Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a défendu samedi le président Donald Trump, amplement critiqué pour avoir renvoyé dos à dos néo-nazis et anti-racistes après les violences de Charlottesville, et a exclu de démissionner de ses fonctions.

« Bien que j’ai du mal à croire que je doive me défendre sur ce point, moi ou le président, je me sens obligé de vous dire que le président, en aucune manière que ce soit, ne pense que les groupes néo-nazis ou d’autres groupes prônant la haine et la violence, soient équivalents aux groupes qui manifestent pacifiquement et en respectant la loi », a écrit Mnuchin dans un communiqué diffusé sur son compte Twitter.

L’ancien gérant de fonds spéculatif a également cité ses origines pour affirmer que les violences du week-end dernier avait des racines qui remontent bien au-delà de la présidence de Trump.

« En tant que Juif, a-t-il dit, je pense comprendre la longue histoire de violence et de haine contre les Juifs [et les autres minorités] ainsi que les circonstances qui font croître ce type de sentiments et d’actions. »

Il répondait à un courrier écrit par plus de 350 de ses anciens condisciples de l’Université de Yale, lui demandant de démissionner « immédiatement », estimant qu’il s’agissait d’un « devoir moral ».

Manifestation de suprématistes blancs, torches à la main, sur le campus de l'université de Virginie, à Charlottesville, le 11 août 2017. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Manifestation de suprématistes blancs, torches à la main, sur le campus de l’université de Virginie, à Charlottesville, le 11 août 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Les signataires, qui ont diffusé leur lettre sur internet, lui reprochent en particulier d’avoir été présent aux côtés de Donald Trump lors de ses déclarations controversées après les violences de Charlottesville le week-end dernier, où un sympathisant néo-nazi a tué une militante anti-raciste.

Lors d’une conférence de presse mardi, le président des Etats-Unis, tout en condamnant les suprématistes blancs et les néo-nazis qui avaient organisé une manifestation dans cette ville de Virginie, a provoqué une vive controverse en assurant qu’il y avait des torts, mais aussi des gens « très bien », « des deux côtés ».

« Je condamne fermement les actes de ceux qui sont emplis de haine et cherchent à faire mal aux autres. Ils ne sont défendus ni par moi ni par le président ou l’administration », poursuit Steven Mnuchin, ajoutant qu’il « continura[it] à appliquer [le] programme » du président.

« Le fait qu’il y ait des hommes et des femmes de grand talent autour du président devrait vous rassurer ainsi que le peuple américain », dit-il encore en réponse à ses ex-camarades d’université.

Dans la lettre, les anciens de Yale disaient s’être sentis obligés de soumettre une telle demande de condamnation de sa part, parce que « le président s’est déclaré lui-même comme sympathisant de groupes dont les valeurs sont à l’opposé de celles que nous considérons comme fondamentales à notre honneur sacré en tant qu’Américains, en tant qu’hommes et femmes de Yale et en tant qu’êtres humains décents. »

« Le président Trump a fait ces déclarations à voix haute, clairement et sans équivoque, et il les a prononcées alors que vous vous teniez à ses côtés », disait le courrier.

Secouristes et policiers sur les lieux d'une attaque à la voiture bélier, visible à gauche, conduite par James Fields, contre des manifestants anti-racisme, à Charlottesville, en Virginie, le 12 aout 2017. (Crédit : Paul J. Richards/AFP)

Secouristes et policiers sur les lieux d’une attaque à la voiture bélier, visible à gauche, conduite par James Fields, contre des manifestants anti-racisme, à Charlottesville, en Virginie, le 12 aout 2017. (Crédit : Paul J. Richards/AFP)

Les signataires ont indiqué à Mnuchin que la réaction de Trump aux évènements de Charlottesville soulignait une question de plus grande importance que n’importe quelle autre priorité politique ou idée portant sur la gouvernance.

« Nous pouvons être en désaccord sur les moyens de promouvoir le bien-être général du pays, la taille et le rôle du gouvernement, la nature de la liberté et de la sécurité, mais nous ne pouvons pas prendre le parti de ce que nous savons incarner le mal. »

« Nous vous appelons, en tant qu’ami, en tant que camarade et en tant que concitoyen américain, à démissionner en signe de protestation contre le soutien apporté au président Trump au nazisme et aux suprématistes blancs, a conclu la lettre. Nous savons que vous valez mieux que cela et nous comptons sur vous pour faire ce qui est juste. »

Environ 40 000 manifestants ont convergé samedi sur Boston pour dénoncer le racisme et l’extrême-droite, une manifestation émaillée d’accrochages avec la police, preuve du climat électrique qui règne dans le pays depuis les événements de Charlottesville et les propos présidentiels.

Vendredi, le président a limogé son conseiller Stephen Bannon, proche de l’extrême droite.