Un groupe de garçons, dirigé par le rabbin d’un séminaire d’Otniel, quitte le mont du Temple à travers la Porte de la Chaîne. L’un d’eux fait attention à ne pas tourner le dos à l’endroit le plus saint du judaïsme, ferme les yeux plusieurs fois dans une attitude qui dit qu’il est proche de se mettre à prier.

Mais il se retient jusqu’à ce que le dôme doré, construit au-dessus de la base présumée du Second Temple, devienne hors de sa vue. Une fois l’esplanade quittée, le groupe peut rentrer dans le dédale des rues de la Vieille Ville. Les agents de la police israélienne et les responsables du Waqf islamique de Jérusalem peuvent détourner les yeux…

Les garçons défilent alors en chantant une chanson traditionnelle sur le Temple, qui « sera reconstruit. »

L’un d’eux, à la traîne, habite une implantation au nord de la Cisjordanie. Il déclare qu’il avait renoncé à visiter le mont du Temple depuis des années en raison de la sainteté du lieu et de l’interdiction d’y prier.

« Mais cela me dérange, » explique-t-il.

En cela, il n’est pas le seul. Une visite dimanche sur le mont du Temple, l’endroit le plus sensible du conflit israélo-arabe, a offert un aperçu des tensions poussant contre le statu quo des deux côtés de la brèche.

Yaakov Heyman, originaire de Californie et militant pour la prière juive sur le mont du Temple, déclare à un groupe de journalistes que cette situation lui évoque la fin de la ségrégation aux États-Unis ; les images d’écolières afro-américaines accompagnées par la garde nationale sont semblables, pour lui, à ce qu’il a ressent quand la police anti-émeute israélienne l’escorte chaque matin sur le mont du Temple.

Qualifiant l’interdiction de la prière juive sur le mont comme « le véritable apartheid », Heyman, un ami et collègue de Yehuda Glick estime qu’il cherche une réalité conforme avec la «maison de prière pour tous les peuples » du livre d’Isaïe.

Le statu quo, qui permet aux Juifs et aux Chrétiens de se rendre sur le mont, mais pas pour y prier, n’a « rien de sacré » lance-t-il.

Au lieu de cela, il a appelle à le violer et à ériger un lieu de prière juif sur 150 000 mètres carrés, tout en reconnaissant que son prix serait celui du sang. « Si vous croyez en la liberté, et si vous croyez en la démocratie, il faut dire que ça y est, et même si c’est au prix de pertes humaines ; nous devons arrêter la folie. »

Face au mont des Oliviers et au-dessus du quartier de Silwan à Jérusalem, le porte-parole de la police israélienne et inspecteur en chef, Micky Rosenfeld, a fait savoir qu’environ 30 000 musulmans prient à la mosquée al-Aqsa tous les jours. La plupart le font pacifiquement.

Ceux qui ont affronté la police l’ont fait de l’intérieur du sanctuaire de la mosquée al-Aqsa, explique Rosenfeld, ajoutant que les émeutiers, souvent plus âgés et plus religieux que les adolescents qui ont été arrêtés à Jérusalem-Est, portaient des sacs sur leurs chaussures et des gants sur les mains pour contrecarrer la police médico-légale.

Rosenfeld a déclaré qu’ils avaient jeté de l’acide et des cocktails Molotov sur les policiers et déclenché des fumigènes à partir de l’intérieur de la mosquée, et que la police, en réponse, avait verrouillé les portes vertes de la mosquée avec des chaînes, leur barrant la sortie.

Yaakov Heyman (Crédit : Mitch Ginsburg/Times of Israel)

Yaakov Heyman (Crédit : Mitch Ginsburg/Times of Israel)

Deux groupes de femmes musulmanes religieuses sont assises dans quelques endroits ombragés écoutant les sermons d’une femme. Les hommes se prélassent, bavardent et parfois prient en direction de la Mecque. Les garçons jouent au football tout au long du mur oriental. Certaines personnes de notre groupe – elles sont autorisées à entrer mais ne peuvent interviewer des gens – pensent qu’il y a suffisamment de tension pour recevoir un coup de couteau.

Ce n’est pas la première fois que je ressens, malgré le fait de savoir que la moindre provocation peut déclencher une guerre sainte avec des centaines de millions de musulmans, une sérénité, – certes fragile, – mais bien palpable sur le mont du Temple.

L’entrée à travers la Porte des Maghrébins, la seule ouverte aux non-musulmans et pas vraiment la plus attrayante, a quelque chose d’éblouissant : l’air, le ciel, les arbres, l’espace ; tout ce qui manque dans le reste de la Vieille Ville.

Un guide explique que le Dôme du Rocher a été construit par Abd el-Malik, 55 ans après la conquête musulmane de Jérusalem – qu’il a probablement été inspiré par la forme de l’église du Saint-Sépulcre ; et qu’il peut avoir été construit de cette façon afin de séduire la population en majorité chrétienne de la ville, en 691 – et un groupe de Juifs orthodoxes entre dans la cour.

Entourés par la police, à la fois pour leur protection et pour veiller à ce qu’ils ne prient pas, le petit groupe a été immédiatement remarqué par les femmes proches de la Porte des Maghrébins. Les femmes commencent à scander « Allahu Akbar! » dans un chant à quatre temps. Rapidement, alors que les Israéliens font chemin autour de l’enceinte en direction du Dôme du Rocher, le chant est repris par la quasi-totalité des musulmans qui se trouvent-là. « Allahu Akbar! » : les enfants le lancent avec leurs mères.

Ce rituel se répète à chaque fois qu’un Juif orthodoxe rentre sur l’esplanade.

Un responsable du Waqf, non autorisé à parler avec la presse, a fait savoir que cela n’avait rien à voir avec l’antisémitisme mais plutôt avec un désir de protéger le caractère sacré d’un lieu saint musulman que beaucoup estiment attaqué.

Il n’a pas mentionné le regain d’intérêt des Juifs, dont plusieurs députés, qui ont fait de l’accès au Mont du Temple la pierre angulaire de leur combat. Ni aucun des autres incidents, y compris les émeutes de 1929 qui ont débuté à la demande du mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, à cet endroit même et pour des raisons très similaires.

Mais Simha, le jeune homme de l’implantation, qui a avoué avoir été arrêté dans le passé pour avoir prié à cet endroit, est bien conscient de la possibilité d’un conflit sur le site : « Si nous avions peur de l’effusion de sang », estime-t-il, « nous serions restés à Auschwitz. »

Au lieu de cela, il a explique ressentir que Dieu a « créé une ouverture » vers le plein contrôle juif du site et qu’il continuerait à y venir, même s’il ne peut y prier, « afin de changer la situation. »