« Malheureusement, c’est leur dernier jour dans la compagnie », a dit à l’AFP Maayan Nave, un porte-parole de l’entreprise de boisson gazeuse en parlant des 74 employés palestiniens.

Lundi, la direction de SodaStream, une entreprise spécialisée dans les ingrédients et les machines pour gazéifier les boissons, a annoncé qu’Israël n’a pas renouvelé au-delà du 29 février le permis de travail des 74 Palestiniens travaillant dans son usine de Lehavim (sud).

« C’est une journée difficile pour nous tous, et pour tous les employés de SodaStream, mais ce n’est pas la fin de la route », a-t-il dit. Il a assuré que la compagnie continuerait à se battre pour obtenir des permis de travail pour ces Palestiniens.

Aucune explication précise n’a été obtenue des autorités israéliennes quant au refus de prolonger les permis de travail.

SodaStream avait décidé en août 2014 de tranférer en Israël son usine établie à Maale Adumim, une des plus grandes implantations israéliennes en Cisjordanie.

L’entreprise SodaStream avait été ciblée par la campagne de boycott BDS.

La querelle avait gagné une attention considérable début 2014 quand l’entreprise s’était offert les services de l’actrice américaine Scarlett Johansson pour sa promotion.

L'actrice Scarlett Johansson lors d'une soirée promotionnelle de Sodastream, le 10 janvier 2014 à New York (Crédit : Getty/AFP/Archives Mike Coppola)

L’actrice Scarlett Johansson lors d’une soirée promotionnelle de Sodastream, le 10 janvier 2014 à New York (Crédit : Getty/AFP/Archives Mike Coppola)

L’artiste, qui était alors ambassadrice de l’ONG humanitaire britannique Oxfam, avait essuyé les critiques du mouvement international BDS (« Boycott, désinvestissement, sanctions ») qui qualifiait SodaStream de « profiteur de l’occupation » israélienne.

SodaStream, qui fabrique des machines à gazéifier les boissons, avait fini en octobre 2015 par fermer son usine dans les territoires qu’elle présentait comme « un modèle d’intégration » avec 1 300 employés palestiniens, arabes israéliens et juifs, pour la relocaliser à Lehavim (sud d’Israël).

« On formait une famille »

En quittant l’usine lundi, un des 74 derniers ouvriers palestiniens, Anas Abdul Wadud Ghaïth, essuyait les larmes derrière ses lunettes.

« On formait une famille. Je suis triste parce que je quitte mes amis », a confié le jeune homme de 25 ans dont quatre années passées chez SodaStream.

« Il n’y a pas d’espoir en Palestine, et pas beaucoup de travail », a-t-il ajouté.

Quelques centaines de salariés de l’usine de Lehavim ont manifesté contre l’attitude du gouvernement israélien et formé un signe de paix en solidarité avec leurs anciens collègues.

Le COGAT, organe du ministère de la Défense chargé de coordonner les activités israéliennes dans les Territoires, n’a pas fourni d’explication sur le non-renouvellement des permis.

« Le COGAT a pris de nombreuses mesures pour aider l’usine, il a fourni des permis provisoires à des centaines de travailleurs au cours de l’année et demie écoulée pour rendre le transfert possible », s’est-il borné à souligner dans un communiqué.

Selon le COGAT, 58.000 Palestiniens possèdent des permis pour travailler en Israël, et 27.000 autres pour des entreprises israéliennes dans les implantations de Cisjordanie. Ces salariés gagnent en général bien mieux leur vie que dans des entreprises palestiniennes.

Cinq cents Palestiniens avaient ainsi perdu leur travail et seuls 74 avaient retrouvé un poste dans l’usine en Israël.

Ce sont eux qui n’ont pas pu obtenir le renouvellement de leurs permis de travail qui expiraient fin février.

Maayan Nave, le porte-parole de SodaStream, a dit ne pas croire que le gouvernement ait voulu sanctionner le fait que l’entreprise ait cédé aux pressions du BDS.

Il a assuré que la compagnie continuerait à se battre pour obtenir des permis pour les Palestiniens.

Le PDG de SodaStream, Daniel Birnbaum, a, lui, affirmé que « le BDS n’a rien à voir avec ça », martelant : « c’est la faute du gouvernement ».

Le gouvernement « est incapable de surmonter sa propre bureaucratie et son propre entêtement pour résoudre cette énorme difficulté : permettre à 74 gens bien de continuer à faire ce qu’ils faisaient jusqu’alors », a-t-il dit à l’AFP.

Sur son site internet, SodaStream dit employer plus de 2.000 personnes dans le monde, et avoir des usines en Afrique du Sud, en Allemagne, en Australie, en Chine et en Israël. Elle a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 500 millions de dollars (469 millions d’euros) en 2014.