L’avocat de l’ex-homme fort du Fatah à Gaza, Mohammad Dahlane, jugé par contumace pour corruption, a accusé ce dimanche le président palestinien Mahmoud Abbas d’instrumentaliser la justice après que deux proches de M. Dahlane ont été inquiétés par la police.

M. Dahlane, désormais installé aux Emirats arabes unis, est jugé par un tribunal anti-corruption de Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie occupée, pour des dépenses non justifiées estimées à 17 millions de dollars. Le jugement est attendu le 1er mars.

Parallèlement, jeudi, la police a mené des perquisitions chez deux proches de M. Dahlane, les députés Majed Abou Chamala et Alaa Eddine Yaghi, membres du Fatah du président Abbas. Originaires de la bande de Gaza, ils ont cependant quitté la petite enclave en 2007, dans le sillage de M. Dahlane, dont les troupes ont été chassées lors de la prise de pouvoir du Hamas.

« Leurs collaborateurs ont été placés en détention et leurs ordinateurs et de nombreux documents de travail ont été saisis illégalement », a affirmé dans un communiqué l’avocat de M. Dahlane, Me Sévag Torossian.

Dans la presse palestinienne, les deux députés ont précisé qu’ils n’avaient pas été eux-mêmes arrêtés en raison de leur immunité parlementaire. Une protection que M. Dahlane a perdu à la suite de son exclusion du Fatah en 2011, sur des accusations de corruption et de meurtres.

Me Torossian a dénoncé une « entreprise de nettoyage judiciaire généralisée » et accusé M. Abbas d' »instrumentaliser les tribunaux comme des jouets, à des fins purement politiques ».

« La Palestine a signé le Pacte de 1966 » qui garantit un procès équitable, a-t-il poursuivi, indiquant qu’il allait saisir « les instances européennes compétentes pour statuer sur les violations de ce Pacte, ainsi que le Parlement européen et les pourvoyeurs de fonds qui ne peuvent financer ni cautionner cette justice privée ».

Puissant ministre chargé de la Sécurité intérieure, figure montante du Fatah dont il incarnait la jeune garde et considéré comme le protégé des Etats-Unis, le colonel Dahlane, Gazaoui d’origine, est tombé en disgrâce auprès de M. Abbas en raison de la déroute de ses forces face au Hamas.

Il a déjà été condamné à deux ans de prison ferme en mai pour diffamation à l’encontre des services de sécurité de l’Autorité palestinienne. Dimanche, il ne s’est de nouveau pas présenté à son procès pour corruption, craignant d’être placé en détention.

Ces arrestations et ce procès risquent d’attiser encore davantage les tensions à Gaza entre partisans de MM. Dahlane et Abbas, après plusieurs incidents rapportés ces dernières semaines.