Les enquêtes criminelles portant sur des accusations de corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu se sont approfondies mercredi. Son épouse, Sara, un ministre du Likud, un magnat de l’information au centre de l’une des enquêtes et un député de l’opposition auraient été convoqués par la police pour témoigner dans deux affaires distinctes.

Sara Netanyahu a été convoquée pour témoigner devant la police sur les accusations selon lesquelles le couple Netanyahu aurait reçu des cigares, du champagne et d’autres cadeaux d’une valeur de plusieurs centaines de milliers de shekels de la part de milliardaires, a annoncé la Dixième chaîne.

Elle aurait témoigné mercredi soir devant l’unité Lahav 433 de la police nationale, à Lod, qui est en charge de la lutte contre la fraude, selon plusieurs médias hébreux.

Un porte-parole de la police a déclaré qu’il ne pouvait ni confirmer ni infirmer les dires des médias, mais a ajouté que leur politique était de divulguer des informations si les personnalités publiques avaient été interrogées, et non pas si elles ont simplement témoigné.

D’autre part, Arnon Moses, le propriétaire du Yedioth Ahronoth aurait également été interrogé par la police pour la seconde fois sur une autre affaire, qui se base sur des enregistrements de conversations entre Moses et le Premier ministre. Netanyahu aurait promis de promouvoir une législation pour faire obstacle au quotidien gratuit Israël Hayom si Yedioth, le quotidien de Moses, proposait une couverture plus favorable de Netanyahu.

Netanyahu aurait déclaré aux enquêteurs qu’il testait Moses pour évaluer ses projets, mais n’était pas sérieux dans l’accord de contrepartie proposé à Moses, son ennemi juré.

Le deuxième interrogatoire de Moses et celui de l’épouse de Netanyahu pourraient avoir lieu jeudi, selon les médias. Cette fois-ci, le magnat des médias serait interrogé sur la version de Netanyahu, selon la chaîne.

Le propriétaire de Yedioth Ahronoth,  Arnon 'Noni' Moses, à Tel Aviv, le 26 mars 2014. (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

Le propriétaire de Yedioth Ahronoth, Arnon ‘Noni’ Moses, à Tel Aviv, le 26 mars 2014. (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

La Dixième chaîne a cité un ministre anonyme du Likud qui a déclaré que les nouvelles informations sur les deux enquêtes pourraient entraîner la fin des huit ans de pouvoir de Netanyahu.

« Les nouvelles informations changent tout. Vous pouvez sentir que l’ère de Netanyahu se termine. Nous devons nous préparer pour la suite », aurait déclaré le ministre.

La chaîne a également annoncé que Zeev Elkin, ministre de l’Environnement du Likud, a été convoqué par la police pour témoigner. Le porte-parole d’Elkin a cependant déclaré au Times of Israël qu’il n’avait pas été invité.

Le ministre du Tourisme Yariv Levin a également témoigné devant la police.

Zeev Elkin arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 14 février 2016. (Crédit : Olivier Fitoussi/Pool)

Zeev Elkin arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 14 février 2016. (Crédit : Olivier Fitoussi/Pool)

Netanyahu aurait menacé Moses

Selon un article publié mercredi par Haaretz, Netanyahu aurait menacé Moses pendant leurs discussions.

Pendant les conversations, dont la police possèderait des heures d’enregistrement, Netanyahu a dit à Moses que « s’il le salit, il s’occupera de lui », a écrit le quotidien.

Le journal a également annoncé que Moses avait dit à Netanyahu qu’il ne le laisserait pas détruire l’entreprise familiale bâtie par son grand-père.

Moses a cependant dit à Netanyahu qu’il était prêt à renvoyer Igal Sarna, qui siège au comité de rédaction du Yedioth et est vu comme un important ennemi de Netanyahu, mais que faire ça serait complexe, selon Haaretz.

Des membres des Jeunes du Likud manifestent devant les bureaux du quotidien Yedioth Ahronoth, à Tel Aviv, le 1er février 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des membres des Jeunes du Likud manifestent devant les bureaux du quotidien Yedioth Ahronoth, à Tel Aviv, le 1er février 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Moses aurait également promis d’aider Netanyahu à rester au pouvoir si les deux hommes pouvaient conclure un accord.

« Si nous pouvons parvenir à un accord sur la loi [pour limiter la diffusion de Israël Hayom], je ferais tout ce que je peux pour garantir que vous restiez ici [au poste de Premier ministre] aussi longtemps que vous le voulez », a déclaré Moses dans les enregistrements selon la Deuxième chaîne.

« Je vous regarde dans les yeux, et je vous dis ça le plus clairement possible », a-t-i ajouté.

Cadeaux et accord de contrepartie

Le Premier ministre a été interrogé deux fois par la police ces deux dernières semaines pour deux affaires de corruption distinctes. L’une implique des accusations de cadeaux faits au couple Netanyahu pour des hommes d’affaires, alors que Netanyahu était Premier ministre.

La police a saisi des reçus pour des cadeaux représentant une valeur de 400 000 shekels donnés à Netanyahu par Arnon Milchan, producteur de cinéma à Hollywood, pendant une perquisition de ses bureaux à Ramat Gan.

Milchan serait l’un des quatre hommes d’affaires considérés comme suspects dans cette affaire. Milchan aurait fourni au Premier ministre un apport constant de très chers cigares et du champagne pour sa femme pendant près de dix ans.

Netanyahu a dit à la police que sa femme et lui avaient aussi fait des cadeaux à Milchan, dont un collier pour l’épouse de ce dernier, puisque les couples sont amis, a annoncé la Deuxième chaîne.

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d'une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d’une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

Dimanche, la Dixième chaîne a annoncé que le milliardaire australien James Packer avait lui aussi fait des cadeaux au couple Netanyahu.

Le Premier ministre fait également l’objet d’une enquête pour l’accord présumé de 2014 avec Moses, qui évoquait un projet de loi qui aurait forcé le quotidien gratuit Israël Hayom à être payant.

Le projet de loi, qui aurait rendu illégaux les journaux gratuits, a été déposé par Eitan Cabel, député de l’Union sioniste. Mardi, Cabel aurait déclaré à la police qu’il ne savait pas qu’un tel accord existait entre Netanyahu et Israël Hayom.

Eitan Cabel, député de l'Union sioniste, le 2 décembre 2015, le 2 décembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Eitan Cabel, député de l’Union sioniste, le 2 décembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Le témoignage a été bref. Ils voulaient vérifier si j’avais dit tout ce que je savais, parce que je n’avais aucune idée de cette conversation louche et embarrassante », a déclaré Cabel à la radio militaire.

Le Premier ministre a régulièrement nié toute malversation, et son avocat a souligné qu’il n’avait rien fait d’illégal.