Seule grande ville allemande à avoir interdit les « pavés de la mémoire », Munich (sud) a autorisé mercredi l’installation de plaques individuelles pour honorer les victimes du nazisme, pourvu qu’elles ne soient pas gravées dans le sol.

Après des mois d’un âpre débat, le conseil municipal de cette ville qui fut le berceau du nazisme a trouvé un compromis en acceptant que des plaques de cuivre personnalisées ou de petites stèles posées sur la voie publique viennent rendre hommage aux morts de la Shoah.

Munich a en revanche confirmé l’interdiction des « Stolpersteine » (littéralement, « pierres sur lesquelles on trébuche »), cubes de 10 cm de côté portant une plaque de laiton avec le nom d’un défunt.

Lancé en 1996 par le sculpteur Gunter Demnig, ce projet destiné à restituer à l’horreur sa dimension individuelle est devenu la forme la plus populaire d’hommage aux victimes du IIIe Reich – Juifs mais aussi homosexuels, tsiganes, handicapés, résistants et témoins de Jehovah.

D’Oslo à Vienne, de la côte atlantique à Budapest, on en compte environ 54 000 dans plus de 1 200 villes européennes, encastrés dans le trottoir devant le dernier domicile connu des victimes.

Si ces pavés ont fleuri dans quelque 500 communes allemandes, Munich a rejeté le projet dès 2004 en raison de l’opposition farouche de Charlotte Knobloch, 82 ans, leader de la communauté juive locale.

Pour Knobloch, rescapée de la Shoah et ancienne présidente du Conseil central des Juifs en Allemagne, fouler au pied ces pavés porte atteinte à la mémoire des victimes.

Cette position ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté juive et une pétition contre l’interdiction des Stolpersteine a recueilli 99 000 signatures, sans faire vaciller la municipalité.

La décision rendue mercredi permettra de poser des plaques sur la façade du dernier domicile connu des victimes, si les propriétaires de l’édifice donnent leur accord, ou d’implanter de petites stèles en limite de trottoir. Un mémorial portant le nom de tous les défunts est également prévu.

Dans un communiqué, un groupe de rescapés de la Shoah et de descendants des victimes a annoncé un recours en justice contre l’interdiction des Stolpersteine.

« La justice va prévaloir. Beaucoup d’entre nous, hélas, ne vivront pas assez pour le voir », a déclaré Ernst Grube, 83 ans, ancien déporté de Theresienstadt qui a perdu plusieurs proches dans les chambres à gaz.