JTA – Giora Livni voulait simplement acheter des fleurs pour sa femme. Mais pour ce tétraplégique de 65 ans, qui a perdu toutes ses capacités (il peut seulement faire des petits mouvements avec son cou) dans un accident il y a neuf ans, ce simple geste romantique était irréalisable.

Toutefois, il était déterminé à changer la donne.

Livni est le cofondateur de Sesame Activer, la première société israélienne de smartphones entièrement mains libres.

Le Sesame Phone est conçu pour les personnes souffrant de lésions de la moelle épinière, de SLA (sclérose latérale amyotrophique), de paralysie cérébrale ou d’autres handicaps qui empêchent l’usage des mains et des bras – une population restée sur la touche pendant la révolution du smartphone.

Après trois ans de travaux, le Sesame est créé : un smartphone Google Nexus 5 Android équipé d’une technologie avancée : un algorithme de vision de pointe via ordinateur et une caméra frontale sur le téléphone, suivant les mouvements de son utilisateur et lui permettant de contrôler un curseur sur l’écran. Le curseur est un doigt virtuel, permettant aux utilisateurs de faire ce que les autres peuvent effectuer avec un smartphone régulier.

Sesame a récemment remporté le prix Verizon Powerful Answers, soit un million de dollars. La société avait déjà reçu une subvention du Bureau du scientifique en chef d’Israël.

Dans l’intervalle, la société utilise les 38 000 dollars récoltés dans une récente campagne – la vidéo montre Livni utilisant le téléphone pour commander des fleurs pour son épouse – pour faire don de téléphones Sesame.

À environ 1 000 dollars le téléphone, Livni envisage de donner environ 30 téléphones à des personnes handicapées nommées par leurs pairs. Parmi les cinq lauréats à ce jour, un ancien soldat israélien blessé dans le raid d’Entebbe de 1976 et un petit garçon du Royaume-Uni souffrant de dystrophie musculaire.

Avant le développement du téléphone, raconte Livni, il était « totalement dépendant » de son entourage. Des actions simples comme passer un appel privé n’étaient plus possibles ; il dépendait de quelqu’un pour composer le numéro, tenir le téléphone et raccrocher.

« Ma qualité de vie est passée de l’Age de pierre à l’âge du smartphone », résume-t-il.

Maintenant, Livni envoie régulièrement des SMS et des messages WhatsApp à ses amis et ses trois enfants, et le téléphone aide à soulager l’isolement social vécu par de nombreuses personnes handicapées, en particulier les jeunes.

« Les personnes handicapées sont la population la plus grande et solitaire au monde », déclare Jay Ruderman, président de la Ruderman Family Foundation, qui défend les intérêts des handicapés dans la communauté juive.
Un smartphone n’est pas seulement une fenêtre sur le monde social ; il est nécessaire dans de nombreux emplois.

« Nous vivons à une époque où vous devez utiliser la technologie pour affronter la concurrence et le monde du travail, et si cette technologie ne vous permet pas d’être à la hauteur, vous vous retrouvez sur la touche, explique Ruderman. Nous ne parlons pas d’un individu mais de millions à travers le monde dans la même situation. »

Livni a eu l’idée de Sesame après avoir vu une démonstration à la télévision d’un jeu contrôlé avec des mouvements de la tête. Doté d’une formation en génie électrique, il a immédiatement su évaluer le potentiel de cette technologie.

« Etant ingénieur, et surtout ingénieur électricien, j’enviais tellement les gens qui pouvaient utiliser les nouveaux gadgets, et mon esprit d’ingénieur m’a guidé, raconte-t-il. Quand je les ai vus jouer au jeu avec des gestes de la tête, j’ai eu le déclic. »

Il a appelé la station de télévision, qui l’a mis en contact avec le concepteur du jeu, Oded Ben Dov. Il s’avère que Ben Dov et Livni vivaient à seulement trois pâtés de maisons l’un de l’autre.

Après une rencontre avec Livni, Ben Dov a fermé sa maison de logiciels et commencé à travailler sur Sesame.

Giora Livni et Oded Ben Dov (Crédit : autorisation)

Giora Livni et Oded Ben Dov (Crédit : autorisation)

« Après avoir rencontré Giora, mon centre d’intérêt a fait un virage immédiat, relate Ben Dov, qui a une formation en développement mobile et en vision par ordinateur. «J’ai compris qu’il y avait un réel besoin. »

« Les jeux, vous pouvez en faire mille, dit-il en haussant les épaules. Mais là, cette technologie trouvait une réelle utilité. »

Ben Dov déclare que les premiers téléphones commandés via Indiegogo seront expédiés en mars, et une tablette plus large sera disponible dans le courant de l’année.

Sesame est l’une des nombreuses technologies mises au point par la Nation Start-Up. Et selon Ruderman, l’accent est mis sur la création de solutions technologiques pour les personnes handicapées. Notamment, la société israélienne VoiceITT a récemment développé une application appelée Talkitt, qui permet ceux qui ont des troubles du langage de communiquer en utilisant leur propre voix.

La différence entre Sesame et Talkitt ou d’autres produits de haute technologie israéliens ultra-populaires comme Viber et Waze est qu’il ne s’agit pas d’une application. Vu que le logiciel de Sesame contrôle l’ensemble du téléphone, la société devait se doter d’un « accès à la source » pour pouvoir préinstaller la technologie dans ses laboratoires.

L’étape est nécessaire, même si elle implique des coûts opérationnels élevés.

« Puisque nos utilisateurs ne pouvaient utiliser de téléphone avant, il ne s’agit pas de télécharger une application, car ils n’avaient pas du tout de téléphone dès le départ, explique Ben Dov. Le premier téléphone qu’ils achèteront sera le Sesame. »

C’est une perspective enthousiasmante pour certains comme Jacob Williams, un élève de cinquième blessé dans un accident de voiture quand il avait six semaines et qui est devenu tétraplégique.

Michael Dadey, assistant du directeur adjoint de l’école de Pennsylvanie de Jacob, est tombé sur Sesame en recherchant des dispositifs mains libres pour Jacob.

« Tout ce que Jacob voulait, c’était de pouvoir utiliser un téléphone, raconte Dadey dans une interview par e-mail. La plupart des adolescents sont impatients d’obtenir le permis de conduire – Jacob sait que cela ne le concerne pas – alors son plus important objectif dans la vie était d’avoir son propre smartphone. »

Pour Ben Dov, la perspective d’aider à changer des vies a été une source d’inspiration.

« Cela a été incroyablement enrichissant. J’ai beaucoup appris. Ces dispositifs sont littéralement une fenêtre sur le monde entier. Nous l’avons appelé Sesame, car il illustre notre désir d’ouvrir des mondes aux gens. »

En fait, le téléphone s’allume avec deux simples mots : « Open Sesame » (Sésame ouvre-toi).

Publié en partenariat avec la Ruderman Family Foundation. Guidée par les valeurs juives, la fondation défend l’inclusion des personnes handicapées dans la communauté juive.