Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a mis en garde dimanche contre l’antisémitisme et la xénophobie en Allemagne, lors d’une cérémonie marquant les 70 ans de la libération du camp de concentration de Sachsenhausen.

« Voulons-nous vivre dans un pays dans lequel l’antisémitisme et l’exclusion sont toujours présents ? Où des foyers pour demandeurs d’asile sont incendiés ? Où un jeune homme est frappé dans le métro berlinois parce qu’il est juif ? », a déclaré le ministre, dans une allusion à l’actualité allemande, selon le texte de son discours transmis à l’AFP.

La responsabilité de l’Allemagne après les crimes nazis implique de « s’élever contre l’injustice, contre toute forme de xénophobie et de discrimination », a-t-il affirmé, devant des survivants de la Shoah, dans l’enceinte de l’ancien camp, au nord de Berlin.

Plusieurs foyers de réfugiés ont été attaqués dans le pays, comme récemment à Tröglitz (est).

L’Allemagne a aussi vu ces derniers mois plusieurs milliers de personnes hostiles à l’islam et aux réfugiés descendre dans la rue, emmenées notamment à Dresde (est) par le mouvement islamophobe Pegida.

« Ce n’est pas le pays ouvert que veut la majorité des Allemands », a martelé Steinmeier.

Le camp de Sachsenhausen, construit en 1936 alors que Hitler célébrait les jeux olympiques, « figure la monstruosité d’un régime qui a institutionnalisé l’horreur », selon le chef de la diplomatie allemande.

Entre 1936 et 1945, quelque 200 000 personnes de 40 pays y ont été détenues.

Lors de la libération du camp, les 22 et 23 avril 1945, par des soldats soviétiques et polonais, il ne restait que « 3 000 prisonniers, décharnés, malades, au bout de leurs forces », a rappelé le ministre.

« Les crimes nazis sont sans pareil (…) Les millions de juifs d’Europe tués (…) Les meurtres et persécutions des Roms et des Sinti, des homosexuels, des handicapés, des militants politiques, de ceux qui pensaient autrement, qui étaient autrement, qui priaient autrement, qui agissaient autrement que ce que les nationaux-socialistes leurs dictaient », a-t-il poursuivi.

Après ces horreurs, « cela semble vraiment un miracle que l’Allemagne et Israël soient unis aujourd’hui dans une profonde amitié », a-t-il dit.

La ministre de l’Éducation, Johanna Wanka, a participé de son côté à la cérémonie commémorant la libération du camp de Ravensbrück, également au nord de Berlin. Ouvert en mai 1939, le camp a été libéré le 30 avril 1945 par les Soviétiques. 25.000 femmes et 2.500 hommes y ont péri.