Chaque famille qui sera évacuée de l’avant-poste d’Amona en Cisjordanie ces prochains jours recevra 1 million de shekels (248 000 €) pour avoir accepté de déménager, a indiqué l’association la Paix Maintenant lundi.

Le gouvernement envoie « un message clair » que « dans les implantations, le crime et les menaces payent », s’insurge l’association.

Dimanche, les résidents d’Amona, une communauté implantée sur des terres palestiniennes privées, ont voté à 45 voix contre 25, avec deux abstentions, l’évacuation pacifique de l’avant-poste en échange d’un relogement de 24 familles sur 40 dans des mobiles homes sur le terrain voisin. Les autres familles seront temporairement relogées dans l’implantation voisine d’Ofra.

Plus tard dans la journée, le cabinet a approuvé un budget de 1,2 milliard de shekels pour établir le nouvel audiovisuel public, construire de nouvelles écoles dans des quartiers ultra-orthodoxes et financer le relogement des résidents d’Amona, selon des sources officielles. Ce budget a été obtenu en effectuant des coupes budgétaires dans le budget total de 2017-2018.

L’éducation, la santé et la sécurité sociales seront impactés par ces coupes budgétaires, qui représentent environ 2 % des dépenses gouvernementales.

« Le gouvernement de droite pro-implantations envoie un message très clair : dans les implantations, le crime et les menaces finissent par payer », a déclaré la Paix Maintenant.

Des jeunes juifs habitant dans des implantations se préparent à résister à l'évacuation de l'avant-poste d'Amona, illégal car construit sur des terrains palestiniens privés, le 15 décembre 2016. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

Des jeunes juifs habitant dans des implantations se préparent à résister à l’évacuation de l’avant-poste d’Amona, illégal car construit sur des terrains palestiniens privés, le 15 décembre 2016. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash90)

Des 140 millions de shekels prévus pour l’évacuation d’Amona, chaque famille recevra 1 million de shekels, a calculé l’ONG, « 1 million de shekels pour chaque famille qui a enfreint la loi et qui s’est installée sur des terres volées ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 18 décembre 2016. (Crédit :Marc Israel Sellem/Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 18 décembre 2016. (Crédit :Marc Israel Sellem/Pool)

« Le financement provient de coupes budgétaires sur tous les ministères. Et pour quoi ? Pour que Netanyahu n’irrite pas le Seigneur de la Terre et que dans le souvenir de son mandat, l’État d’Israël n’agisse pas dans le cadre de la loi et n’évacue pas d’avant-postes ? »

« Vous connaissez d’autres Israéliens qui ont enfreint la loi et ont reçu un million de shekels en cadeau de la part du gouvernement ? »

Lundi, la Dixième chaîne a proposé un calcul du coût du relogement des familles.

Sur les 137,5 millions de shekels (34 millions d’euros), 40 millions (9,9 millions d’euros) sont prévus pour chaque famille, pour qu’ils puissent « reprendre le cours de leur vie ».

55 millions de shekels (13,6 millions d’euros) sont destinés aux infrastructures et à l’aménagement de Shvut Rachel — une implantation a proximité, dans laquelle un logement permanent a été proposé pour les évacués d’Amona, 30 millions de shekels (7,4 millions d’euros) pour les bâtiments publics à Shvut Rachel, 9 millions de shekels (2,2 millions d’euros) pour l’infrastructure et les bâtiments publics dans la région pour le logement provisoire des évacués, et 3,5 millions (868 000 €) pour l’hébergement en chambre d’hôtes pour certains évacués.

Le chef de la police israélienne, Roni Alsheich a déclaré dimanche soir que l’accord conclu avec les résidents d’Amona permettait d’éviter « au peuple israélien la douleur et le blasphème ». Cet accord permettra de préserver « le délicat tissu » de la société israélienne, selon le site Walla.

Sur Facebook, un utilisateur a réagi : « l’étendue de la pauvreté intéresse [les politiciens] autant que de regarder une peinture sécher. La santé et la sécurité sociale sous soumis à des coupes budgétaires à cause de leurs caprices. Sangsues. Ventouses. Givat Amal a été évacuée par le gouvernement sans bouleversement ni violence »

Les habitants de Givat Amal expulsés le 21 Septembre 2014 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Les habitants de Givat Amal expulsés le 21 Septembre 2014 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Givat Amal, à Tel Aviv, accueillait environ 150 juifs, et a été évacué en septembre 2014, après que la Cour Suprême a statué que les résidents n’étaient pas légalement propriétaires de leurs biens.

Le quartier, de classe moyenne, dans lequel les résidents avaient été envoyés par le gouvernement à la fin des années 40, reposait sur des terres, d’une valeur de plusieurs milliards de shekels, appartenant à l’homme d’affaires israélien Yitzhak Tshuva, qui souhaitait redévelopper la région en y construisant des complexes d’appartements de luxe.

Mais un autre utilisateur Facebook a manifesté son soutien au gouvernement en écrivant : « Tout est bien qui finit bien ! Une fois que le problème d’Amona sera résolu, ce qui reste, c’est de mettre fin aux constructions illégales arabes dans le Néguev [au sud d’Israël], en Galilée [dans le Nord] et à Jérusalem Est. Ce sont eux les vraies voleurs, et leurs constructions illégales, pour une raison ou pour une autre, n’empêchent personne de dormir. »

Ce commentaire fait écho au plaidoyer du Premier ministre Benjamin Netanyahu dimanche soir. Il a affirmé aux résidents d’Amona qu’il « détruirait toutes les constructions [arabes] illégales en Israël ».

Après plus d’une décennie d’appels et de procédures juridiques, la Cour Suprême avait statué en 2014 qu’Amona, à l’est de Ramallah, était construite sur des terres palestiniennes et devra être détruite avant le 25 décembre.

L’évacuation imminente avait menacé de fragiliser la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui repose fortement sur la droite pro-implantations.