SodaStream, grande entreprise israélienne fabriquant des machines à gazéifier les boissons, a prévenu vendredi qu’elle pourrait suspendre sa production dans une usine en Israël si le gouvernement ne renouvelait pas les permis de travail de ses dizaines d’employés palestiniens.

Cette mise en garde survient sur fond de violences renouvelées, qui ont suscité un débat sur l’opportunité de continuer à permettre à des dizaines de milliers de Palestiniens de travailler dans des entreprises en Israël ou dans les implantations israéliennes des Territoires palestiniens.

Les autorités israéliennes ont informé SodaStream que les permis de travail de 74 employés palestiniens de l’usine de Lehavim (sud) ne seraient pas renouvelés à leur expiration à la fin du mois, a indiqué à l’AFP Maayan Nave, chef de la communication de l’entreprise.

« Nous n’avons pas l’intention de laisser la bureaucratie israélienne décider du sort de 74 personnes », a-t-il déclaré.

« Nous sommes bien décidés à soutenir nos employés et à nous battre », a-t-il souligné, en précisant que SodaStream était prête à envisager de suspendre la production.

Les 74 Palestiniens, originaires de Jérusalem et ses environs, sont les rescapés de l’ancienne usine de Maale Adoumim, située aux portes de Jérusalem.

Cette usine a valu à SodaStream de se retrouver au cœur de la campagne internationale de boycott visant à faire pression sur Israël pour obtenir la fin de la construction et de la présence dans les Territoires palestiniens. La querelle a suscité l’attention internationale début 2014 lorsque l’entreprise s’est offert les services de l’actrice américaine Scarlett Johansson pour sa promotion.

‘Ambassadeurs de la paix’

SodaStream a fini en octobre 2015 par fermer l’usine, qui se voulait un modèle d’intégration avec 1.300 employés palestiniens, arabes israéliens et juifs, pour la relocaliser à Lehavim. Mais 500 Palestiniens ont perdu leur travail, selon Maayan Nave. Seuls 74 ont suivi.

Environ 85.000 Palestiniens disposent d’un permis leur permettant de travailler légalement en Israël ou dans les implantations, selon des chiffres récents du Cogat, l’organe du ministère de la Défense chargé de coordonner les activités israéliennes dans les Territoires palestiniens.

La question de ces permis, en particulier ceux des proches d’auteurs d’attentat, s’est posée avec la vague d’attaques anti-israéliennes en cours depuis près de cinq mois, parce que ces permis autorisent les Palestiniens à entrer en Israël ou dans les implantations. En réalité, un nombre infime de ces attaques a été commis par des titulaires de permis.

Au contraire, des généraux préconisent de multiplier les permis de travail pour améliorer les conditions de vie des Palestiniens et ainsi atténuer les tensions.

Les 74 Palestiniens de Lehavim sont des « ambassadeurs de la paix », dit le PDG de SodaStream Daniel Birnbaum dans le quotidien Jerusalem Post, qui a rapporté l’affaire, « mais on ne (les) laisse pas continuer à travailler. C’est tout bonnement incroyable ».

La Cogat a dit à l’AFP avoir pris de « nombreuses mesures pour aider l’usine » et avoir délivré des centaines de permis en un an et demi. Il a laissé entendre que la décision concernant les 74 n’était pas entre ses mains, mais celles du gouvernement.

Sur son site internet, SodaStream dit employer plus de 2.000 personnes dans le monde, et avoir des usines en Afrique du Sud, en Allemagne, en Australie, en Chine et en Israël.