Le pape François a critiqué la réaction des grandes puissances pendant la guerre face à la Shoah, en estimant qu’elles auraient pu bombarder les voies ferrées conduisant aux camps, et pris vigoureusement la défense de Pie XII vis-à-vis des Juifs.

Dans son interview publiée vendredi par le journal catalan La Vanguardia, le pape se dit convaincu que l’ouverture des Archives vaticanes sur la Seconde Guerre mondiale permettra dans l’avenir d' »apporter beaucoup de lumière ».

« Je ne sais pourquoi tout le monde s’en prend à Pie XII et à l’Eglise, mais personne ne parle des grandes puissances (…) Elles connaissaient parfaitement le réseau ferroviaire pour transporter les Juifs dans les camps de concentration. Elles avaient les photos. Mais elles n’ont pas bombardé ces lignes de chemin de fer. Pourquoi ? ».

« Il me vient parfois un peu d’urticaire existentiel en constatant les attaques de tout le monde contre l’Eglise de Pie XII », remarque-t-il.

« Sur ce pauvre Pie XII, on a sorti toute sortes de choses mais on doit se rappeler que d’abord on le considérait comme un grand défenseur des Juifs » (jusqu’au début des années 1960, ndlr).

Pie XII « en a caché tellement dans les couvents de Rome et de nombreuses villes italiennes, et aussi dans la résidence d’été de Castel Gandolfo ! Là, dans la maison du pape, dans sa chambre, 42 bébés sont nés, fils de Juifs et d’autres persécutés qui avaient trouvé refuge là-bas », rapporte-t-il.

« Je ne veux pas dire que Pie XII n’a pas commis d’erreurs ! Tous nous en commettons, moi-même j’en commets des tas. Mais son rôle doit être lu dans le contexte de l’époque : était-il préférable par exemple qu’on ne parle pas pour éviter que davantage de Juifs ne soient tués, ou plutôt qu’on le fasse ? », demande-t-il.

Dans l’avion qui le ramenait de Jérusalem, fin mai, interrogé sur le procès de béatification de Pie XII, ouvert par Benoît XVI, François avait affirmé qu’il était au point mort, dans l’attente d’un miracle.

Pie XII est accusé par de nombreux historiens de n’avoir pas condamné ouvertement la Shoah. Il ne l’aurait pas fait de peur de représailles contre les catholiques dans l’Europe occupée.

En 2012, le panneau du Yad Vashem à Jérusalem sur Pie XII expliquant qu’il n’avait rien fait pour défendre les Juifs, avait été changé. Le mémorial de l’Holocauste laisse la question ouverte, affirmant le rôle de Pie XII est « sujet de controverses ».