Le Consistoire a estimé vendredi que « rien ne s’oppose plus désormais » à ce que le mobile antisémite soit retenu dans l’enquête sur le meurtre de Sarah Halimi, une sexagénaire défenestrée en avril à Paris, au vu du rapport d’expertise psychiatrique du suspect.

Dans les conclusions de son rapport, dont l’AFP a eu connaissance, le Dr Daniel Zagury estime que Kobili Traoré, 27 ans, a été sujet à une « bouffée délirante aiguë » ayant altéré, et non aboli, son discernement au moment des faits, ce qui le rend « accessible à une sanction pénale » et laisse ouverte la voie à un procès.

Dans la nuit du 3 au 4 avril, il s’était introduit chez sa voisine de 65 ans, au troisième étage d’un immeuble HLM du quartier populaire de Belleville.

Aux cris d’ « Allah Akbar », entrecoupés d’insultes et de versets du Coran, ce jeune musulman l’avait rouée de coups sur le balcon, avant de la précipiter dans la cour. « J’ai tué le sheitan » (le démon, en arabe), avait hurlé le jeune homme, qui a été mis en examen le 10 juillet pour homicide volontaire.

S’agissant d’une éventuelle qualification antisémite, qui n’a pas été retenue à ce jour dans la procédure, le psychiatre a écrit dans son rapport qu' »il ne paraît pas possible d’affirmer » que Sarah Halimi « a été délibérément recherchée pour être massacrée parce qu’elle était juive ».

Sarah Halimi, défenestrée en avril 2017 à Paris. (Crédit : autorisation)

Sarah Halimi, défenestrée en avril 2017 à Paris. (Crédit : autorisation)

Mais « le fait qu’elle soit juive l’a immédiatement diabolisée et a amplifié le vécu délirant, a focalisé sur sa personne le principe diabolique qu’il fallait combattre et a provoqué le déferlement barbare dont elle a été la malheureuse victime », selon l’expert.

« Autrement dit, le crime de Kobili Traoré est un acte délirant et antisémite », lit-on dans le rapport.

Au vu de ce document, le Consistoire, instance représentative du culte juif, estime que « rien ne s’oppose plus désormais à ce que le procureur de la République de Paris dépose un réquisitoire supplétif pour rajouter à la mise en examen initiale du prévenu la circonstance aggravante d’antisémitisme. »

« C’est avec soulagement que la communauté juive accueille ce rapport d’expertise qui vient confirmer notre certitude et conforter la conviction qu’aucun meurtrier antisémite ne doit échapper à sa responsabilité pénale, ni bénéficier de circonstance atténuante non justifiée », conclut le Consistoire dans son communiqué.