TEL AVIV (JTA) — Les politiciens israéliens de droite ont salué l’élection de Donald Trump à bras ouverts.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett a déclaré que la victoire de Trump en tant que président des Etats-Unis constituait une chance pour Israël de « retirer la notion d’Etat palestinien ». Plusieurs politiciens, y compris le maire de Jérualem Nir Barkat, ont déclaré qu’ils attendaient que Trump déplace l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, que les Palestiniens revendiquent aussi comme leur capitale.

Les politiciens ont des raisons d’être optimiste. Lors de la campagne présidentielle, Trump a salué la nouvelle plate-forme républicaine, qui omet le soutien passé à la solution à deux états pour le conflit israélo-palestinien et qualifie Jérusalem de capitale « indivisible » d’Israël. Comme d’autres présidents avant lui, qui n’ont pas tenu leur promesse, Trump a affirmé qu’il déplacerait l’ambassade à Jérusalem.

Ses conseillers sur Israël ont déclaré que Trump ne voit pas les implantations comme un obstacle à la paix, qu’il soutiendrait leur expansion et que ce n’est pas lié à l’idée d’un état palestinien.

Daniel Shapiro, l'ambassadeur des États-Unis en Israël, parlant à l'Institut d'études de sécurité nationale à Tel Aviv, le 9 novembre 2016 (Crédit : Andrew Tobin / JTA)

Daniel Shapiro, l’ambassadeur des États-Unis en Israël, parlant à l’Institut d’études de sécurité nationale à Tel Aviv, le 9 novembre 2016 (Crédit : Andrew Tobin / JTA)

Des experts de haut niveau en sécurité qui soutiennent une solution à deux états, déclarent, bien sûr, que des constructions sans limites dans le territoire revendiqué par les Palestiniens pourraient mettre un terme aux espoirs de solution. Pourtant, même eux pensent que le gouvernement israélien pourrait inciter l’administration Trump à faire des concessions à la droite, paradoxalement comme une façon d’encourager un compromis territorial.

Udi Dekel, le directeur de l’influent groupe de réflexion Institut pour les Etudes de Sécurité National et ancien négociateur avec les Palestiniens, avait une proposition spécifique : Israël devrait demander à Trump de reconnaître les blocs des implantations principales mais pas les avant-postes non autorisés en Cisjordanie.

« Si nous sommes assez intelligents, nous pourrions saisir cela comme une opportunité de changer la réalité », a-t-il déclaré au JTA lors d’un événement de l’INSS pour discuter des conséquences de l’élection américaine pour Israël.

« Nous pourrions donner des territoires aux Palestiniens. Nous pourrions investir dans les implantations qui feront partie d’Israël, selon nous. Nous pourrions geler les implantations que nous n’incluons pas dans un futur état. Mais il faut que les administrations [américaines et israéliennes] parlent la même langue ».

La démarche est une sorte de voie du milieu. Beaucoup d’analystes de droite affirment qu’Israël doit maintenit le statu quo en Cisjordanie et à Jérusalem Est, qu’il a pris à la Jordanie pendant la Guerre des Six Jours 1967, au moins jusqu’à ce que le Moyen-Orient devienne moins menaçant et plus prévisible. D’autres, la plupart de gauche, voient un besoin urgent pour Israël de négocier un retrait des territoires ou de les quitter unilatéralement.

Les Etats-Unis ont adopté la suggestion de Dekel lors de la présidence de George W. Bush. En 2004, Bush a envoyé une lettre à Ariel Sharon, le Premier ministre de l’époque, déclarant qu’il était « irréaliste d’attendre que l’issue du statut final des négociations soit un retour complet aux lignes de l’armistice de 1949 » ou des frontières d’Israël d’avant 1967. La lettre avait été largement perçue comme une acceptation de l’autonomie israélienne sur les blocs d’implantations principaux et de Jérusalem comme un fait accompli.

Itamar Rabinovitch, l'ancien ambassadeur israélien aux États-Unis, à l'Institut d'études sur la sécurité nationale à Tel-Aviv, le 9 novembre 2016 (Crédit : Andrew Tobin / JTA)

Itamar Rabinovitch, l’ancien ambassadeur israélien aux États-Unis, à l’Institut d’études sur la sécurité nationale à Tel-Aviv, le 9 novembre 2016 (Crédit : Andrew Tobin / JTA)

Lorsque le président Barack Obama est entré en fonctions quelques années plus tard il a ignoré la lettre. Comme la plupart des pays du monde, il s’est opposé à la construction par Israël à Jérusalem Est et en Cisjordanie déclarant que cela compromettait la solution à deux états.

Dans une intervention à l’événement d’INSS, Daniel Shapiro, l’ambassadeur américain en Israël, a confirmé qu’Obama réfléchissait à une action pour « arrêter ces tendances qui nous conduisent dans la direction d’une réalité binationale et nous remette sur le chemin d’une solution négociée à deux états ».

Oded Eran, chercheur à l’INSS et ancien diplomate et négociateur en chef auprès des Palestiniens, a déclaré qu’il pense que le Premier ministre Benjamin Netanyahu attende la fin du mandat d’Obama pour ensuite faire ce que Dekel a décrit. Il a ajouté que Netanyahu se rendrait probablement à Washington dans quelques mois après la cérémonie de l’ « Inauguration Day », le jour où Trump entrera en fonction le 20 janvier, pour lui demander d’approuver la lettre de Bush.

Mais Eran a déclaré que le Premier ministre ne tenterait pas d’obtenir une carte blanche de la part de Trump pour faire ce qu’il veut en Cisjordanie, même si elle était sur la table. Il a estimé que Netanyahu semblait avoir compris qu’une construction d’implantations sans restriction pourrait avoir comme conséquence qu’un Etat palestinien ne fonctionnerait pas, ce qui donnerait à Israël la responsabilité permanente pour les millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie.

Sans les restrictions des États-Unis, Netanyahu aurait du mal à refuser les demandes des membres de sa coalition gouvernementale, considérée par beaucoup comme la plus droite de l’Histoire israélienne. Bennett et d’autres membres du parti juif pro-implantation HaBayit HaYehudi ont exhorté à l’annexion de la zone C, les 60 % de la Cisjordanie contrôlés par Israël.

« Je pense que Netanyahu veut éviter, d’un point de vue national, la question de Jérusalem et la question de la construction dans les principales implantations. Donc, oui, il aimerait que la nouvelle administration adopte une politique dans l’esprit de la lettre Bush », a déclaré M. Dekel à JTA lors de l’événement de l’INSS.

« Il dira que nous avons le feu vert pour certains bâtiments mais pas pour tout et nous voulons que les relations avec le nouveau président soient mieux qu’avec le président sortant ».

Le bureau du Premier ministre a refusé de commenter ces déclaration.

La chercheuse Emily Landau à l'Institut d'études sur la sécurité nationale à Tel-Aviv, le 9 novembre 2016 (Crédit : Andrew Tobin / JTA)

La chercheuse Emily Landau à l’Institut d’études sur la sécurité nationale à Tel-Aviv, le 9 novembre 2016 (Crédit : Andrew Tobin / JTA)

Outre la préservation de la solution à deux États pour son propre bien, Israël pourrait vouloir se restreindre en Cisjordanie et à Jérusalem pour préserver ses relations internationales, à commencer par les démocrates aux États-Unis.

« Probablement par inclination et par tempérament, [Trump] est pour Israël, son parti [républicain] est favorable [à Israël], mais il est important pour Israël de revenir au bipartisme et de ne pas dériver vers un seul parti politique aux États-Unis », a mis en garde Itamar Rabinovich, le président de l’Institut israélien et ancien ambassadeur israélien aux États-Unis, dans un entretien avec JTA après s’être adressé à l’INSS.

Sur le court terme, enflammer le conflit avec les Palestiniens pourrait interférer avec la coopération sécuritaire d’Israël avec les Etats arabes, ce que Netanyahu a vanté au cours de la dernière année. Emily Landau, une chercheuse à l’INSS, a déclaré que la montée en puissance de l’Iran a créé une chance rare pour Israël d’officialiser cette coopération, en supposant que les Palestiniens ne le fassent pas échouer.

« En ce moment, il y a vraiment l’occasion de mettre en place un cadre pour le dialogue sur la sécurité régionale ici, qui est toujours à l’ordre du jour puis il y a des choses qui se passent dans la sphère israélo-palestinienne, alors on ne peut pas le faire parce que les Etats arabes ne peuvent pas coopérer avec Israël quand la question palestinienne brûle », a-t-elle ajouté.

Idéalement, Landau a déclaré que la question palestinienne serait également traitée dans un contexte régional. Mais il n’y aura pas d’approfondissement des liens régionaux d’Israël sans l’encouragement des États-Unis. Un scénario pessimiste, a-t-elle estimé, serait que Trump adopte des tendances isolationnistes, laissant Israël seul pour traiter avec les Palestiniens et le Moyen-Orient.