Le récent discours du Secrétaire d’État américain John Kerry sur le conflit israélo-palestinien, très critique au sujet des implantations, incluait de nombreux « avantages » pour Jérusalem, selon un haut responsable américain jeudi.

Kerry a consacré une grande partie des 73 minutes qu’aura duré son discours à justifier le soutien de Washington au Conseil de Sécurité des Nations unies sur la résolution 2334 qui a fermement condamné les implantations, mais il a aussi exposé 6 « principes » qu’il estime être des paramètres nécessaires pour de futures négociations.

« Dans ces principes, il y a de nombreuses choses qu’Israël peut considérer comme des avantages, des victoires », a déclaré un responsable américain aux journalistes israéliens, sous couvert d’anonymat.

« Par exemple, ces principes incluent une affirmation claire selon laquelle Israël est un État juif et que la reconnaissance du statut d’Israël en tant qu’État juif doit faire part de ces principes. »

Paix israélo-palestinienne – Les 6 “Paramètres Kerry” revus à la loupe

De nombreux gouvernements arabes ont « soutenu » le projet de Kerry, bien qu’ils soient totalement conscient qu’il s’agisse d’un appel à la reconnaissance d’Israël comme État juif par les palestiniens, a ajouté le responsable.

De plus, Israël peut souligner que le projet de Kerry appelle à une
« solution réaliste » aux problèmes des réfugiés en accord avec le principe des deux États pour deux peuples; en d’autres termes, cela garantirait que les Palestiniens ne pourront pas envahir Israël de réfugiés.

« Les principes de Kerry font appel à un arrangement qui ne serait pas préjudiciable pour le caractère juif de l’État d’Israël », a déclaré le responsable. « C’est assez inédit comme situation, de voir un gouvernement arabe soutenir une telle chose. »

John Kerry au secrétariat d'État, le 28 décembre 2016 (Crédit : capture d'écran YouTube)

John Kerry au secrétariat d’État, le 28 décembre 2016 (Crédit : capture d’écran YouTube)

De plus, il a souligné les principes de Kerry selon lequels « Israël doit pouvoir se défendre efficacement contre le terrorisme et autres menaces régionales ».

« Le fait que de nombreux gouvernements arabes soutiennent ces principes et les résultats qui s’ensuivront est une évolution très positive d’un point de vue israélien, bien qu’il y ait d’autres sujets qui mécontentent actuellement le gouvernement israélien », a ajouté le responsable.

Les dirigeants israéliens ont critiqué avec véhémence le discours de Kerry et l’ont décrit comme étant injustement et inutilement focalisé sur les implantations tout en banalisant lamentablement les méfaits des Palestiniens. Mais ce discours pourrait être « une contribution importante et de grande valeur pour former les futures négociations que nous espérons ».

Alors que Kerry a exposé ses 6 principes comme « une base possible pour des négociations sérieuses » mercredi dernier depuis le département d’État, il a soutenu l’exigence du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à savoir, que les Palestiniens doivent reconnaître Israël comme un État juif.

« C’est le principe fondamental de la solution à 2 États depuis le début : créer un État pour le peuple juif et un autre pour le peuple palestinien, où chacun pourra réaliser ses aspirations nationalistes », a déclaré Kerry.

Aucune autre ébauche de projet pour la paix israélo-palestinienne soutenue par un gouvernement n’a jamais inclus l’exigence qu’Israël soit reconnu comme l’État-nation du peuple juif.

Washington a depuis longtemps reconnu Israël comme l’État hébreu, tout comme l’Allemagne ou le Canada, mais le reste de la communauté internationale a, jusqu’à maintenant, rejeté la demande de Netanyahu, qu’Israël soit aussi défini par ce qu’il considère ses fondamentaux religieux.

Cependant, Kerry a affirmé qu’il était « absolument convaincu que de nombreux autres sont désormais prêts à l’accepter aussi, si l’État palestinien venait à être créé. »

La réaction de nombreux pays arabes semblent lui donner raison. Dans les jours qui ont suivi son discours, de nombreux pays arabes et musulmans ont approuvé les 6 « principes » proposés comme projet d’un futur accord de paix, notamment une reconnaissance de l’État juif et sa proposition de solution pour les réfugiés.

Kerry a affirmé que « les besoins des réfugiés doivent être pris en charge » et qu’Israël devra reconnaître « leur souffrance ». Au même moment, il a ajouté que toute solution « doit être en accord avec les deux États pour les deux peuples, et ne peut pas modifier le caractère fondamental d’Israël ».

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi s'exprime devant la 71e Assemblée générale des Nations unies; à New York, le 20 septembre 2016. (Crédit : John Moore/Getty Images/AFP)

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi s’exprime devant la 71e Assemblée générale des Nations unies; à New York, le 20 septembre 2016. (Crédit : John Moore/Getty Images/AFP)

L’Égypte a affirmé que les directives de Kerry « sont cohérentes avec le consensus international et la position de l’Égypte ». La Jordanie a déclaré qu’elle était « en accord » avec la position du gouvernement. Les Émirats Arabes unis, le Qatar et le Bahreïn, dans des communiqués distincts, ont « accueilli » ces principes.

La Turquie les conçoit comme « importants dans le contexte de la revitalisation du processus de paix sur la base de la solution à 2 États ». L’Arabie saoudite a ajouté que les « recommandations » de Kerry « sont en accord avec la majorité des décisions internationales légitimes… et créent un terrain propice à l’atteinte d’une solution finale au conflit israélo-palestinien ».

S’adressant à des journalistes israéliens mercredi, le responsable américain a déclaré qu’en dépit de l’amer désaccord entre Jérusalem et l’administration sortante, il fallait noter que les huit dernières années étaient productives dans la coopération bilatérale.

« Les relations entre les États-Unis et Israël ont été élargies, approfondies et renforcées et il est possible que l’on n’apprécie pas encore cette évolution, et que l’on s’en rendra compte rétroactivement », a-t-il dit.

Il a cité en exemple le soutien des États-Unis au système anti-missile israélien, et a ajouté que lorsqu’Obama a pris le pouvoir, pas un dollar n’avait été injecté dans le Dôme de Fer.

« Nous avons donné plus d’un milliard de dollars et de nombreuses batteries et d’innombrables interceptions qui ont sauvé de nombreuses vies. C’est une conséquence directe, concrète et significative du partenariat entre les mandats du président Obama et du Premier ministre Netanyahu. »

 Le président américain Barack Obama à Athènes, le 16 novembre 2016 (Crédit : AFP/ARIS MESSINIS)

Le président américain Barack Obama à Athènes, le 16 novembre 2016 (Crédit : AFP/ARIS MESSINIS)

Le partenariat économique entre les deux pays a augmenté de 40 % ces dernières années, a poursuivi le responsable américain, et il est « convaincu que l’on a seulement gratté la surface de ce qui sera possible à l’avenir ».

Le 23 décembre, le Conseil de Sécurité a adopté la résolution 2334, qui a déclaré que les implantations israéliennes situées à l’extérieur des frontières de 1967 n’ont « aucun fondement légal » et constituent une « violation flagrante du droit international ». Quatorze des quinze états-membres ont voté en faveur de ce texte. Les États-Unis se sont abstenus, ce qui a permis l’adoption de la résolution.

Les dirigeants israéliens, menés par Netanyahu, ont affirmé avoir « des preuves irréfutables » que l’administration Obama a rédigé et encouragé cette résolution comme une gifle de dernière minute pour le gouvernement israélien. La Maison Blanche dément ces accusations.