A trois jours du scrutin européen en France, l’ex-président de droite Nicolas Sarkozy s’est rappelé jeudi au souvenir de ses compatriotes avec une tribune appelant à réformer la politique européenne d’immigration et les relations franco-allemandes.

En France, les médias ont pris l’habitude d’appeler cela des « cartes postales ». En retrait depuis son échec en 2012 face au socialiste François Hollande, l’ex-président sort de son silence à intervalles irréguliers sur tel ou tel sujet, relançant dans le même temps les spéculations sur sa candidature à la présidentielle de 2017.

Sa dernière sortie, dans une tribune publiée par l’hebdomadaire Le Point et le quotidien allemand Die Welt, axée notamment sur le dossier de l’immigration sur lequel surfe le Front national (FN, extrême droite), donné vainqueur dimanche par certains sondeurs, intervient dans un contexte ultra-morose.

Lors du scrutin, l’abstention pourrait atteindre des records et aucun des partis de gouvernement, socialistes au pouvoir comme droite dans l’opposition ne semble capable d’un sursaut.

Dans son texte, l’ex-président analyse la situation de l’UE, source d' »exaspération » et de « colères » chez les Français qu’il dit comprendre.

Face à « l’échec sans appel » de « la question essentielle des flux migratoires » – objet cette semaine de nouveaux propos polémiques de Jean-Marie Le Pen – il propose de « suspendre immédiatement Schengen I et le remplacer par un Schengen II auquel les pays membres ne pourraient adhérer qu’après avoir préalablement adopté une même politique d’immigration ».

« C’est une évidence », dit-il. « Ainsi serait-il mis fin au détournement de procédures qui permet à un étranger de pénétrer dans l’espace Schengen, puis une fois cette formalité accomplie de choisir le pays où les prestations sociales sont les plus généreuses (…) Si nous ne réagissons pas rapidement dans les années qui viennent, c’est notre pacte social qui va exploser », met-il en garde.

Défendons nos lignes rouges

Jeudi, son ancien Premier ministre, François Fillon, candidat à la présidentielle de 2017 et donc potentiel rival de Nicolas Sarkozy, a pris des distances avec son ex-mentor.

Après avoir jugé que sa tribune, même « utile », ne paraissait pas « mériter plus de commentaire », il a prôné une « réforme » de l’espace Schengen et non une suspension.

« Ce que je dis, c’est qu’avant de parler de suspendre Schengen, commençons par nous doter d’une politique migratoire française qui soit à la hauteur de ce qu’attendent nos concitoyens », a dit M. Fillon sur la chaîne i-Télé.

La présidente du FN, Marine Le Pen, a de son côté brocardé le « comique de répétition » que constitue à ses yeux la tribune pour l’Europe de Nicolas Sarkozy. « Tous les six mois depuis des années, (il) vient refaire les mêmes promesses aux Français », a-t-elle dénoncé.

Le secrétaire d’Etat socialiste aux Affaires européennes, Harlem Désir, a jugé de son côté que la tribune de Nicolas Sarkozy dressait « un bilan sévère de dix ans de politique de droite en Europe et de sa propre politique ».

Dans son texte, l’ancien président défend aussi « la création d’une grande zone économique franco-allemande ». Dans une pique à son successeur, il dénonce « l’absence de leadership » actuel qui « met l’Europe en danger, car sans vision, sans cap et sans priorité ».

Cette grande zone « nous permettra d’abord de mieux défendre nos intérêts face à la concurrence allemande, en gommant nos handicaps fiscaux et sociaux » et « nous permettra ensuite de prendre le leadership des 18 pays qui composent notre union monétaire ».

« Inspirons-nous de ce qui marche en Allemagne et des réussites de la France. Imposons un équilibre dans nos rapports. Défendons nos lignes rouges », affirme-t-il aussi.

« Nous devons être Européens et Français », plaide-t-il enfin, sans appeler explicitement ses lecteurs à voter pour l’UMP, secoué par des soupçons de favoritisme et dont plusieurs responsables ont maille à partir avec la justice. Le nom de l’ex-président est lui-même cité dans plusieurs affaires.