Paris accueille dimanche une réunion très symbolique sur le conflit israélo-palestinien, dans un contexte rendu explosif par le projet annoncé par la future administration américaine de transférer son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem.

Plus de 70 pays et organisations internationales (ONU, Ligue arabe, Quartette…), mais pas les parties concernées, doivent réaffirmer solennellement que la solution des deux états, israélien et palestinien, est la seule voie possible pour amener la paix.

Israël a dénoncé une « imposture », la conférence s’inscrit dans le cadre d’une initiative française lancée il y a un an pour remobiliser la communauté internationale et inciter Israéliens et Palestiniens à reprendre des négociations interrompues depuis deux ans.

Cette réunion vaut surtout pour le symbole, à un moment où la perspective de deux états s’évapore compte tenu de la situation sur le terrain, marquée par la poursuite de la construction dans les implantations israéliennes, les attaques et attentats palestiniens, la radicalisation des discours et la montée des frustrations.

Le président élu américain Donald Trump réponds au journaliste le 28 décembre à Mar-a-Lago, à Palm Beach en Floride, le 28 décembre 2016. (Crédit : AFP/Don Emmert)

Le président élu américain Donald Trump réponds au journaliste le 28 décembre à Mar-a-Lago, à Palm Beach en Floride, le 28 décembre 2016. (Crédit : AFP/Don Emmert)

Et c’est aussi une façon de faire date, à cinq jours de l’arrivée à la Maison Blanche du futur président américain Donald Trump, dont l’imprévisibilité angoisse nombre d’acteurs du dossier.

Abbas a pour sa part salué « le rôle du président [français François] Hollande et du gouvernement français » dans l’organisation de la conférence internationale qui réunit dimanche à Paris 70 pays pour discuter des moyens de parvenir à la paix au Proche Orient.

Jérusalem, question explosive

Si Washington a toujours été un allié historique indéfectible d’Israël, Trump s’est distingué par des prises de position très pro-israéliennes, particulièrement sur la question de Jérusalem.

Il a promis pendant sa campagne de reconnaître cette ville comme la capitale d’Israël et d’y installer l’ambassade américaine, actuellement à Tel Aviv.

Une ligne rouge pour les Palestiniens, qui menacent en retour de revenir sur leur reconnaissance d’Israël.

Dans un communiqué publié après sa visite de samedi au Vatican, Abbas a affirmé « tendre la main au président élu Trump pour coopérer afin de parvenir à la paix basée sur les lois internationales ».

Le mur Occidental et le mont du Temple (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Le mur Occidental et le mont du Temple (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Il a fustigé le gouvernement israélien, qui « poursuit ses politiques visant à transformer Jérusalem en une ville exclusivement juive/israélienne, en démolissant des maisons palestiniennes, en étendant les colonies illégales, en construisant un mur d’annexion illégal, en divisant les familles et en isolant notre capitale occupée du reste de la Palestine. »

« Toute tentative de légitimer l’annexion illégale par Israël de la ville [Jérusalem] détruira les perspectives d’un processus politique, mettra un terme aux espoirs d’une solution fondée sur deux états et apportera de l’eau au moulin de l’extrémisme dans notre région et dans le monde », poursuit le communiqué.

Le transfert de l’ambassade « non seulement priverait les États-Unis de toute légitimité à jouer un rôle dans la résolution du conflit, mais elle réduirait à néant la solution des deux États », a déclaré le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas au quotidien français Le Figaro samedi.

Une telle mesure romprait avec la politique historique des Etats-Unis et irait à l’encontre de la position de l’ONU, pour qui le statut de Jérusalem, également revendiquée par les Palestiniens comme capitale de leur futur état, doit se régler par la négociation.

Symbole

La conférence de Paris devrait donc répéter son engagement en faveur d’une solution négociée et rappellera dans son communiqué final les textes internationaux de référence sur le conflit, particulièrement ceux de l’ONU – sans toutefois s’avancer dans le détail ou fixer des paramètres de résolution du conflit trop précis. « Si l’on fait ça, on entre dans une zone de turbulences », admet un diplomate français.

Car la communauté internationale, même si elle réaffirme son engagement pour les deux états, ne fait pas bloc pour autant. Que ce soit au sein de l’Union européenne ou des pays arabes, certains pays ont d’autres priorités ou ne veulent pas s’aliéner la future administration Trump.

« Il nous semble important que dans le contexte actuel, 70 pays réaffirment que la solution à deux états est la seule possible. C’est aussi simple que ça, ce n’est pas plus que ça », résume le diplomate français.

Plusieurs sources diplomatiques ont ainsi exclu que les conclusions de Paris soient ensuite gravées dans le marbre d’une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, comme s’en est inquiété Israël.

Cette conférence « n’aura aucune conséquence », estime Nathan Trall, spécialiste de la région au sein de l’ONG International Crisis Group. « S’il n’y a pas de conséquences, si l’on répète encore et encore les mêmes choses, ce n’est rien de plus qu’une mise en scène », déplore-t-il.

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

La réunion de Paris s’annonce néanmoins comme le dernier acte d’une série de gestes remarqués sur la question israélo-palestinienne, dont le plus important s’est produit à l’ONU le 23 décembre.

Un mois avant son départ de la Maison Blanche, l’administration du président sortant Barack Obama a en effet marqué le coup en s’abstenant sur une résolution condamnant les implantations israéliennes, la première depuis 1979. Au grand dam du président élu Trump qui avait exhorté Washington à apposer son veto.

Quelques jours plus tard, dans un discours en forme de testament politique, le secrétaire d’Etat américain John Kerry, qui sera présent dimanche à Paris, avait à nouveau dénoncé les implantations et énoncé des paramètres pour la solution du conflit.