La crise entre le gouvernement israélien et les Juifs de Diaspora au sujet du mur Occidental a entraîné certaines communautés et certains Juifs à reconsidérer leur voyage ou leur don à Israël, a indiqué lundi le président de l’Agence juive pour Israël, Natan Sharansky.

Sharansky a également dit qu’il pensait que le Premier ministre Benjamin Netanyahu se préoccupait des courants du judaïsme qui ne sont pas orthodoxes, mais qu’il avait cependant été faible face à la pression des partis ultra-orthodoxes.

Sharansky a dit qu’il ferait de son mieux pour convaincre tous ceux qui ont été exaspérés par la décision de ne pas rompre leur implication auprès d’Israël.

« Nous ne serons pas d’accord avec ceux qui veulent annuler leur donation à Israël », a dit Sharansky en anglais aux journalistes devant la salle de réunion du conseil d’administration de l’Agence juive.

« Plusieurs fédérations [juives] américaines ont indiqué que les membres de leur délégation ne voulaient plus venir […]. Je suis contre cela. Au contraire, nous avons besoin de plus de délégations », a-t-il dit.

Des Juifs conservateurs prient au pavillon égalitaire temporaire de l'Arche de Robinson, au mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, le 30 juillet 2014. (Crédit : Robert Swift/Flash90)

Des Juifs conservateurs prient au pavillon égalitaire temporaire de l’Arche de Robinson, au mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, le 30 juillet 2014. (Crédit : Robert Swift/Flash90)

La décision prise dimanche par le gouvernement pour geler un accord conclu il y a 18 mois qui créerait un espace de prière égalitaire permanent au mur Occidental pour les fidèles non orthodoxes a déclenché une crise sans précédent entre la communauté juive mondiale et le gouvernement israélien. Des associations de la Diaspora et des politiciens israéliens, au sein même de la coalition, ont vivement critiqué cette décision.

Sharansky a reconnu que « presque toutes les décisions du gouvernement prises à Jérusalem entraînent quelques Juifs de Diaspora a annulé leur donation, et d’autres à ajouter une contribution. Ce n’est donc rien de particulier. »

Cependant, la crise de cette semaine place les dirigeants juifs dans une situation particulière, a-t-il dit. « D’une part, nous nous battons pour l’unité du peuple. D’autre part, nous combattons tous les efforts pour affaiblir les relations entre Israël et la Diaspora, fondés sur la colère après cette décision de revenir sur l’accord du mur Occidental […]. Les passions sont fortes, et seront encore plus fortes. »

Le mépris général du gouvernement pour les courants non orthodoxes dominera les débats dans les synagogues d’Amérique du Nord, a prédit Sharansky. « Un rabbin a pour objectif que sa communauté se rapproche du judaïsme. Qu’il soit orthodoxe ou réformé, il sait qu’il n’a que deux moyens de faire cela : la foi et le sionisme. Parler de tradition et de la paracha, et parler de l’Etat d’Israël », a-t-il dit.

Même si ces dernières années, de plus en plus de rabbins ont évité de mentionner l’Etat d’Israël dans leur sermon car le sujet est controversé, ils ne pourront pas continuer à l’éviter, « si toute la semaine les fidèles discutent du sujet, de savoir s’ils devraient donner à Israël ou s’ils devraient annuler leur voyage en Israël, comment les rabbins peuvent-ils ne pas en parler ? »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président de l'Agence juive Natan Sharansky, le 18 juin 2013. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président de l’Agence juive Natan Sharansky, le 18 juin 2013. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Sharansky a ajouté qu’il voudrait dire à ces rabbins que la majorité des Juifs du monde, et même des Israéliens, rejette la décision du gouvernement.

Lundi, l’Agence juive a annulé un dîner de gala à la Knesset auquel était invité Netanyahu. Le conseil d’administration de l’Agence a également adopté, pour la première fois de son histoire, une résolution appelant le gouvernement à revenir sur l’une de ses décisions.

Sharansky, ancien ministre, a indiqué que le Premier ministre avait fait de nombreux efforts pour conclure un compromis qui satisferait tous les courants religieux, mais que les nécessités de la coalition l’avaient poussé à revenir sur l’accord de janvier 2016.

Sharansky n’a pas parlé à Netanyahu, son ami depuis 30 ans, depuis la réunion de dimanche, a-t-il dit au Times of Israël. Il a indiqué que quelqu’un du bureau du Premier ministre avait essayé de l’appeler, mais qu’il n’avait pas eu le temps de rappeler.

« J’ai dit que Netanyahu est un leader, qui sait mieux que chacun d’entre nous ce qui est bon pour l’économie d’Israël, qui sait comment ne pas faire de concessions unilatérales sur la scène internationale, et qui comprend les besoins de la communauté juive mondiale mieux que les précédents Premiers ministres. Tout cela est toujours vrai, a dit Sharansky. Mais je n’ai Jamais dit qu’il savait mieux que chacun d’entre nous comment faire face aux pressions de la coalition. Ça, je ne l’ai pas dit. »

Au crédit de Netanyahu, Sharansky a dit que le Premier ministre n’avait pas tenté de cacher son opinion sur le sujet. « Il a dit qu’il était favorable [à l’accord de 2016]. Il a dit ‘je le veux, mais que puis-je faire, j’ai dans ma coalition des gens qui demandent que je l’annule. Je ne peux pas le mettre en place, donc je le gèle’. Certes, c’est jouer sur les mots : le geler efficacement signifie l’annuler », a dit Sharansky.