Richard Spencer, le dirigeant américain de la droite alternative qui a fait les gros titres du monde entier en novembre après avoir salué en allemand le président élu Donald Trump pendant une conférence d’extrême-droite où des participants ont réalisé des saluts nazis, a déclaré samedi à Haaretz que ce geste n’avait rien à voir avec le néo-nazisme et que les saluts avaient eu lieu « dans un contexte d’amusement et d’exubérance. »

Spencer, qui dirige le think-tank nationaliste blanc National Policy Institute, a déclaré au quotidien que « je comprends pourquoi des personnes ont été blessées, mais elles doivent comprendre le contexte dans lequel cela est arrivé. Un contexte d’amusement et d’exubérance. »

Il ne s’est pas excusé pour les images de l’évènement d’extrême-droite organisé à Washington, et a déclaré que « je ne le regrette vraiment pas et je ne le condamne absolument pas. Ceci a créé une vague médiatique et il y a beaucoup de personnes qui commencent à s’intéresser aux idées de la droite alternative, donc c’est au final une bonne chose. »

« Je veux que les gens comprennent que nous ne sommes pas des néo-nazis, a-t-il déclaré. Je pense qu’il est évident que les juifs ont subi d’immenses souffrances pendant la Seconde Guerre mondiale. Je ne nie pas l’Holocauste. »

Spencer, qui aurait inventé le terme de « droite alternative », a été filmé le 19 novembre dernier en train de chanter « Heil à Trump, Heil à notre peuple, Heil à la victoire ! » sous les applaudissements d’un public électrisé, dont une partie a répondu par des saluts nazis.

Des orateurs de la conférence avaient cité la propagande nazie en allemand dans le texte, et décrit la victoire électorale de Trump comme « la victoire de la volonté », en référence au « Triomphe de la volonté », un célèbre film de propagande nazie qui a défendu l’arrivée au pouvoir d’Hitler et des nazis dans l’Allemagne des années 1930, avait annoncé le New York Times.

Spencer avait déclaré que l’identité blanche était la force motrice du mouvement de la droite alternative, et que depuis l’ascension fulgurante de Trump, les blancs avaient été « éveillés à leur propre identité ».

Pendant son entretien avec Haaretz, Spencer a précisé ses espoirs qu’une présidence Trump normalise l’extrême-droite.

« Donald Trump serait la première étape pour des politiques identitaires pour le peuple blanc aux Etats-Unis, a-t-il déclaré. Donald Trump est un nationaliste, et c’est quelque chose de totalement nouveau et dont nous pouvons être excités, parce que j’ai le sentiment que le vent tourne aux Etats-Unis. »

Spencer n’a pas été découragé quand Trump a condamné et rejeté son discours.

« Je pense que c’est quelque chose qu’il doit clairement faire en tant que président des Etats-Unis. Mais je ne m’attends pas non plus à ce que la droite alternative se normalise dans la nuit. Nous devrons nous battre pour obtenir un siège à la table », a-t-il déclaré.

Stephen Bannon pendant le discours de Donald Trump, alors candidat républicain à l'élection présidentielle américaine, pendant le dernier meeting de la campagne, à Grand Rapids, Michigan, le 7 novembre 2016. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)

Stephen Bannon pendant le discours de Donald Trump, alors candidat républicain à l’élection présidentielle américaine, pendant le dernier meeting de la campagne, à Grand Rapids, Michigan, le 7 novembre 2016. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)

La majorité de la récente attention portée à la droite alternative découle de la nomination par Trump au poste de stratège en chef de la Maison Blanche de Stephen Bannon, conseiller de sa campagne et jusqu’à récemment président et directeur exécutif du site Breitbart News, qu’il a lui-même déclaré être la « plateforme de la droite alternative ».

Spencer a déclaré que Bannon, qui a été accusé d’antisémitisme et de sectarisme, ne représentait pas la droite alternative dans la future administration.

« Je pense que ce qu’il s’est passé, c’est que Breitbart a été ouvert aux idées de la droite alternative, a-t-il déclaré. Il a été une plateforme pour la droite alternative. C’est une étape très positive. Mais je ne pense pas que Steve Bannon soit un intellectuel de la droite alternative. »

Spencer avait déclaré qu’Israël pouvait être un allié potentiel de l’extrême-droite américaine. Dans un article intitulé « Une alliance avec les juifs », publié en 2010 sur le site internet Radix, Spencer avait affirmé que « les radicaux israéliens pourraient bien préférer que l’extrême-droite soit responsable des affaires » aux Etats-Unis.

« Votre juif libéral moyen de la côte Est, qui prend ses ordres du New York Times et lit Philip Roth à ses heures perdues, ne voudra probablement jamais avoir quoi que ce soit à faire avec l’extrême-droite, même si sa vie en dépendait. Bibi Netanyahu et Avigdor Liberman, c’est autre chose », avait-il écrit.

« Qui sait ? Les nationalistes israéliens pourraient vouloir participer au financement de l’extrême-droite en Europe et en Amérique du Nord. »

Depuis l’élection de Trump, beaucoup d’articles ont été écrits sur le rôle de sa campagne dans la montée de la droite alternative, un regroupement flou de nationalistes d’extrême-droite qui adoptent une position très dure sur l’immigration et ce qu’ils perçoivent comme la dégradation culturelle des Etats-Unis.

Des agences ont contribué à cet article.