Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi aurait souhaité que les trois journalistes d’Al-Jazeera condamnés à de la prison soient expulsés plutôt que jugés, a rapporté un journal dimanche.

Les trois journalistes – l’Egypto-canadien Mohamed Fadel Fahmy, chef du bureau d’Al-Jazeera avant que la chaîne ne soit interdite en Egypte, son confrère australien Peter Greste et l’Egyptien Baher Mohamed- ont été condamnés le 23 juin à des peines allant de 7 à 10 de prison, accusés de soutenir les Frères musulmans du président destitué Mohamed Morsi. Leur condamnation a déclenché de vives réactions à l’étranger.

Ces condamnations ont eu « un effet très négatif », a déclaré M. Sissi lors d’une table ronde avec des rédacteurs en chef, selon des propos rapportés par le quotidien Al-Masry al-Youm.

Le verdict avait en effet été qualifié d' »effrayant » par le secrétaire d’Etat américain John Kerry, et les Etats-Unis avaient demandé leur libération, et le secrétaire général de l’ONU Ban ki-Moon avait de son côté « exhorté » M. Sissi à « protéger la liberté d’expression ».

Face à ces multiples réactions, M. Sissi avait affirmé que les autorités ne devaient pas s’ingérer dans les affaires judiciaires.

Il semblait avoir changé d’avis dimanche, déclarant aux rédacteurs en chef que « la condamnation de plusieurs journalistes a eu un effet très négatif », et que le gouvernement « n’avait rien à y voir ».

« J’aurais préféré qu’ils soient expulsés après leur arrestation, plutôt que jugés », a-t-il encore dit, sans qu’il soit très clair comment M. Fahmy et M. Mohammed, détenteurs de la nationalité égyptienne, pourraient être expulsés d’Egypte.

Au total, 20 personnes étaient jugées dans cette affaire : 16 Egyptiens accusés d’appartenance à une « organisation terroriste » -les Frères musulmans- et d’avoir cherché à « nuire à l’image de l’Egypte » et quatre étrangers d’avoir diffusé « de fausses nouvelles » en vue de soutenir la confrérie.

Ce verdict avait été prononcé deux semaines après l’élection à la présidence avec près de 97 % des voix de l’ex-chef de l’armée Abdel Fattah al-Sissi, qui dirigeait déjà de facto le pays depuis la destitution et l’arrestation de M. Morsi le 3 juillet 2013.

Depuis cette éviction, soldats et policiers ont tué plus de 1 400 manifestants pro-Morsi, arrêté plus de 15 000 personnes, dont des centaines ont été condamnées à mort ou à la perpétuité dans des procès expéditifs.

Alors qu’ils couvraient ces événements, MM. Greste et Fahmy avaient été arrêtés le 29 décembre dans une chambre d’hôtel transformée en bureau au Caire, où ils travaillaient sans l’accréditation obligatoire pour tous les médias.