Un groupe de députés britanniques en visite dans la région a affronté mercredi de hauts fonctionnaires de l’Autorité palestinienne (AP) pendant une réunion à Ramallah, en Cisjordanie, après qu’un représentant de l’AP a accusé les députés, en tant que britanniques, d’être responsable de tout le conflit israélo-palestinien.

Un déjeuner de travail entre une délégation des Amis conservateur d’Israël (ACI) et l’ancien négociateur de l’AP Nabil Shaath est devenu hostile, a appris le Times of Israel, quand Shaath et d’autres fonctionnaires palestiniens ont crié des accusations contre le groupe pour leur soutien implicite au Mandat britannique en Palestine entre 1923 et 1948. C’était « des années et des années avant même que je sois né », a déclaré ironiquement un des députés plus tard.

« Il y certainement eu des feux d’artifice pendant cette réunion », a déclaré James Gurd, directeur exécutif du groupe ACI, une organisation de soutien qui fait venir des parlementaires du parti conservateur britannique en Israël et fait du lobbying pour Israël à Westminster [centre du gouvernement britannique].

La délégation actuelle, composée de neuf députés conservateurs, est arrivée dimanche en Israël, et a participé à une série de briefings stratégiques et de réunions politiques dans tout le pays.

Le programme de mercredi était concentré sur la Cisjordanie, avec une visite de Rawabi, la première ville palestinienne planifiée, des rencontres avec des experts palestiniens, et un déjeuner accueilli par l’organisation de libération de la Palestine (OLP). Pendant le déjeuner, pendant lequel les parlementaires ont mangé des falafels, étaient présents Shaath, l’ambassadeur palestinien au Vatican Issa Kassissieh et Hanna Amira, membre du comité exécutif de l’OLP.

John Howell, député conservateur de Henley et vice-président des Amis conservateurs d'Israël à l'hôtel King David de Jérusalem, le 18 février 2016. (Crédit : James Gurd)

John Howell, député conservateur de Henley et vice-président des Amis conservateurs d’Israël à l’hôtel King David de Jérusalem, le 18 février 2016. (Crédit : James Gurd)

Le député John Howell, vice-président des ACI qui mène la délégation, a déclaré que le sujet de Rawabi a déclenché un débat tendu.

« L’une des choses que nous essayions de dire est que si vous avez plus de Rawabi, alors peut-être vous pourriez avoir une population plus satisfaite », a déclaré Howell au Times of Israel après la réunion. Il faisait référence au débat palestinien interne sur les vertus d’une ville entièrement nouvelle, dont les critiques disent que construire une ville palestinienne moderne et confortable ne sert qu’à normaliser ‘l’occupation israélienne’ en Cisjordanie.

Nabil Shaath dans son bureau à Ramallah (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Nabil Shaath dans son bureau à Ramallah (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Mais je pense que le vrai feu d’artifices est venu de la suggestion que l’OLP perdrait une élection qui aurait lieu demain en Cisjordanie au profit du Hamas. Cela les a vraiment mis mal à l’aise », a déclaré Howell.

« Les accusations spécifiques qui sont sorties de la réunion étaient la tentative de nous accuser, parce que ‘britanniques’, pour toute la situation en Israël et dans les territoires palestiniens en conséquence d’avoir eu le Mandat, des années et des années avant même que je sois né », a déclaré Howell en riant amèrement. « C’est une vue des choses tellement naïve. »

Howell, qui est en visite en Israël pour la cinquième fois, a déclaré qu’il pensait que le dialogue était la clef pour une résolution pacifique à long terme, mais la réunion de mercredi le pousse à s’interroger sur la viabilité des discussions avec l’AP.

« Il est difficile de voir que ces personnes pourraient être une base pour les négociations. Je pense qu’il devrait y avoir des accords sur comment tant de choses ont réellement changé dans le monde avant que nous puissions commencer à discuter. »

Plus tôt mercredi, le groupe avait assisté à une cérémonie marquant l’annonce par Matthew Hancock, du bureau du conseil des ministres britannique, qui est actuellement en Israël pour une mission commerciale, de nouvelles actions du gouvernement britannique pour décourager les activités de boycott anti-Israël en Grande-Bretagne. Dans le cadre des nouvelles directives, la « discrimination contre les fournisseurs israéliens » sera considérée comme une infraction aux accords commerciaux internationaux.

La proposition est la plus récente d’une série d’actions de divers gouvernements pour bloquer les efforts de boycott des produits israéliens. Des mesures précédentes comprenaient une disposition d’une loi américaine pour le renforcement et la facilitation du commerce (American Trade Facilitation and Trade Enforcement Act) demandant de ne pas coopérer avec les institutions qui participent au mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanction).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Matthew Hancock, du bureau du conseil des ministres britanniques, à Jérusalem le 17 février 2016. (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Matthew Hancock, du bureau du conseil des ministres britanniques, à Jérusalem le 17 février 2016. (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

L’AP a critiqué l’action britannique, déclarant qu’elle « encourageait l’occupation israélienne ». Un communiqué publié par le secrétaire général de l’OLP, Saeb Erekat, a déclaré que la décision envoyait un « message d’impunité » au gouvernement israélien.

« Afin de faciliter l’occupation israélienne, le gouvernement britannique déstabilise la démocratie britannique et les droits de leurs propres peuples. Une telle loi aurait empêché les citoyens britanniques de mener des actions pacifiques contre l’apartheid en Afrique du Sud », est-il écrit dans le communiqué.

Bien que le voyage ACI ait été prévu avant la mission commerciale du gouvernement et les projets de dévoiler les nouvelles directives, Gurd a déclaré que la présence du groupe à l’annonce – aux côtés de la première délégation transpartisane de la Chambre des Lords en Israël, également en visite cette semaine – envoyait un fort message de soutien.

« Avoir plus de 20 parlementaires britanniques en Israël à cette annonce était très symbolique, et même historique, a déclaré Gurd. Israël peut être assuré que ses bons amis se battent pour lui. »

Mais tout le monde au Parlement britannique n’a pas accueilli cette mesure.

Un porte-parole du dirigeant du Parti travailliste Jeremy Corbyn a accusé Hancock d’imposer la politique du Parti conservateur et de restreindre la démocratie locale et la liberté d’expression.

« La décision du gouvernement d’interdire les conseils et les autres institutions publiques de ne pas faire de marchés commerciaux ou d’investissements qu’ils considèrent comme non éthiques est une attaque à la démocratie locale », a-t-il déclaré.

Jeremy Corbyn vient d'être élu nouveau chef du parti d'opposition travailliste britannique, à Londres, le 12 septembre 2015. (Crédit : AFP PHOTO / BEN STANSALL)

Jeremy Corbyn vient d’être élu nouveau chef du parti d’opposition travailliste britannique, à Londres, le 12 septembre 2015. (Crédit : AFP PHOTO / BEN STANSALL)

Corbyn, qui a été élu à la tête du Parti travailliste en septembre, a été critiqué par des membres de la communauté juive britannique pour sa sympathie envers le Hamas et le Hezbollah – des groupes terroristes qui se sont engagés à détruire Israël – et est largement perçu comme l’un des députés britanniques les plus hostiles à Israël. Il a publiquement soutenu un embargo général sur les armes contre Israël et le boycott des universités israéliennes impliquées dans des recherches sur des armes.

John Howell a déclaré que bien que les opinions de Corbyn sur Israël soient éloignées de la majorité des politiciens britanniques, il pense qu’elles commencent à caractériser la position du Parti travailliste sur Israël.

« Je pense que l’attitude de Jeremy Corbyn envers Israël est presque inintelligible. C’est une telle honte qu’il prenne cette attitude et c’en est une que le Parti conservateur ne partage pas », a déclaré Howell.

« Si l’homme était venu ici pour voir les facettes du terrain, je n’ai aucun doute qu’il aurait une opinion différente », a ajouté Howell.