Shapiro : Netanyahu refuse de parler du futur après l’accord
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Shapiro : Netanyahu refuse de parler du futur après l’accord

L'émissaire des Etats-Unis en Israël exhorte Jérusalem à coopérer avec Washington sur les menaces régionales

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Daniel Shapiro, alors ambassadeur des Etats-Unis en Israël, le 9 décembre 2014. (Crédit : Matty Stern/Ambassade américaine)
Daniel Shapiro, alors ambassadeur des Etats-Unis en Israël, le 9 décembre 2014. (Crédit : Matty Stern/Ambassade américaine)

Dan Shapiro, l’ambassadeur américain en Israël, a déclaré lundi que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ignoré les appels à entamer des pourparlers sur une coopération sécuritaire avec les Etats Unis en partant de l’hypothèse que le Congrès approuvera l’accord nucléaire passé avec l’Iran.

Shapiro a recommandé à Israël de ne pas laisser les désaccords actuels sur l’accord nucléaire, auquel Israël s’oppose fermement, entraver d’éventuels accords mutuels.

« Jusqu’à présent, le Premier ministre n’est pas prêt à tenir des pourparlers », a-t-il déclaré à la radio militaire. « Je pense que le moment est venu. Pourquoi attendre ? Je pense qu’il décidera de le faire ».

Shapiro a révélé qu’il avait informé Netanyahu qu’Israël pouvait entamer des pourparlers professionnels avec les Etats-Unis pour chercher des moyens d’améliorer la coopération en matière de sécurité entre les deux pays, en particulier vis-à-vis de la menace de l’Iran.

Il a noté que, outre le programme nucléaire de l’Iran, il y avait beaucoup de travail à faire sur les questions y compris la finalisation d’un ensemble de procédure de défense pour Israël pour la prochaine décennie, éliminer l’approvisionnement d’armes au Hezbollah, et de prendre soin des besoins de défense antimissile d’Israël.

« Nous aurons besoin de travailler ensemble pour faire face aux menaces de l’Iran », a déclaré Shapiro. « Nous pouvons commencer à nous préparer pour demain ».

Dore Gold, directeur général du ministère des Affaires étrangères et confident de Netanyahu, a défendu l’approche du Premier ministre.

« Nous étudions ce que l’accord implique », a-t-il déclaré à la radio militaire, en réponse aux commentaires de Shapiro.

« Tout d’abord, nous devons arriver au point où nous pouvons voir ce que le résultat de la mise en œuvre de l’accord sera. Le Premier ministre a pris l’engagement de le faire… Il a le devoir d’avertir le peuple américain et le monde des conséquences de l’accord ».

Le directeur général du ministère des Affaires étrangères, Dore Gold, arrivant à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 5 août 2015 (Crédit : Marc Israël Sellem / flash 90)
Le directeur général du ministère des Affaires étrangères, Dore Gold, arrivant à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 5 août 2015 (Crédit : Marc Israël Sellem / flash 90)

A titre d’exemple, Gold a évoqué l’argent qui ira en Iran à mesure que les sanctions imposées à l’échelle internationale seront levées suite à l’accord.

Il a fait valoir qu’il y aurait « 150 milliards de dollars ajoutés aux coffres iraniens et ensuite transférés aux organisations terroristes jouxtant Israël tels que le Hamas et le Hezbollah et des groupes en Syrie ».

Israël, a-t-il dit, veut mettre en évidence ces ramifications de l’accord dans l’espoir que « dans le débat interne au Congrès et dans le débat international entre les Etats-Unis et ses alliés, ils vont soulever ces questions ».

Gold a affirmé – contrant l’affirmation du président américain Barack Obama que l’approbation de l’accord était une affaire interne américaine – que la pression d’Israël contre l’accord au sein des Etats Unis est une stratégie acceptable. Il a noté qu’il avait entendu dire que les ministres adjoints des Affaires étrangères de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et la France s’étaient également rendus à Washington, où ils se sont adressés aux membres du Congrès à propos de l’accord.

« Tout le monde parle avec tout le monde et nous faisons partie de ce débat. C’est juste la façon dont les choses se déroulent », a-t-il analysé. « L’idée qu’Israël puisse donner son avis lors d’apparitions publiques et de programmes de télévision et même sur la colline du Capitole est tout à fait légitime ».

Le débat, a-t-il expliqué, fait partie du processus du gouvernement des États-Unis lorsque le Congrès est appelé à voter sur les questions d’Etat.

Interrogé sur la façon dont les responsables à Washington voient la campagne ouverte d’Israël contre l’accord nucléaire avec l’Iran, Shapiro a, pour sa part, déclaré que « chacun a le droit d’exprimer leur opinion à propos de l’accord ».

Shapiro a également donné des précisions sur l’irritation apparente d’Obama au sujet des campagnes des groupes juifs américains visant à convaincre les membres du Congrès à voter contre l’accord avec l’Iran.

Lors d’une réunion de deux heures la semaine dernière, Obama aurait dit aux dirigeants juifs que les annonces dans les journaux et les fiches de renseignements publiés par le groupe de lobbying American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) sont « inexactes » et qu’il a dû passer près d’une heure à remettre les pendules auprès de tous les législateurs que l’AIPAC a approché.

Bien qu’il ait admis ne pas avoir été lui-même présent à la réunion, Shapiro a expliqué qu’ « il est clair qu’il [Obama] veut que le débat, que la discussion, que le dialogue soient basés sur les facteurs de l’accord. Donc, il tente de convaincre tout le monde pour dire tout d’abord, il s’agit d’un bon accord, mais se concentre aussi sur la discussion basée sur les facteurs de l’accord ».

« Dans chaque débat politique, il y a des exemples de l’exagération et des faits inexacts. Parfois, les gens ne comprennent pas comment certaines clauses de l’accord fonctionnent ».

Le Congrès doit se prononcer sur l’accord nucléaire à la mi-Septembre. L’accord, signé le 14 juillet entre l’Iran et le groupe du P5 + 1 – composé des Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Russie, la Chine et l’Allemagne – cherche à freiner le programme nucléaire iranien et à renforcer les inspections des sites nucléaires effectuées par des observateurs internationaux, en échange d’un allégement des sanctions.

Les responsables israéliens ont déclaré que l’accord ne va pas assez loin pour empêcher l’Iran d’obtenir des armes nucléaires.

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