Le démocrate Bernie Sanders et le républicain Ted Cruz ont gagné tard dimanche soir les caucus du Maine, battant les favoris Hillary Clinton et Donald Trump.

Avec 91 % des résultats décomptés, Sanders obtient 64,3% des voix et 15 délégués, alors que Clinton a rassemblé 35,5 % des voix et obtenu sept délégués. Dans le caucus républicain, Cruz mène avec 45,9 % des voix (12 délégués), suivi par Trump à 32,6 % (9 délégués. Les candidats républicains John Kasich et Marco Rubio obtiennent respectivement 12,2 % et 8 % des voix.

Il s’agissait d’une victoire attendue pour Sanders, qui jouit d’un fort soutien dans la région et est originaire du Vermont voisin. « Je remercie le peuple du Maine pour leur fort soutien, » a déclaré sa campagne dans un communiqué.

« Avec une autre victoire à deux chiffres, nous avons à présent gagné largement dans des états de Nouvelle Angleterre aux Rocheuses, et du Midwest aux Grandes Plaines. »

Clinton et Sanders se sont également affrontés dans un débat télévisé à Flint, dans le Michigan, deux jours avant une primaire cruciale dans un état industriel du nord riche en délégués.

Les candidats démocrates à l'élection présidentielle, le sénateur du Vermont Bernie Sanders (à droite) et l'ancienne secrétaire d'Etat et sénatrice de New York Hillary Clinton, pendant le septième débat démocrate, retransmis sur CNN, à Flint, dans le Michigan, le 6 mars 2016. (Crédit : Scott Olson/Getty Images/AFP)

Les candidats démocrates à l’élection présidentielle, le sénateur du Vermont Bernie Sanders (à droite) et l’ancienne secrétaire d’Etat et sénatrice de New York Hillary Clinton, pendant le septième débat démocrate, retransmis sur CNN, à Flint, dans le Michigan, le 6 mars 2016. (Crédit : Scott Olson/Getty Images/AFP)

Ils ont critiqué le scandale entourant l’eau contaminée au plomb de la ville, Sanders s’insurgeant contre le « déshonneur incroyable ». Les deux candidats ont d’emblée appelé à la démission de Rick Snyder, le gouverneur républicain de l’Etat du Michigan (nord), responsable de ce scandale sanitaire qui choque le pays.

L’ancienne secrétaire d’Etat et le sénateur du Vermont ont entendu des habitants de Flint, où l’eau du robinet est encore toxique, évoquer leurs difficultés quotidiennes dues à cette contamination au plomb. Des milliers d’enfants de Flint ont été exposés à cette eau empoisonnée après la décision du gouverneur Snyder d’utiliser pour leur réseau de distribution la rivière locale, pourtant acide et polluée.

Samedi, Clinton avait gagné en Louisiane, le plus gros prix de la soirée, mais Sanders avait gagné au Kansas et au Nebraska. Avec la victoire dans le Maine, cela pousserait son total à huit victoires en 10 élections.

Clinton était favorite en Louisiane grâce au très important soutien des électeurs afro-américains, alors que Sanders a tendance à être meilleur dans les états comptant beaucoup d’électeurs blancs.

Après les élections de samedi, Clinton avait 1 121 délégués, presque la moitié de 2 383 nécessaires pour gagner la nomination démocrate. Pendant le débat, Sanders a souligné que sa campagne était en hausse.

Bernie Sanders pendant le débat PBS NewsHour des candidats démocrates à l'élection présidentielle à l'université du Wisconsin-Milwaukee, le 11 février 2016. (Crédit : Win McNamee/Getty Images)

Bernie Sanders pendant le débat PBS NewsHour des candidats démocrates à l’élection présidentielle à l’université du Wisconsin-Milwaukee, le 11 février 2016. (Crédit : Win McNamee/Getty Images)

« Simplement ces deux derniers jours, nous avons gagné les caucus du Maine – nous avons gagné cela ce soir avec une très large participation – nous avons gagné le Nebraska, nous avons gagné le Kansas, et le Kansas a vu la plus grande participation dans l’histoire de son caucus, » a-t-il déclaré.

« Je pense que nous excitons le peuple ouvrier, les jeunes qui sont préparés à demander que nous ayons un gouvernement qui nous représente tous, et pas simplement quelques uns. »

Les deux candidats se sont opposés sur les thèmes habituels, des armes à feu à la couverture médicale en passant par l’environnement ou l’économie. En guise d’illustrations, ils ont utilisé le cas de Flint, ville majoritairement noire, accablée par la pauvreté, la criminalité et le chômage depuis la fermeture des usines de General Motors.

Sanders a accusé sa rivale d’être endossée par Wall Street et d’avoir soutenu des accords de libre-échange ayant précipité les délocalisations industrielles qui ont sinistré la région.

« L’un de nous deux a fait des discours à Wall Street pour des centaines de milliers de dollars. J’imagine que si vous êtes payée des centaines de milliers de dollars pour un discours, cela doit être un discours extraordinaire. Je pense qu’il faudrait le rendre public et laisser le peuple américain voir son contenu », a dit le sénateur.

Mais « Bernie » a également manié l’humour, en jugeant nécessaire de mieux financer la médecine psychiatrique après avoir assisté aux débordements du récent débat républicain, où Donald Trump a évoqué la taille de son pénis.

Le pourfendeur des puissances du capital joue gros dans l’Etat du Michigan qui vote mardi pour les primaires et offrira à son vainqueur un nombre élevé de délégués. Il est en effet urgent pour Bernie Sanders de freiner l’avancée apparemment irrépressible d’Hillary Clinton vers l’investiture démocrate.

Flint était le premier face-à-face entre les deux rivaux démocrates depuis le « super mardi », des primaires dans une douzaine d’Etats, qui a conforté la position de favorite de Mme Clinton.

Le débat s’est achevé par une charge de Mme Clinton contre le « sectarisme » de Trump, l’ex-secrétaire d’Etat affichant son assurance de battre le milliardaire lors du scrutin du 8 novembre.

« Sanders contre Trump serait bien plus efficace que Clinton contre Trump », a répliqué Bernie Sanders citant à l’appui de récents sondages.

Ted Cruz s’érige en principal rival de Donald Trump

Côté républicain, le sénateur très conservateur du Texas Ted Cruz apparaît désormais comme le seul candidat pouvant faire dérailler la marche du milliardaire Donald Trump vers l’investiture, cette dernière hypothèse étant honnie par l’appareil du parti, largement impuissant.

Le candidat aux présidentielles républicain, le sénateur américain Ted Cruz (R-TX) le 25 avril 2015 à Las Vegas, Nevada. (Crédit : Ethan Miller / Getty Images / AFP)

Le candidat aux présidentielles républicain, le sénateur américain Ted Cruz (R-TX) le 25 avril 2015 à Las Vegas, Nevada. (Crédit : Ethan Miller / Getty Images / AFP)

Le sénateur du Texas l’a emporté largement dans les Etats du Kansas et du Maine samedi, et a concédé le Kentucky et la Louisiane avec des scores très honorables face à l’iconoclaste magnat de l’immobilier, peut-être affaibli par sa guerre ouverte avec les élites de son parti.

Les deux autres candidats à l’investiture républicaine, le sénateur de Floride Marco Rubio et l’ancien gouverneur de l’Ohio John Kasich ont encore perdu du terrain, mais refusent l’un et l’autre de jeter l’éponge.

Le candidat présidentiel républicain, le sénateur Marco Rubio (R-FL) lors de son discours au Republican Jewish Coalition au Ronald Reagan Building, le 3 décembre 2015, a Washington (Crédit :  Alex Wong / Getty Images / AFP)

Le candidat présidentiel républicain, le sénateur Marco Rubio (R-FL) lors de son discours au Republican Jewish Coalition au Ronald Reagan Building, le 3 décembre 2015, a Washington (Crédit : Alex Wong / Getty Images / AFP)

Rubio, 44 ans et d’origine cubaine, s’est largement imposé à Porto Rico, cette île de 3,5 millions d’habitants qui prennent part au processus des primaires, ont la citoyenneté américaine mais ne pourront pas voter à l’élection présidentielle de novembre.

Selon les projections, il devrait obtenir près de 75% des suffrages ce qui lui permettrait de s’arroger la totalité des 23 délégués qui étaient en jeu à Porto Rico. Il suffit à un candidat d’obtenir plus de la moitié des votes pour emporter tous les délégués. Il s’était rendu samedi dans l’île pour faire campagne, comme il l’avait déjà fait en septembre. C’est le seul des candidats à y avoir été.

La prochaine fournée de primaires républicaines est prévue mardi dans le Michigan, le Mississippi, l’Idaho et à Hawaï, avant un nouveau « super mardi » le 15 mars ou cinq grands Etats seront en jeu, dont la Floride. Au terme des primaires, le candidat qui aura remporté le plus de délégués sera investi à la convention nationale du parti en juillet.

Un mois après le lancement du processus des primaires aux Etats-Unis, le sénateur ultra-conservateur du Texas Ted Cruz apparaît désormais comme le principal rival dans le camp républicain du milliardaire Donald Trump, qui reste toutefois le favori.

Le candidat à l'investiture républicaine Donald Trump lors de l'émission de CBS "Face the Nation" le 3 janvier 2016 (Crédit : Capture d'écran CBS)

Le candidat à l’investiture républicaine Donald Trump lors de l’émission de CBS « Face the Nation » le 3 janvier 2016 (Crédit : Capture d’écran CBS)

Ted Cruz a appelé tard samedi soir le sénateur de Floride Marco Rubio et le gouverneur de l’Ohio John Kasich à quitter la course.

« Il faut que le champ continue de se réduire, a-t-il dit. Si nous sommes divisés, Donald va gagner », a-t-il déclaré.

Donald Trump, fort du soutien que continue de lui accorder une partie de la base, a lui aussi appelé Rubio à se retirer de la course, pour pouvoir « affronter Ted ».

« Je pense que le perdant de samedi soir était Marco Rubio, il était le perdant, sans aucun doute, et j’étais même surpris de voir » l’ampleur de sa contre-performance, a déclaré Donald Trump dimanche sur la chaîne Fox.

Mais ni Rubio, ni Kasich n’ont montré de signes d’abandon, bien au contraire.

Et Mitt Romney, chef de file du camp anti-Trump chez les républicains, s’est bien gardé de les encourager à le faire.

« A ce stade, il semble que Ted Cruz va émerger comme le rival le plus fort » de Donald Trump, a déclaré dimanche matin sur Fox l’ancien adversaire républicain de Barack Obama en 2012.

Mais « cela peut changer. Nous avons vu beaucoup de surprises dans cette campagne », a-t-il averti.

Republican presidential candidate Mitt Romney gives his concession speech in Boston, Wednesday (screen capture: Channel 2 News)

L’ancien candidat républicain à la présidentielle Mitt Romney, en novembre 2012 à Boston. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Mitt Romney sait que Kasich et Rubio peuvent encore emporter la victoire dans leurs Etats respectifs, la Floride et l’Ohio, qui seront en jeu le 15 mars lors d’un nouveau « super-mardi ».

Si chacun devait l’emporter dans son Etat et rafler la totalité des délégués, ils pourraient écorner les chances de Donald Trump d’obtenir la majorité absolue de délégués à la convention républicaine de juillet, qui doit désigner le futur candidat à l’élection présidentielle.

Ceci ouvrirait la voie à des négociations pour désigner, pendant la convention à Cleveland (Ohio), un candidat rassemblant tous les opposants à Trump. Un scénario « excitant », a souligné John Kasich dimanche matin sur ABC.

Mais Mitt Romney a exclu d’être cet homme providentiel, estimant que le futur candidat républicain sera forcément l’un des concurrents de la primaire.

« Je ne suis pas candidat et je ne vais pas être candidat », a-t-il répété en assurant soutenir « l’un des trois » candidats encore en lice contre Trump.

Pour l’instant, Donald Trump a remporté douze Etats, Ted Cruz six, Marco Rubio un seul plus Porto Rico et John Kasich aucun.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.