Il y a vingt ans, en tant que nouveau ministre du gouvernement et président du parti Yisrael BaAliya, Natan Sharansky facilitait l’intégration des immigrants de l’ancienne Union soviétique dans la société israélienne à travers un certain nombre de réformes, y compris dans le domaine des conversions et du mariage civil.

À l’époque, il était presque impossible d’obtenir des députés religieux de siéger à un comité avec des rabbins réformés, dit-il. Aujourd’hui, c’est une question à l’ordre du jour.

S’adressant au Times of Israel depuis son bureau de l’Agence juive, Sharansky déclare être optimiste sur les relations d’Israël et de la diaspora vis-à-vis du judaïsme libéral.

« Il y a certainement un changement dans l’opinion publique », dit Sharansky.

Mais suite à une tempête médiatique après que le ministre des Affaires religieuses David Azoulay a déclaré à la radio de l’armée que les Juifs réformistes ont perdu leur voie et ne peuvent être appelés juifs s’ils ne respectent pas la Halakha (Loi juive), cet optimisme peut sembler déplacé.

Sharansky, partisan du verre à moitié plein devant une situation dramatique, cite le tollé public et la condamnation rapide du Premier ministre Benjamin Netanyahu suite à la déclaration d’Azoulay. Et souligné le fait que l’Agence juive a été chargée par Netanyahu de mettre en place un dialogue pluraliste d’urgence en table ronde avec des membres de tous les courants du judaïsme comme preuve qu’Israël prend le judaïsme libéral très au sérieux.

Tout cela ne serait jamais arrivé il y a 20 ans, observe Sharansky, assis derrière son bureau massif sur lequel est posée son emblématique casquette verte.

Dans les années 1990, tout en défendant une réforme des conversions, Sharansky raconte qu’il était presque impossible de convaincre des politiciens religieux de siéger dans un comité avec des rabbins réformistes américains.

« Quand j’ai essayé d’organiser une réunion avec une délégation de dirigeants américains qui comprenait des rabbins réformistes, les députés religieux disaient que ce serait la fin de leur carrière s’ils devaient participer à cette rencontre. Pour les députés de la Knesset aujourd’hui, c’est beaucoup moins menaçant. »

Lundi, Sharansky a rencontré une équipe de rabbins libéraux qui ont présenté une longue liste de préoccupations.

La plupart des éléments étaient des mesures pratiques qui permettraient plus facilement à leurs communautés de croître et de devenir plus actives.

Il avertit, cependant, que la recherche d’un soutien politique est presque aussi difficile aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a deux décennies.

En tant que député, on lui a demandé à plusieurs reprises pourquoi il était si préoccupé par la diaspora juive, une circonscription sans droit de vote. Même aujourd’hui, c’est difficile à comprendre.

« Il n’y a pas en Israël un demi-million de Juifs qui s’identifient aux réformistes », dit-il. Et à moins d’une vague d’immigration massive de Juifs américains, il n’y en aura probablement jamais.

« Nous avons un judaïsme laïc florissant en Israël », dit Sharansky. « Les Israéliens qui ne sont pas satisfaits du Grand Rabbinat ne chercheront pas nécessairement à le remplacer par le mouvement réformiste. »

Il souligne, cependant, que la majorité des Israéliens voient les mouvements conservateurs et réformistes comme des moyens légitimes d’exprimer la vie juive. Et il encourage une action conjointe de rabbins, avocats et politiciens pour promouvoir des préoccupations mutuelles, telles que le mariage civil.

« Nous avons de plus en plus d’ouverture, mais nous devons être une société. Nous devons encore vivre comme un peuple », dit-il, soulignant les problèmes halakhiques comme celui des mamzerim (enfants issus d’unions halachiquement interdites) qui mérite d’être exploré.

« Etant celui qui a proposé un projet de loi sur le mariage civil, je sais que ses détracteurs le rejettent tout simplement à cause de préjugés. »

« Mais je suis optimiste quand je pense à la situation il y a 70 ans, d’il y a 50 ans, et même d’il y a 20 ans », dit-il en souriant sous une grande photographie saisissante de Jérusalem dans la neige.

« Les Juifs israéliens accusent les Juifs américains de ne pas considérer l’existence d’Israël comme leur priorité n°1, 2 et même 3, » dit-il. Et la communauté juive américaine critique le statut conservateur d’Israël sur les questions de religion par rapport à l’Etat.

« Cette irritation mutuelle donne de l’espoir pour une introspection, » dit-il avec un autre sourire.