SOBIBOR, Pologne – Au milieu de nulle part en Pologne et seulement de la taille d’un ou deux terrains de football, l’ancien camp de la mort nazi de Sobibor est tout en mouvement.

Il y a trois ans, des archéologues israéliens et polonais ont découvert le cœur symbolique du centre de mort d’autrefois, les chambres à gaz construites par les nazis où 250 000 hommes, femmes et enfants juifs de toute l’Europe ont été assassinés pendant la Shoah.

Au-dessus de ces restes fragiles de l’Holocauste, tout comme au-dessus des zones proches de charniers, des cyclistes se frayent régulièrement un passage à travers l’ancien camp de la mort, connu parmi les habitants locaux comme pour être un « raccourci » entre des routes. Sobibor attire également de nombreux promeneurs, leurs chiens et mêmes quelques chats.

Lors de la visite du Times of Israel à Sobibor le 11 novembre, jour de la fête nationale polonaise, plusieurs visiteurs ont été vus en train de passer à travers les restes, principalement des briques, des chambres à gaz récemment découvertes et enfoncer leurs pieds dans le sable aux alentours.

Dire que la surveillance et la maintenance à Sobibor sont en dessous de celles de la plupart des parcs publics serait un euphémisme.

A chaque nouveau dégel, comme un mécanisme d’horlogerie depuis trois générations maintenant, les sols recrachent littéralement les preuves les plus évidents de l’Holocauste, des dépouilles de victimes de l’Holocauste, avec des centaines de fragments d’os, certains de la taille de pièces, qui sont restés après la tentative des nazis de détruire les preuves.

Dans cette photo prise le 11 novembre 2014, la surface de la zone des fosses communes à l'ancien camp d'extermination nazi de Sobibor, en Pologne orientale, peut être vue, y compris des fragments d'os. (Crédit : Lena Klaudel)

Dans cette photo prise le 11 novembre 2014, la surface de la zone des fosses communes à l’ancien camp d’extermination nazi de Sobibor, en Pologne orientale, peut être vue, y compris des fragments d’os. (Crédit : Lena Klaudel)

Après que les corps des victimes aient été brûlés dans un crématoire à ciel ouvert, les os restants ont été enterrés et jetés avec les cendres. De nouveaux fragments blancs d’os brillants sortent chaque année, facilement identifiables parmi les nombreux excréments d’animaux et les traces de pneus.

Sans clôture, sans un panneau adéquat ou garde posté, les gens viennent marcher avec leurs animaux au-dessus de ces restes humains, écrasant littéralement des fragments d’os sous leurs pieds.

Les chiens et d’autres animaux se soulagent ici et le sol boueux aux feuilles séchées laisse voir les empreintes de pattes, les traces de pneus fraiches et les mégots de cigarettes partout.

Avec la combinaison du parc pour chiens le plus inadapté du monde et l’infrastructure touristique à venir, certaines personnes attachées à Sobibor considèrent que la transformation du site va trop loin.

Dans le mois à venir, une construction à grande échelle transformera Sobibor pour toujours, alors que les autorités mettent en place un plan pensé depuis longtemps pour construire un musée, un centre de visiteur et plusieurs structures de mémoire à travers le camp.

« Nous ne voulons pas que cela devienne le Disneyland des camps de la mort », a déclaré Jonny Daniels, fondateur et directeur exécutif de l’organisation basée en Pologne, From The Depths.

« Le traitement de ce lieu comme un endroit où les animaux de compagnie se soulagent, en plus de la construction de nouveaux bâtiments énormes au-dessus des restes de camp, est très dérangeant pour de nombreuses personnes », explique Daniels dans un entretien à Sobibor. « On ne peut pas faire des constructions dans un camp de la mort », souligne-t-il.

Un téléfilm de 1987 intitulé « Echapper de Sobibor », sur la révolte des prisonniers de 1943, a aidé à améliorer la connaissance du camp tout comme les fouilles des sept dernières années passées.

Maintenant, les plans du développement artistique de Sobibor, approuvés par un comité de gestion international comprenant aussi le centre Yad Vashem d’Israël, transformeront de manière permanente l’un des anciens camps de la mort nazis en Pologne les moins visités.

Pendant plus d’une année, Daniels a invité les Polonais à retrouver un passé juif polonais largement détruit. La plupart de l’attention de l’organisation britannico-israélienne vieille de 28 ans est allée à la recherche des pierres tombales juives d’avant l’Holocauste. Des centaines de milliers d’entre elles ont été utilisées pour construire des routes, consolider des berges de rivières et construire des maisons dans toute la Pologne.

À l'ancien camp d'extermination nazi de Sobibor, en Pologne orientale, un visiteur se promène avec son chien vers la zone des chambres à gaz récemment excavées - 11 novembre 2014. (Crédit : Lena Klaudel)

À l’ancien camp d’extermination nazi de Sobibor, en Pologne orientale, un visiteur se promène avec son chien vers la zone des chambres à gaz récemment excavées – 11 novembre 2014. (Crédit : Lena Klaudel)

Comme les autres scientifiques internationaux qui ont mené des fouilles à Sobibor, Daniels déterre systématiquement le passé traumatique juif dans ses propres mains.

Les autorités de développement du camp expliquent que la nouvelle infrastructure touristique augmentera grandement l’engagement du public pour Sobibor. Pourtant, des « puristes » de l’histoire de l’Holocauste et certains chercheurs du site se sont clairement exprimés contre la nouvelle construction, expliquant que cela nuirait aux futures perspectives de recherche et enlèverait l’authenticité au site.

« Sobibor est entouré par des centaines de kilomètres de forêt, explique Daniels. Aucun touriste n’aura de problèmes à marcher 150 mètres vers un musée qui serait en dehors du vrai camp », a-t-il déclaré.

Là où les victimes juives étaient déchargées des voitures à bétail sur « la rampe », un parking sera bientôt construit. Les équipements touristiques vont se développer au dessus de la zone de « déshabillage » où les victimes étaient conduites comme du bétail vers la « Route du Paradis » qui menait aux chambres à gaz.

Les fabricants creuseront plus en profondeur que jamais à Sobibor pour probablement retourner de nouveaux objets et éléments du camp sous les yeux attentifs des archéologues.

La soi-disante "Road to Heaven" est le chemin sur lequel 250 000 victimes juives ont été envoyées aux chambres à gaz dans l'ancien camp de la mort nazi de Sobibor, en Pologne orientale. Jonny Daniels, directeur exécutif de la Pologne à base des profondeurs, se confronte à deux cyclistes à propos de l'équitation à travers un site majeur du génocide. (Crédit : Lena Klaudel)

La soi-disante « Road to Heaven » est le chemin sur lequel 250 000 victimes juives ont été envoyées aux chambres à gaz dans l’ancien camp de la mort nazi de Sobibor, en Pologne orientale. Jonny Daniels, directeur exécutif de la Pologne à base des profondeurs, se confronte à deux cyclistes à propos de l’équitation à travers un site majeur du génocide. (Crédit : Lena Klaudel)

D’ici peu, les pelleteuses couvriront les restes de chambre à gaz avec du sable, selon l’archéologue polonais Wojtek Mazurek, dans un entretien avec le Times of Israel à sa maison à Wlodawa, la ville la plus proche de Sobibor.

Pendant sept ans, Mazurek a fait équipe avec l’archéologues israélien Yoram Haimi pour mener des fouilles sans précédent à Sobibor. Des milliers d’objets appartenant à des victimes de Sobibor ont été découverts, pour culminer avec le travail commencé dans les chambres à gaz cet automne. Ici, pendant 71 ans, les fondations en brique de l’usine de la mort et un trésor d’objets personnels attendaient d’être découverts.

Publiés ici pour la première fois, l’équipe a découvert en septembre un bout d’une coupe de céramique représentant Mickey Mouse. Depuis 2007, plusieurs plaques en métal avec des noms d’enfants ont également été découvertes.

Comme pour la coupe de Mickey Mouse, cela a un impact particulièrement fort parmi le petit cercle d’archéologues en raison du lien des objets avec les plus jeunes victimes de Sobibor.

En l’espace de deux semaines, Mazurek et son équipe recouvriront les fondations en briques des chambres à gaz avec un plastique spécial pour les conserver, et ensuite tous les restes seront recouverts de sable. Cela protégera les briques à la fois du vent et des vandales, explique Mazurek.

Comme Daniels, Mazurek n’est pas content de la manière avec laquelle les visiteurs et leurs animaux se comportent dans le camp de la mort tristement célèbre.

« Ce n’est pas correct de venir promener son chien dans cet endroit, explique Mazurek. Si les gens emportent les briques, cela signifie qu’ils savent ce que nous avons découvert ici et ils devraient vraiment avoir honte », déclare Mazurek.

Les plans de construction du musée et du mémorial de Sobibor, dans les cartons depuis plusieurs années maintenant, n’accordent pas une attention particulière à la zone des chambres à gaz, principalement parce que les planificateurs de l’époque soviétique ont recouvert la zone avec de l’asphalte il y a presque un siècle.

Le mur commémoratif proposé à Sobibor fera le tour de la zone de charniers, dont le mémorial de la "montagne de cendres" (Autorisation : Fondation réconciliation germano-polonaise)

Le mur commémoratif proposé à Sobibor fera le tour de la zone de charniers, dont le mémorial de la « montagne de cendres » (Autorisation : Fondation réconciliation germano-polonaise)

Maintenant, les chambres à gaz ont été découvertes et des dizaines d’objets personnels ont été retrouvés ici. Mazurek s’interroge avec d’autres sur l’avenir de cette partie du camp lors des travaux.

Avec la construction imminente au printemps, Daniels espère conduire From thé Depths à organiser une des « actions » les plus importantes en date, avec des volontaires rassemblant méthodiquement des fragments d’os recouvrant Sobibor pour un enterrement juif adéquat.

Le projet pourrait être l’action la plus importante du groupe depuis janvier, lorsque Daniels a amené plus de la moitié des membres de la Knesset en Pologne pour une cérémonie à Auschwitz-Birkenau.

Outragé par les conditions à Sobidor, Daniels cherche à « rendre leur dignité et leur respect » aux victimes de l’ancien camp de la mort, quelle que soit l’avancée des plans de construction.

« J’espère que dans le futur, lorsque nos enfants visiteront Sobibor, ils ne verront pas un parc pour chiens avec de vélos, sans rien savoir, ni sans se soucier, de ce tout petit morceau de terre où un quart de million de Juifs a été exterminé », a expliqué Daniels.