Le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne (AP) a affirmé samedi que le gouvernement israélien soutenait les groupes terroristes qui ont attaqué une ville druze dans le sud de la Syrie, mais qu’il a ensuite changé sa politique après les protestations émises par la communauté druze en Israël.

Initiative hautement inhabituelle, Israël a indiqué vendredi que l’Etat juif interviendrait dans la guerre civile syrienne en prenant la défense du village druze syrien, quelques heures après qu’un terroriste du groupe al-Nosra a tué neuf personnes lors d’un attentat à la bombe perpétré de l’autre côté de la frontière, entraînant des affrontements entre les forces du gouvernement et les rebelles syriens.

Après l’attaque, des centaines d’habitants druzes du plateau israélien du Golan se sont rassemblés à proximité de la clôture frontalière avec la Syrie. Un certain nombre d’entre eux ont rompu la clôture frontalière avec la Syrie dans l’après-midi de vendredi pour atteindre Hader mais ils ont été arrêtés dans leur élan par l’armée israélienne.

Le ministère des Affaires étrangères de l’AP a fait savoir samedi dans une déclaration que l’annonce faite par Israël que le pays défendrait le village de Hadar était en fait un renversement forcé de la politique israélienne.

Les soldats israéliens ferment une route à proximité du plateau du Golan pour prévenir l’entrée en Syrie des résidents Druzes après une explosion à la bombe dans le village druze syrien de Hader, le 3 novembre 2017 (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

Le gouvernement israélien a fait une « retraite tactique » par rapport à sa décision de soutenir l’opposition syrienne dans son occupation du village druze syrien de Hader, a annoncé le communiqué du ministère.

Ce changement, a ajouté le communiqué, a eu lieu en raison « des pressions apparues sous le poids des réactions des Druzes en Israël », intervenant dans la « relation suspecte établie entre le régime de Tel Aviv » et al-Qaida et al-Nosra.

Le front al-Nosra a changé son nom l’année dernière, devenant le front Fateh al-Sham. Il a déclaré avoir rompu les liens avec al-Qaida, même si la majorité des analystes estiment que les deux organisations en entretiennent encore.

Après l’attentat-suicide survenu vendredi matin, l’armée israélienne a promis de « soutenir les habitants du village de [Hader] et d’oeuvrer à empêcher toute nuisance ou occupation du village par souci d’engagement envers la population druze ».

Le communiqué de l’armée israélienne a reflété les pressions continues exercées sur les leaders israéliens par les communautés druzes en Galilée et sur le Golan. Ces dernières réclament qu’une aide soit apportée à leurs coreligionnaires de l’autre côté de la frontière, qui sont souvent pris entre les deux feux des rebelles sunnites et alaouites et les forces pro-gouvernementales chiites.

Le communiqué de l’AP a accusé Israël de fournir des armes, des salaires, une aide médicale et des renseignements à al-Nosra en échange du maintien de la sécurité sur la frontière qu’Israël partage avec la Syrie, au nord.

Le chef du commandement du nord de l’armée israélienne, le général de division Yoel Strick, rencontre le chef de la communauté druze israélienne, Mowafaq Tarif, et d’autres leaders druzes dans le nord d’Israël le 3 novembre 2017 (Crédit : Armée israélienne)

Le communiqué de l’AP reflète l’opinion du gouvernement syrien qui accuse Israël de soutenir les groupes terroristes en Syrie.

Israël a nié offrir un soutien à al-Nosra ou à n’importe quel groupe terroriste en Syrie.

Toutefois, selon des informations étrangères, Israël a financièrement soutenu des groupes d’opposition dans le sud de la Syrie, afin de s’assurer le contrôle par des forces amicales envers Israël du côté syrien de la frontière dans le nord du Golan.

Israël dément ces informations.

« Nous n’intervenons pas dans ce conflit terriblement sanglant. Nous offrons néanmoins une aide humanitaire aux jeunes garçons et aux jeunes filles », a indiqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu au mois de juin. « C’est cher, mais nous continuerons à investir ».

L’Etat juif a fourni des soins médicaux à des milliers de Syriens blessés en Israël depuis le début de la guerre civile, affirmant ne faire aucune discrimination entre les blessés qui viennent sur la frontière demander de l’aide.

Au cours des six dernières années, Israël s’en est tenu à une politique de neutralité face à la guerre, ne s’impliquant qu’en cas de transgression de l’une de ses « lignes rouges ».

Ces dernières comprennent notamment la violation de la souveraineté israélienne par le biais d’attaques délibérées ou accidentelles, les prises de position sur le plateau du Golan par des milices soutenues par l’Iran et les tentatives de transfert d’armes avancées au groupe terroriste du Hezbollah.

En 2015, le ministre de la Défense de l’époque, Moshe Yaalon, avait indiqué que l’agression des villages druzes représentait également une ligne rouge. Cette annonce était survenue suite à l’attaque par des résidents druzes d’une ambulance transportant des soldats syriens blessés qui, selon ces derniers, étaient des membres d’al-Nosra.