L’ancien président israélien et lui-même lauréat du prix Nobel de la paix Shimon Peres a félicité la jeune fille Malala Yousafzai, âgée de 17 ans, pour l’obtention du prix de la session 2014.

« La décision du Comité Nobel de la paix d’avoir donné le prix à Malala est digne », a déclaré Peres dans un communiqué. « Elle est un symbole pour les femmes et les filles à travers le monde et un exemple pour nous tous. »

« Malala, vous avez vaincu ceux qui ont essayé de vous faire taire et votre victoire est une victoire pour la paix – nous sommes tous fiers de vous, » a conclu l’ex-président d’Israël, se référant aux extrémistes talibans qui lui avaient tiré dessus en octobre 2012.

La jeune fille de 17 ans a été couronnée avec l’Indien Kailash Satyarthi, autre militant des droits des enfants, une association également symbolique car un fort regain des violences frontalières entre leurs deux pays a fait au moins 17 morts cette semaine.

Cette rare nouvelle positive pour le Pakistan, géant musulman de plus de 180 millions d’habitants en proie aux violences islamistes et mafieuses, n’a pas été accueillie par des scènes de liesse dans les rues, mais par une série de déclarations pour la plupart élogieuses.

Dès l’annonce du prix, le Premier ministre pakistanais a envoyé un SMS à Malala, qui vit en Grande-Bretagne, pour la « féliciter ».

« Elle remplit de fierté le Pakistan et les Pakistanais » par « sa réussite inédite et inégalée », a-t-il déclaré dans un communiqué diffusé par ses services. Selon lui, « les garçons et filles du monde entier devraient prendre exemple sur son combat et son engagement ».

Le même sentiment de fierté était exprimé par des proches de Malala contactés par téléphone par l’AFP à Swat, la vallée où habitait Malala jusqu’à ce que les Talibans tentent de la tuer le 9 octobre 2012, et qu’elle s’exile en Angleterre.

« Malala est une fierté pour la province de Khyber Pakhtunkhwa et le Pakistan », déclare Ahmed Shah, qui fut son professeur. « Elle a élevé la voix contre l’injustice dans une société où les femmes ne peuvent pas s’exprimer » et son prix « est un message positif » pour ces dernières, a-t-il estimé.

« Ce n’est pas seulement elle qui a gagné, ce sont toutes les filles du Pakistan. Elle a prouvé qu’on ne peut pas arrêter l’éducation en s’en prenant aux écoles », dit Ayesha Khalid, 19 ans, camarade de classe à Swat.

La vallée de Malala se trouve dans l’instable nord-ouest du Pakistan, adossé à l’Afghanistan et où les Talibans ont détruit des dizaines d’écoles, pour filles notamment, ces dix dernières années.

« Le prix Nobel de Malala est la preuve que la nation pakistanaise n’est pas terroriste, mais bien contre le terrorisme », se délecte Shama Akbar, 15 ans, étudiante de Mingora, ville de la vallée de Swat d’où est originaire Malala.

Malala « contre l’islam »

Dans les rayons de la librairie Saeed Book Bank de la capitale Islamabad, la jeune Huda, châle jaune et lunettes de soleil sur les cheveux, ne cachait pas sa joie.

« C’est une bonne chose pour le Pakistan et pour les filles », se félicite-t-elle, espérant que le gouvernement fasse désormais de l’éducation l’une de ses priorités dans un pays où l’armée est de loin le premier poste du budget.

Si l’image de Malala reste « très controversée » dans son nord-ouest très conservateur, elle est beaucoup soutenue dans les grandes villes, note-t-elle, en estimant que « la controverse ne va pas s’arrêter, mais va diminuer » avec ce prix Nobel.

Mais pas besoin d’aller bien loin pour trouver des détracteurs. Devant les derniers arrivages de bouquins géopolitiques et religieux, Fahad, barbe brune et calotte noire sur le crâne, prévient : il n’aime pas Malala.

« Malala a été mise à l’avant-scène, car elle travaille contre l’islam et les traditions du Pakistan, c’est pourquoi elle ne mérite pas ce prix », dit-il, suggérant plutôt Abdul Sattar Edhi, travailleur social pakistanais âgé de 86 ans longtemps pressenti pour le Nobel, ou la Jamaat ud-Dawaa, organisation caritative également soupçonnée de soutenir le terrorisme anti-indien.

Les Talibans n’avaient pas réagi vendredi après-midi. On doutait qu’ils se réjouissent : il y a un an, ils avaient vertement réagi lorsque Malala avait gagné le prix européen Sakharov des droits de l’Homme. « Elle n’a rien fait » et « reçoit juste des récompenses parce qu’elle travaille contre l’islam », avaient-ils clamé.

Une association d’écoles privées pakistanaises fait de son côté campagne pour que la biographie de l’adolescente ne soit pas disponible dans les écoles du pays, jugée pas assez respectueuse de l’islam car elle y évoque, entre autres, l’auteur des « Versets sataniques » Salman Rushie.

Pour la féministe Bina Shah, ardente supportrice de Malala, ce Nobel tombe à pic dans un pays où la population cherche à se réjouir d’être pakistanais. « Malala vient de leur donner quelque chose d’énorme, j’espère que la population pakistanaise le lui rendra », dit-elle.