Une association juridique israélienne a entamé des poursuites contre le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à la Cour pénale internationale (CPI) lundi. Le dirigeant du Fatah est accusé d’être responsable des attaques revendiquées par les membres de sa faction, qui avaient été menées à partir de la bande de Gaza contre les villes israéliennes pendant le conflit de cet été.

Quand bien même Israël et l’AP ne sont pas membres de la CPI, Shurat HaDin – le Centre juridique d’Israël – affirme qu’ « Abbas est un citoyen jordanien et que la Jordanie est membre de la CPI. Par conséquent, la CPI peut exercer son pouvoir sur les actes commis par les citoyens d’un pays membre, quelques soient les lieux où ces actes ont été commis ».

La requête stipule qu’Abbas doit être jugé pour les différentes tirs de roquettes sur Israël revendiqués par le Fatah lors du conflit de cet été à Gaza – qui ont eu lieu le 10, le 25 et le 27 juillet et le 8 août. « Il [Mahmoud Abbas] est le responsable hiérarchique [du Fatah] qui exerce sur [le parti du Fatah] un contrôle effectif et lui donne des ordres ». Les tirs de roquettes sur les civils sont considérés comme un crime de guerre, souligne la requête.

« Abbas doit immédiatement faire l’objet d’une enquête et doit être poursuivi pour ces tirs de roquettes contre Israël », indique la présidente de Shurat HaDin, Nitasana Darshan-Leitner, dans un communiqué.

« Shurat HaDin ne permettra pas au Fatah de continuer à mener des tirs de roquettes contre les agglomérations israéliennes, tout en réclamant, hypocritement, l’adhésion palestinienne à la CPI. Abbas est persuadé, à tort, que les crimes de guerre présumés à l’encontre des Arabes soient les seuls crimes qui doivent être poursuivis », écrit-elle.

Ce même groupe de défense des droits des Israéliens a déposé, en septembre dernier, une plainte contre le chef en exil du Hamas, Khaled Meshaal, aussi de nationalité jordanienne.

Malgré « un large éventail de lois antiterroristes » jordaniennes, souligne la requête, la Jordanie « n’a aucun moyen d’obtenir la détention de Mahmoud Abbas ». De plus, précise la demande, la législation jordanienne est « appliquée de manière manifestement injuste et est politiquement motivée ».

Mi-septembre, un journaliste de la chaîne de télévision russe RT a eu le droit à une visite guidée d’un site de fabrication de roquettes qui se situe dans la bande de Gaza.

La vidéo de cette visite, avec les sous-titres anglais, est disponible sur YouTube. Elle a été mise en ligne peu de temps après par l’institut de veille, Palestinian Media Watch [Palestinian Media Watch est un institut de recherche israélien qui étudie la société palestinienne].

Le journaliste de la RT s’était entretenu avec des hommes masqués du Fatah qui ont été filmés en train de mélanger du combustible pour roquettes et des explosifs dans une casserole chauffée à l’aide d’un réchaud. Dans ce petit immeuble sans fenêtre, des roquettes et des obus de mortiers étaient empilés contre le mur où est accrochée une affiche de l’ancien chef palestinien de l’OLP, Yasser Arafat.

« Nous préparons des roquettes au sein de la division de fabrication des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa », explique l’un des hommes au journaliste. « Pendant la dernière guerre, nous avons tiré des roquettes contre l’ennemi sioniste, nous avons précisé à l’ennemi que nous en avions encore beaucoup. Nous avons aussi réussi à créer avec succès des roquettes K-132, qui se trouvent ici à côté de moi ».

Depuis l’opération Bordure protectrice, l’AP a menacé à plusieurs reprises de rejoindre la CPI afin de poursuivre Israël pour crimes de guerre, mais elle n’a pas encore mis ses menaces à exécution.

Rejoindre la CPI et porter plainte pour crimes de guerre rendraient les relations – déjà tendues – entre Abbas et Israël, ouvertement hostiles. Cela pourrait aussi mettre en péril les liens qu’Abbas entretient avec les Etats Unis. Si Abbas se tourne vers la CPI, le groupe terroriste du Hamas ferait aussi l’objet d’une enquête pour tirs aveugles contre Israël depuis 2000.

Stuart Winer a participé à la rédaction de cet article.