Après deux ans de pouvoir, le président français François Hollande a subi un cinglant désaveu dimanche avec la déroute des socialistes lors de municipales, qui ouvre la voie à un remaniement gouvernemental, peut-être dès lundi.

Selon des résultats provisoires officiels, la droite est arrivée en tête du scrutin avec 45,91 % des voix, la gauche obtenant 40,57 % et l’extrême droite 6,84 %.

Des scores qui masquent la forte progression de la droite, qui a ravi des dizaines de villes dont plusieurs de ses bastions au Parti socialiste tandis que l’extrême droite revendiquait le « meilleur score de son histoire » avec une quinzaine de maires élus.

A l’issue du premier test électoral depuis le début de son quinquennat, en mai 2012, le chef de l’Etat, à l’impopularité record, se retrouve pris dans un étau, la droite mais aussi une grande partie de la gauche l’appelant à changer de cap politique alors que le chômage a atteint en février un nouveau record à 3,34 millions de demandeurs d’emplois.

Quatre courants du Parti socialiste ont donné rendez-vous aux députés lundi à l’Assemblée nationale pour demander « une réorientation » de la politique menée et aborder la question de la confiance au prochain gouvernement.

« Après ce sinistre politique majeur, la confiance n’est pas automatique », a prévenu le député socialiste Christian Paul.

« Les électeurs ont exprimé une attente vive…et parfois de la colère », a noté le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, pressenti pour prendre la tête du prochain gouvernement. « Il s’agit bien d’une défaite locale et nationale pour la gauche et le gouvernement », a-t-il reconnu sans ambages.

L’ampleur de la déconvenue socialiste renforce l’hypothèse d’un remaniement ministériel rapide, la grande inconnue demeurant le sort de Jean-Marc Ayrault. Dès dimanche soir, celui-ci a estimé que « le message clair des électeurs » devait être « pleinement entendu ».

« C’est une défaite, on ne va pas barguigner », glissait dimanche soir un proche du chef de l’Etat.

Selon un sondage Ipsos/Steria publié dimanche soir, près de huit Français sur dix (79 %) souhaitent un changement de Premier ministre.

La gauche a perdu 155 villes de plus de 9 000 habitants, à en croire des données provisoires du ministère de l’Intérieur.

Le premier parti de l’opposition de droite, l’UMP, a revendiqué une « grande victoire » et son président Jean-François Copé a appelé François Hollande à « absolument changer de politique ».

Son parti a éjecté les maires socialistes dans des grandes villes hautement symboliques, comme Toulouse (sud-ouest), Quimper (ouest), Belfort (est) ou Limoges (centre) qui était à gauche depuis un siècle.

Avertissement très sévère

Seule réelle satisfaction pour la gauche, Paris lui est restée fidèle grâce à la nette victoire d’Anne Hidalgo, qui sera ainsi la première femme à diriger la capitale française.

Les écologistes, qui comptent deux ministres (Logement et Développement), ont en partie bénéficié du désaveu infligé par les électeurs au principal parti au pouvoir. Ils ont notamment pris la ville de Grenoble (sud-est) à leur allié au gouvernement.

« La France gronde et accuse » Hollande, a lancé l’ex-Premier ministre UMP François Fillon. Ségolène Royal, ex-compagne du président et mère de ses quatre enfants, citée comme possible entrante au gouvernement, a appelé à prendre « très au sérieux » cet « avertissement très sévère ».

Ces résultats sont « indéniablement mauvais pour la gauche », a admis la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem, appelant à « renouer le dialogue avec les Français ».

Comme il y a une semaine, l’abstention a été massive, à environ 37,3 %.

Au Front national de Marine Le Pen, l’heure était aux réjouissances. Le FN, qui présentait des listes dans 328 communes, a remporté au moins 10 villes moyennes, dont Béziers (sud-ouest) et Fréjus (sud), qui s’ajoutent à Hénin-Beaumont (Nord) remportée dès la semaine dernière. Une autre formation d’extrême droite, la Ligue du Sud, a quant à elle ravi trois municipalités dans le département du Vaucluse (Sud).

L’extrême droite a néanmoins échoué à conquérir Perpignan (sud) et la capitale mondiale du théâtre, Avignon (sud-est), qui revient aux socialistes. Le patron du festival international de théâtre qui se tient chaque année dans cette ville avait menacé de le délocaliser si l’extrême droite l’emportait.

A Béziers (71 000 habitants), la victoire de l’ancien président de Reporters sans frontières Robert Ménard, obtenue grâce au soutien du FN, incarne la stratégie suivie depuis quelques années par Marine Le Pen pour dédiaboliser sa formation.

Le FN a également obtenu la mairie du 7e secteur de Marseille, le plus peuplé (150 000 habitants) de la deuxième ville du pays qui restera dirigée par le maire UMP sortant Jean-Claude Gaudin.

« Nous passons clairement à une nouvelle étape », a déclaré dimanche soir Marine Le Pen.