Il était difficile de savoir si le Premier ministre Benjamin Netanyahu plaisantait ou était sérieux quand, répondant lundi à des questions à la Knesset, il a félicité « le ministre des Affaires étrangères et son équipe » pour leur excellent travail dans l’élargissement et l’approfondissement des relations internationales d’Israël. Il était impassible, parlant apparemment sérieusement. Mais il ne l’était sûrement pas, car il parlait de lui-même; Netanyahu est le ministre des Affaires étrangères.

Ce qui n’est pas contesté est que sous sa direction, le gouvernement israélien peut se vanter de succès impressionnants en matière de politique étrangère : des liens de plus en plus chaleureux avec les puissances que sont la Russie, la Chine, le Japon et l’Inde, la normalisation avec la Turquie, de nouvelles amitiés en Afrique et, peut-être le plus important, un rapprochement notable avec l’Egypte et avec d’autres Etats arabes qui n’ont jamais officiellement reconnu l’existence d’Israël.

En revanche, les relations avec les principaux alliés traditionnels de Jérusalem – les Etats-Unis et l’Union européenne – sont tendues en raison de désaccords de fond sur le conflit israélo-palestinien.

Dore Gold, confident de longue date du Premier ministre, est devenu le visage de la politique étrangère d’Israël depuis qu’il est devenu en juin 2015 le directeur général du ministère des Affaires étrangères.

Dans une longue interview, le diplomate né dans le Connecticut a exposé son point de vue sur la direction palestinienne actuelle et sur la logique derrière la stratégie d’Israël vis-à-vis du monde arabe. Il a également expliqué le rejet par Israël de l’effort français pour relancer le processus de paix qui est au point mort.

Le directeur du ministère des Affaires étrangères, Dore Gold, à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 5 août 2015 (Crédit : Marc Israel Sellem / Flash90)

Le directeur du ministère des Affaires étrangères, Dore Gold, à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 5 août 2015 (Crédit : Marc Israel Sellem / Flash90)

Jérusalem, a dit Gold, boycottera probablement la conférence internationale planifiée par la France sur le conflit israélo-palestinien, si elle se tient plus tard cette année à Paris. Un tel sommet « saperait l’ensemble du processus de paix », a-t-il soutenu.

« Nous n’avons pas été invités pour le premier tour … Je doute que nous serons là pour le second parce que nous avons été très clairs au sujet de nos problèmes avec tout cette initiative française », a déclaré Gold.

Le 3 juin, la France a organisé une conférence en présence de dirigeants de 28 pays. Israéliens et Palestiniens n’ont pas été invités. Paris avait dit à l’époque que la rencontre était juste la « première étape » et qu’elle commencerait le travail conjoint pour organiser une conférence internationale qui se tiendra à la fin de l’année » et qui réunira l’ensemble de la communauté internationale autour des Israéliens et des Palestiniens ».

Le président français François Hollande (au centre), le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon (au centre, à gauche), le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault (au centre, à droite), le secrétaire d'Etat américain John Kerry (4° à droite), la responsable des Affaires étrangères de l'UE Federica Mogherini (3° à droite) et des responsables pour la photo de groupe de la conférence sur l'initiative pour la paix au proche Orient, organisée à Paris le 3 juin 2016. (Crédit : AFP Photo/Pool/Kamil Zihnioglu)

Le président français François Hollande (au centre), le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon (au centre, à gauche), le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault (au centre, à droite), le secrétaire d’Etat américain John Kerry (4° à droite), la responsable des Affaires étrangères de l’UE Federica Mogherini (3° à droite) et des responsables pour la photo de groupe de la conférence sur l’initiative pour la paix au proche Orient, organisée à Paris le 3 juin 2016. (Crédit : AFP Photo/Pool/Kamil Zihnioglu)

Le gouvernement israélien a à maintes reprises exprimé clairement son opposition, en faisant valoir que les conférences internationales servent à durcir les positions de négociation des Palestiniens et en insistant sur le fait que les pourparlers bilatéraux directs entre Israéliens et Palestiniens peuvent conduire à des progrès dans le processus de paix au point mort.

Parlant au Times of Israel, Gold a réitéré les critiques d’Israël. « L’initiative française est malheureusement une alternative à des négociations directes. J’ai vu des déclarations françaises à ce sujet, et cela sape l’ensemble du processus de paix qui a commencé à Madrid », a-t-il dit. Gold faisait référence à un sommet en 1991 avec la participation d’Israël (dont le ministre des Affaires étrangères adjoint d’alors Netanyahu), de l’Egypte, de la Syrie, du Liban et une délégation commune jordano-palestinienne, qui a été la première fois que les parties du conflit au Moyen-Orient siègeaient ensemble et ont tenu des négociations directes.

Le sommet prévu à Paris ne peut pas être considéré comme la suite de cette conférence historique, a dit Gold, parce que « Madrid, et ensuite, bien sûr, les accords d’Oslo, envisageaient spécifiquement des négociations directes sans conditions préalables, » a affirmé Gold. « Voilà le consensus international, et l’initiative française en dévie ».

Tout en insistant sur le fait que les négociations bilatérales directes avec l’Autorité palestinienne sont la seule voie à suivre, Gold a cependant déclaré qu’il doutait que le président de l’AP Mahmoud Abbas soit réellement intéressé à parvenir à un accord avec Israël.

Interrogé pour savoir s’il pense qu’Abbas soutient vraiment une solution à deux Etats, Gold a répondu : « Il a certaines cartes dans son esprit qui vont au-delà des cartes que les Israéliens peuvent accepter. Il s’essaie à la délégitimation d’Israël et est dans le déni total de l’histoire juive. Cela soulève des questions sérieuses [quant au fait de savoir] s’il peut offrir, ou s’il veut offrir, une solution permanente. Je ne suis pas sûr qu’il le veuille ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, serre la main de son conseiller politique Dore Gold au bureau du Premier ministre à Jérusalem, en janvier 1997 (Avi Ohayon / GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, serre la main de son conseiller politique Dore Gold au bureau du Premier ministre à Jérusalem, en janvier 1997 (Avi Ohayon / GPO)

Gold, qui a servi en tant que conseiller de Netanyahu lors de son premier mandat de Premier ministre à la fin des années 1990, a ajouté : « Il y a de sérieuses questions sur les intentions [d’] Abbas. Malheureusement, il est tombé dans un modèle de comportement se basant sur l’incitation vicieuse contre le peuple d’Israël, qui ne peut simplement pas être accepté ».

Dans les années 1990, Gold avait passé de nombreuses heures à négocier avec Abbas et le connaît personnellement « très bien », dit-il.

« Peut-être qu’il y a eu un temps, où il apparaissait sur la pelouse de la Maison Blanche et négociait avec [l’ancien homme politique israélien] Yossi Beilin, ce qui a créé l’impression qu’il était très modéré. Mais son besoin d’utiliser l’incitation à la violence et la caution qu’il donne aux actes terroristes après les faits soulèvent simplement des questions sérieuses quant à savoir si on peut lui faire confiance pour entreprendre un règlement politique ».

Gold n’a pas voulu discuter de la façon dont Israël se prépare à la période post-Abbas, ce dernier ayant 81 ans.

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas avec des journalistes dans son bureau de Ramallah en Cisjordanie, le 6 octobre 2015. (Crédit : AFP / Ahmad Gharabli)

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas avec des journalistes dans son bureau de Ramallah en Cisjordanie, le 6 octobre 2015. (Crédit : AFP / Ahmad Gharabli)

« Ce n’est pas à Israël de choisir les dirigeants palestiniens », a-t-il dit. « Toutefois, il appartient à Israël de dire si les dirigeants palestiniens (potentiels) ont du sang sur leurs mains ou ont été activement impliqués dans le meurtre de citoyens israéliens. Nous traverserons ce pont quand nous y arriverons », a-t-il dit, peut-être en référence à la candidature potentielle du chef populaire des Tanzim du Fatah Marwan Barghouti, qui purge cinq peines à perpétuité dans une prison israélienne pour avoir orchestré des meurtres au cours de la deuxième Intifada.

Gold a également répondu aux critiques internationales concernant la politique d’Israël d’expansion des communautés juives au-delà des frontières d’avant 1967, rejetant les arguments qu’une telle activité d’implantation rendrait impossible toute solution à deux Etats.

La réaction internationale concernant « l’ajout d’un nouveau rang de maisons dans une colonie existante » en Cisjordanie est « très difficile à comprendre », a-t-il dit.

L’argument souvent avancé qu’un nombre de résidant d’implantations en augmentation rend l’évacuation des implantations impossible « n’est pas nécessairement vrai », a-t-il également ajouté, car la plupart des Juifs vivent dans des blocs d’implantations qui devraient être annexés par Israël dans le cadre d’un accord de paix.

Les colonies n’ont pas bloqué un accord de paix

« Donc cela dépend de la façon dont les cartographes dessinent les cartes. Mais il n’y a aucune raison de ne pas avoir un pourcentage significatif de Juifs au sein d’une Cisjordanie dans les limites de la souveraineté israélienne dans le futur. Et d’autres peuvent décider de vivre là-bas (après un accord et un retrait présumé). Nous pouvons mettre au point d’autres arrangements, sur lesquels je ne veux pas m’étendre à ce stade. Mais un ajout de Juifs n’est pas ce qui bloque un accord de paix. »

Israël a évacué des implantations dans le passé – au Sinaï, à Gaza, et ailleurs – et pourrait le faire à nouveau, à défendu Gold. « Mais les colonies n’ont pas bloqué un accord de paix. Ce qui bloque un tel accord est le recours palestinien à la violence. »

Gold, qui est à la tête du ministère des Affaires étrangères depuis juin 2015, a rencontré des responsables officiels des pays arabes, dont certains sont issus de pays qui n’ont pas de relations diplomatiques avec Israël. Comme Netanyahu, et en contraste avec la sagesse conventionnelle, il pense qu’améliorer les relations avec les pays arabes pourrait permettre un accord de paix avec Ramallah, et non le contraire.

« La sagesse conventionnelle de ces dernières décennies veut que la solution au problème palestinien ait pour résultat de meilleurs liens entre Israël et le monde arabe », avait affirmé Gold au Times of Israel le mois dernier. « Mais il y a des raisons sérieuses de penser qu’en réalité, la suite sera exactement le contre – qu’en améliorant les liens avec les Etats arabes, nous préparons le terrain pour une percée future avec les Palestiniens ».

Cependant, cette notion ne devrait pas être vue « en termes exagérés », a-t-il prévenu durant l’entretien. Personne ne suggère que les Saoudiens sont sur le point d’ouvrir une ambassade à Jérusalem, a-t-il souligné. « Mais ce qu’il se passe, c’est qu’alors que les diplomates israéliens et les diplomates du monde arabe interagissent de façon plus intensive – et même en tant qu’alliés – leur volonté dans le futur d’utiliser leur poids diplomatique pourrait augmenter », a ajouté Gold.

Lors d’une récente conférence à Abu Dhabi durant laquelle Gold est intervenu par connexion satellite, un responsable officiel des Emirats a « critiqué les Palestiniens car ils courent au Conseil de Sécurité au lieu d’aller à l’Assemblée générale comme les Emirats l’ont suggéré », s’est rappelé Gold. « S’il y a une dissonance, elle va être exprimée ; s’il y a une suggestion pour faire avancer les choses de façon positive, ils le feront. Et je pense que lentement mais surement, cela pourrait avoir un impact sur notre façon de formuler un accord de paix plus tard. Le monde arabe est extrêmement important pour accomplir précisément cela ».

Israël ne devrait pas « attendre que les Palestiniens se joignent à nous » avant de chercher un rapprochement avec les Etats arabes, a ajouté Gold. « Nous pouvons développer des relations avec les pays arabes, peut-être à un niveau peu élevé, peut-être en-dessous de la table, et peut-être que certains des liens peuvent être plus manifestes. Nous avons la possibilité de les explorer ».

Dans le même temps, est-ce que les nations arabes ne profitent pas injustement d’Israël, bénéficiant d’une coopération clandestine mais refusant de reconnaître Israël, et dans certains cas, attaquant publiquement Israël ?

« De façon évidente, ce que le monde arabe pourrait obtenir d’Israël serait considérablement augmenté s’il s’ouvrait plus complètement à Israël », a répondu Gold. « Mais nous travaillons avec eux à un niveau qui nous semble confortable, compte-tenu de la nature de nos relations. Et nous espérons que cela pourra être transformé dans le futur. Comment et où – nous verrons ».

Le futur directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold et l'ancien conseiller du gouvernement saoudien Anwar Eshki à Washington, le 4 juin 2015 (Crédit : Groupe Debby Communications)

Le futur directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold et l’ancien conseiller du gouvernement saoudien Anwar Eshki à Washington, le 4 juin 2015 (Crédit : Groupe Debby Communications)

Les processus diplomatiques ne sont pas toujours l’affaire de 24 heures, a-t-il affirmé. Ils impliquent plutôt de construire des relations et la confiance à travers le temps avec des individus.

C’est ainsi que sa relation personnelle avec l’ancien responsable officiel de haut niveau saoudien Anwar Eshki s’est formée, résultant en une rare apparition publique conjointe à Washington DC l’année dernière (juste avant que Gold ne prenne ses fonctions gouvernementales actuelles).

« Au bout du compte, ils étaient réellement intéressés par l’idée d’avoir une rencontre ouverte et non juste de la garder sous la table », a ajouté Gold à propos de ses contacts avec Eshki.

« Parfois vous pouvez voir dans différents contextes qu’il y aura une plus grande volonté dans le futur. Je ne pense pas que nous devions rester assis ici en attendant la prochaine conférence internationale avec les pays arabes et Israël, et que c’est tout ce qui importe. [De tels événements majeurs peuvent être] importants, et c’est pour cela que nous faisons de tels efforts avec les pays arabes. Mais si nous n’avons pas une grande conférence internationale la semaine prochaine, ce n’est pas la fin du monde ».