs-là, pour ce public-là, c’est très bien… Après j’essaie de ne rien anticiper, parce qu’en parler avant peut me stresser aussi ! (rires)

J’aime la surprise et la découverte…

Est-ce qu’il y a des réalisateurs israéliens qui vous sont familiers ? Des films que vous avez vus et qui vous ont marqués ?

J’avais adoré « Mon Trésor », le film de Ronit Elkabetz qui avait eu la Caméra d’Or à Cannes.

J’avais trouvé magnifique La Fanfare.

Il y a aussi Le Procès de Viviane Amsalem que j’avais trouvé incroyable… Je ne retiens pas forcément les titres, juste les émotions et les histoires qu’on m’a raconté.

Ronit Elkabetz sur le tournage du film "Gett" (Crédit : autorisation)

Avez-vous des artistes dans la famille ? Comment vous est venu l’envie d’aller vers le milieu du spectacle et la comédie ? Y-a-t-il eu une rencontre décisive ?

Il y a des artistes dans la famille, mais ils sont inconnus ! Mon père et ma mère étaient très drôles, mes frangines et mon frère aussi, ce sont des comiques en puissance… Sérieusement, je viens d’une famille ou mon Papa a travaillé sur les chantiers quand il est arrivé en France, jusqu’à sa retraite.

Ma mère nous élevés, nous étions huit enfants à la maison. En fait, j’ai fait une scolarité assez médiocre, ce que je raconte aussi dans « C’est dimanche », mon court-métrage. A partir de là, il faut bien faire quelque chose de sa vie…

Il y avait un cours de théâtre près de chez mes parents, où nous vivions, dans le 13ème arrondissement à Paris. Dans le quartier de la Butte-aux-Cailles il y avait vraiment des gens de tous âges qui traînaient devant et je ne savais pas ce que c’était. Un jour je me suis arrêté et je suis entré à l’intérieur. J’ai découvert un cours d’art dramatique. Je m’y suis posé, et pour moi la vie a commencé. Déjà d’être avec des gens venus de tous horizons sociaux et culturels pour la même envie, le théâtre…

Je me suis découvert cette passion des mots, du texte, et puis je me suis aussi rendu compte qu’on pouvait mettre des mots sur des émotions. Quand tu as dix-sept ans et que ça va très vite dans ton esprit, qu’on t’a vite cataloguer comme étant un cancre, et un con, à l’école, même si on ne te l’a pas dit ouvertement, toi tu sais que ça n’est pas vrai mais tu ne sais pas comment l’exprimer.

Et quand tu rencontres les grands textes ou les grands auteurs qui eux, justement, ont réussi à exprimer des choses encore plus complexes, et bien, tu commences à être sauvé, et c’est libérateur.

Quels sont les prochains films à découvrir où vous êtes à l’affiche ? Quels sont vos futurs projets ?

Cette année, j’ai joué dans plusieurs films, notamment Une pierre deux coups, de Fejria Deliba, un film magnifique qui va être certainement nominé au César du Meilleur Premier film.

Il y a aussi Ma Révolution, de Ramzi Ben Sliman, et un autre film de Julien Samani qui s’appelle Jeunesse.

Enfin il y a le long-métrage de Rachid Hami qui va sortir l’année prochaine avec Kad Merad et celui de Laurent Perreau qui s’appelle La Bête curieuse et où je partage l’affiche avec Laura Smet. Je m’attelle aussi à l’écriture de mon premier long-métrage.

C’est encore un peu en chantier dans mon esprit mais il sera dans la continuité de mon court. Je vais reprendre mes deux personnages du père et du fils, quelques années plus tard…

Samir Guesmi : Les films clés

Malik le Maudit de Youcef Hamidi (1996)

Andalucia d’Alain Gomis (2007)

Leur morale …et la nôtre de Florence Quentin avec André Dussolier et Victoria Abril (2007)

Camille Redouble (2012)

Adieu Berthe ou l’enterrement de mémé de Bruno Podalydès, aux côtés de Valérie Lemercier et Denis Podalydès (2012)

D’une pierre, deux coups de Fejria Deliba (2015)