Le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, chef de l’armée et homme fort de l’Egypte depuis qu’il a destitué Mohamed Morsi, a annoncé mardi qu’il ne pouvait « ignorer » les appels du peuple à se présenter à la présidentielle.

Sept mois tout juste après l’éviction du président islamiste, le maréchal Sissi, de loin la personnalité la plus populaire du pays, est donné favori du scrutin prévu au printemps.

Depuis l’éviction du seul président jamais élu démocratiquement d’Egypte, l’armée a installé un pouvoir intérimaire qu’elle dirige de facto et nommé une Constituante dont la nouvelle Loi fondamentale a été adoptée lors d’un référendum aux allures de plébiscite autour de la personne de Sissi.

Dans le même temps, les islamistes pro-Morsi sont la cible d’une implacable répression qui a fait, selon Amnesty International, au moins 1 400 morts, tandis que les forces de l’ordre étouffent désormais également toute opposition progressiste de la jeunesse.

S’il ne s’est pas encore officiellement déclaré, le maréchal Sissi ne cache plus depuis un certain temps sa ferme intention de briguer la présidence.

Déjà fort du « mandat » de l’armée et de rassemblements réclamant sa candidature, il ne lui reste plus qu’à quitter le gouvernement –où il est vice-Premier ministre et ministre de la Défense– et à prendre sa retraite ou quitter l’armée pour être éligible.

Mardi, il a estimé qu' »il ne pouvait tourner le dos au moment où la majorité réclame sa candidature à l’élection présidentielle », ajoutant que « des mesures officielles seront prises dans les jours qui viennent », selon l’agence officielle Mena.

Des hauts responsables proches du maréchal ont affirmé à l’AFP qu’il quitterait le gouvernement une fois la loi électorale encadrant le scrutin présidentiel promulguée.

Le président par intérim Adly Mansour devrait approuver ce texte sous deux semaines au plus tard.

La présidentielle est l’avant-dernière étape de la « transition démocratique » promise par l’armée. Elle sera suivie par des législatives pour doter le pays d’un Parlement.

Le précédent était dominé par les Frères musulmans, l’influente confrérie de M. Morsi qui avait remporté toutes les élections depuis la révolte de 2011 ayant mis fin à trente ans de pouvoir absolu de Hosni Moubarak.

Alors que la plupart des dirigeants du mouvement islamiste, à l’instar de M. Morsi, sont actuellement jugés et encourent la peine de mort, l’Egypte a interdit mardi le Hamas, le soupçonnant de s’allier avec les Frères musulmans pour commettre des attentats, mais le mouvement palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza a accusé Le Caire de « servir » ainsi « l’occupation israélienne ».

Un tribunal du Caire a proscrit les activités et la présence du Hamas, considéré comme la branche palestinienne des Frères musulmans, en Egypte où les attentats visant policiers et militaires se sont multipliés depuis la chute de M. Morsi, notamment dans le Sinaï frontalier d’Israël et de Gaza.

Des hauts responsables égyptiens accusent régulièrement le Hamas d’être « impliqué » dans ces attaques.

Bassem Naïm, conseiller pour les Affaires étrangères du chef du gouvernement du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a dit espérer que cette décision ne se traduirait pas par « des restrictions à la circulation des personnes » vers où en provenance de Gaza.

De nombreuses personnes passent par l’Egypte pour se rendre légalement dans la bande de Gaza, par Rafah –régulièrement fermé par Le Caire au gré de la situtation sécuritaire, instable dans le Sinaï.

Un porte-parole du Hamas à Gaza, Sami Abou Zouhri, a également démenti que le mouvement islamiste palestinien opère en Egypte alors que plusieurs membres de sa formation figurent parmi les co-accusés –la plupart jugés par contumace– dans le procès le plus emblématique intenté contre M. Morsi et les cadres de sa confrérie : ils sont jugés pour « espionnage », accusés d’avoir « comploté » avec le Hamas et l’Iran pour « déstabiliser » l’Egypte.

Ce procès est pour le moment ajourné à une date non définie. Dans un autre procès pour son évasion de prison lors de la révolte de 2011, M. Morsi et des membres du Hamas sont également sur le banc des accusés.

Le Hamas était un proche allié du gouvernement sous la présidence Morsi, mais le nouveau pouvoir au Caire a gelé les relations avec le mouvement palestinien –qualifié de « terroriste » par Israël et les Etats-Unis– depuis qu’il a ouvertement critiqué la destitution du président islamiste.