L’Organisation mondiale des recouvrements juifs a accueilli avec prudence l’annonce faite par un responsable polonais sur l’intention de la Pologne d’adopter une législation offrant une compensation partielle pour les biens confisqués aux propriétaires privés pendant le communisme.

Le vice-ministre polonais de la Justice, Patryk Jaki, a annoncé mercredi son intention de présenter un projet de loi, marquant une rupture par rapport à la décision du gouvernement de déterminer la possibilité d’une restitution par les décisions des tribunaux que par la législation, comme cela a été le cas dans de nombreux autres pays européens.

« J’ai honte que la Pologne ait pris 28 ans après la chute du communisme pour préparer un tel projet de loi. On aurait dû s’en occuper il y a longtemps », a déclaré Jaki lors d’une conférence de presse mercredi à Varsovie, dont les propos ont été rapportés par l’agence de presse PAP.

La loi issue du projet de loi prévoyait des paiements en espèces allant jusqu’à 20 % de la valeur des propriétés privées au moment de leur « nationalisation », a déclaré M. Jaki sur la chaîne TVN24, ajoutant que le projet de loi était « absolument juste ».

« D’innombrables propriétés appartenant à la population juive composée de 3,3 millions de personnes de la Pologne avant l’Holocauste ont été saisies par les forces d’occupation nazies et ensuite nationalisées sous le communisme. »

Les experts en restitution estiment que, suite à l’Holocauste, des individus et des institutions juifs en Pologne ont perdu des biens dont la valeur cumulée dépasse l’équivalent d’un milliard de dollars. La Pologne est le seul grand pays d’Europe à n’avoir adopté aucune législation nationale pour la restitution des biens injustement saisis par les nazis ni les propriétés nationalisées par le régime communiste, selon l’Organisation mondiale des recouvrements juifs (WJRO).

« Nous sommes heureux que la Pologne reconnaisse aujourd’hui qu’une législation nationale est nécessaire pour traiter de la question des biens confisqués », a déclaré jeudi dans un communiqué Gideon Taylor, président des opérations du WJRO. « Cependant, il est essentiel que la restitution ou l’indemnisation soit entière et complète et qu’elle soit juste et équitable pour tous ceux qui ont perdu des biens, y compris les survivants polonais de l’Holocauste et leurs familles », indique le communiqué.

Le WJRO a rejoint d’autres voix critiques de la Pologne qui dénoncent son incapacité à offrir aux Juifs victimes de vols de biens pendant et après l’Holocauste et à leurs descendants, les restitutions adéquates, ni les procédures pour l’obtenir, comme le font les autres pays d’Europe de l’Est.

En juillet, le WJRO a sévèrement critiqué la décision d’un tribunal polonais confirmant la législation sur la restitution dont le texte excluait d’innombrables candidats potentiels juifs.

La loi, votée l’année dernière, exclut les anciens propriétaires et leurs familles qui ont manqué l’échéance datant de l’ère communiste de 1988 de déposer des demandes, y compris ceux qui ont fui à l’étranger pour échapper à la domination communiste ou à l’antisémitisme.

En 1997, la Pologne a adopté une loi de restitution des propriétés communales, mais plus de 15 ans après la date limite de dépôt des demandes, une majorité des plus de 5 000 demandes n’a toujours pas été résolue et la plupart des dossiers résolus n’ont pas abouti à une restitution ou à une indemnisation, a déclaré le WJRO.