Malgré l’opposition véhémente de Jérusalem à l’accord sur le nucléaire que les six puissances mondiales ont conclu cette semaine avec l’Iran, des responsables israéliens y auraient apporté des contributions cruciales, a déclaré jeudi un haut responsable américain.

« Nous avons eu des consultations extraordinairement étroites avec Israël. Des experts d’Israël ont joué un rôle essentiel dans le développement de cet accord », a déclaré la sous-secrétaire d’Etat Wendy Sherman.

« En fait, l’un de vos principaux experts nous a écrit un courriel après l’accord souhaitant de nouvelles rencontres pour examiner là où nos efforts conjoints avaint produit un résultat », a dit Sherman lors d’une conférence téléphonique avec des correspondants diplomatiques israéliens.

Sherman a également défendu l’accord, faisant valoir que les pays du P5+1 (les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine, la Russie et l’Allemagne) ont réussi à établir un régime d’inspection hermétique qui ne permettra pas l’Iran à tricher. La préavis de 24 jours accordé à Téhéran avant qu’elle ne doive permettre aux inspecteurs d’accéder aux sites suspects est en fait « délai très, très court, » a-t-elle ajouté.

Les Israéliens ont été impliqués dans divers domaines de l’accord finalement rédigé après les discussions intensives à Vienne, notamment en critiquant la refonte du réacteur d’Arak et en examinant les questions d’armement, selon Sherman, une membre de premier plan de l’équipe américaine de négociation. Selon l’accord, le réacteur nucléaire à eau lourde d’Arak sera remanié de sorte qu’il ne puisse plus produire du plutonium de qualité militaire.

« Nous sommes très reconnaissants pour l’expertise que les Israéliens à tous les niveaux, et dans tous les domaines de votre collaboration, nous ont apportée et partagé avec nous », a dit Sherman.

L’administration americaine avait proposé de discuter de l’augmentation de son aide militaire à Israël, dans le sillage de l’accord, mais l’offre a été repoussée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu. » Le Premier ministre n’était pas encore prêt pour une telle discussion », a-t-elle affirmé.

Pendant son séjour à Vienne, où l’accord a été finalisé et signé mardi, elle s’est entretenue à trois reprises avec le conseiller à la sécurité nationale d’Israël Yossi Cohen, a-t-elle confié. Après que l’accord ait été annoncé, elle a informé Cohen et Yuval Steinitz, qui est charge du dossier de l’Iran dans le cabinet de Netanyahu, sur ses détails. « Nous restons en contact très étroit, » a-t-elle dit. « Nous prenons cette relation très au sérieux. »

Sherman a reconnu la vive opposition de Netanyahu à l’accord, disant que ses craintes au sujet de la sécurité d’Israël sont compréhensibles étant donné l’environnement régional difficile. « Mais tout à fait à bon escient », a-t-elle ajouté, « il a demandé aux experts israéliens de poursuivre les consultations avec nous et à nous faire profiter de l’expertise d’Israël. Et cela a été très utile et pris en compte dans les mesures que nous avons prises ».

Il y a eu « quelques bosses sur la route, » a admit Sherman, « parce que nous avons une vision très différente sur la question de savoir si cet accord le meilleur moyen d’assurer la sécurité d’Israël. Nous croyons qu’il l’est, avec l’avantage militaire qualitatif qui est fondamental pour notre relation « .

Washington et Jérusalem ont une « relation sécuritaire solide, » qui ne sera pas affectée par les différences d’opinion sur l’accord iranien, a-t-elle promis.

Le Secrétaire d'Etat américain John Kerry et lasous-secrétaire aux affaires politiques Wendy Sherman rencontrant les ministres des Affaires étrangères d'Allemagne, de France, de Chine, de Grande-Bretagne, de Russie et de l'Union européenne à Vienne, en Autriche le 7 juillet,2015 (Photo: Carlos Barria / AFP / POOL)

Le Secrétaire d’Etat américain John Kerry et lasous-secrétaire aux affaires politiques Wendy Sherman rencontrant les ministres des Affaires étrangères d’Allemagne, de France, de Chine, de Grande-Bretagne, de Russie et de l’Union européenne à Vienne, en Autriche le 7 juillet,2015 (Photo: Carlos Barria / AFP / POOL)

Sherman a rejeté les critiques d’Israël sur le mécanisme de surveillance de l’accord, affirmant qu’il contient « les inspections les plus vastes et un regime de suivi et des mesures de transparence qui n’ont jamais [été] mis en place. »

Le fait que l’Iran aura 24 jours avant qu’il ne doive accorder un accès aux inspecteurs internationaux à des sites militaires non déclarés où ils soupçonnent une activité nucléaire illicite ne signifie pas que l’Iran pourrait facilement tricher, a-t-elle insisté.

« Il sera très difficile pour l’Iran d’établir une installation d’enrichissement clandestine, étant donné que nous avons des yeux sur la chaîne d’approvisionnement [de l’uranium], » a-t-elle dit. « Il n’est pas si facile de nettoyer un site nucléaire. »

Iran prend ici un engagement volontaire . Il n’est pas un ennemi vaincu ou occupé

La période de 24 jours très discutée peut sembler une longue période », mais dans les questions nucléaires, selon les scientifiques et les experts techniques, c’est en fait un delai très, très court», a dit Sherman. « Nous estimons donc que nous avons un accès sans précédent. »

Aucun pays qui n’a pas été vaincu dans une guerre n’a jamais accepté d’inspections « partout, à tout moment », a fait valoir Sherman, ajoutant que le P5+1 n’a pas visé cela pour pendant les négociations. « L’Iran prend ici un engagement volontaire. Il n’est pas un ennemi vaincu ou occupé. Il coopère avec l’AIEA [Agence internationale de l’énergie atomique] « .

Interrogé par le Times of Israel sur comment concilier cette position avec une déclaration du secrétaire américain à l’Énergie Ernest Moniz, qui, il y a à peine trois mois avait affirmé qu’il s’attendait que l’accord comprenne un accès « partout, à tout moment », Sherman a répondu qu’il n’a jamais voulu réellement dire ce qu’il a dit.

« Je pense que cela est un de ces cas où … nous avons tous été rhétoriques de temps en temps », a-t-elle dit. « Nous estimons que cette clause d’accès … garantit que si l’AIEA doit avoir accès, elle aura accès. Et c’est ce qui est vraiment fondamental. Cette formule, « partout, à tout moment » est quelque chose qui est devenu une sorte de rhétorique populaire, mais je pense que les gens ont compris que ce qu’il voulait vraiment dire est que si l’AIEA estime qu’elle doit avoir accès … alors cela sera garanti. Et c’est ce qui est arrivé « .

Il n’y a eu aucun changement dans les positions des négociateurs, a insisté Sherman. « L’objectif est toujours resté un système de contrôle et de vérification qui garantirait qu’il ne puisse pas y avoir de [programme nucléaire] secrèt, dont nous saurions si l’Iran a commencé dans cette voie. »