L’agent des services secrets israéliens qui a trompé au moins l’une des accusatrices de Harvey Weinstein dans le but d’étouffer les allégations d’agression sexuelle contre le producteur hollywoodien, aujourd’hui déshonoré, a été identifié comme la vétéran de l’armée de l’air israélienne Stella Penn Pechanac.

Selon un article publié jeudi dans le Daily Mail, Penn Pechanac travaille pour Black Cube, le cabinet de renseignement privé israélien que Weinstein a embauché pour étouffer les allégations d’agression sexuelle et de harcèlement portées par des dizaines de femmes.

Selon l’article, Pechanac a été présenté à l’une des principales accusatrices de Weinstein, Rose McGowan, l’année dernière sous le nom de « Diana Filip ». Elle s’est fait passer pour une défenseur des droits des femmes travaillant pour une société d’investissement basée à Londres.

Pechanac a rencontré McGowan à plusieurs reprises pour déterminer si l’actrice envisageait de rendre publique l’accusation de viol contre Weinstein, et a même obtenu le manuscrit inédit des mémoires de l’actrice.

Le New York Times a rapporté qu’en 1997, Weinstein avait conclu un accord s’élevant à 100 000 dollars avec McGowan, alors âgée de 23 ans, après un incident survenu dans une chambre d’hôtel au Sundance Film Festival.

La seule référence à Pechanac en ligne est une brève biographie de sa participation à une initiative de placement éducatif. Selon Recalculing the Educational Route, Pechanac a immigré en Israël en 1994 de Sarajevo, dans l’ex-Yougoslavie.

Elle a été lieutenant dans l’armée de l’air israélienne et diplômée du Centre interdisciplinaire d’Herzliya, ainsi que de la prestigieuse école de théâtre Nissan Nativ. Elle parle le serbo-croate, l’hébreu, l’anglais et l’espagnol conversationnel, et vit actuellement à Jaffa avec son mari, qu’elle a épousé en 2014.

Une capture d’écran du faux site internet de Rueben Capital Partners, décrivant son initiative féminine.

Avant d’immigrer en Israël pendant la guerre de Bosnie, la famille de Pechanac s’est convertie au judaïsme. Pendant l’Holocauste, ses grands-parents ont caché des Juifs dans leur maison de Sarajavo, située en face du siège de la Gestapo en Yougoslavie.

Grâce à leurs relations, les Pechanac ont fabriqué de faux documents d’identification chrétiens pour des dizaines de Juifs afin qu’ils puissent fuir en Italie et en Palestine.

Son grand-père a été emprisonné pour ses efforts, et plus tard envoyé dans un camp de concentration où il a été tué. En 1985, le mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem a honoré les Pechanac en tant que « Justes non-Juif ».

Près d’une décennie plus tard, en plein conflit bosniaque, Israël a évacué les Pechanacs avec le dernier convoi de Juifs sauvés de la ville déchirée par la guerre.

« Les femmes en perspective »

Lors de sa rencontre avec McGown en 2016, Pechanac a prétendu travailler pour une firme basée à Londres, Rueben Capital Partners. Selon une version en cache du site Web, qui semble avoir été retiré plus tôt cette semaine, la fausse société s’est présentée comme « l’un des plus importants fournisseurs de services de gestion de placements aux particuliers, fondations et organismes de bienfaisance au Royaume-Uni ».

L’actrice Rose McGowan au Festival international du film de Toronto 2008 (Crédit : Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic/Wikimedia)

Le site, qui n’est actuellement plus en ligne, avait également une section consacrée à : « Women in Focus », une initiative ostensiblement consacrée à « combattre toutes les formes de discrimination contre les femmes sur le lieu de travail, mais aussi à promouvoir l’inclusion des femmes dans les entreprises — activement et à tous les niveaux. »

L’adresse du siège social de Rueben Capital Partners à Londres est celle d’une société de location de bureaux.

Plus tôt cette semaine, The New Yorker a révélé que Weinstein employait Black Cube pour 1,3 million de dollars afin « d’arrêter la publication des allégations d’abus contre Weinstein. »

Le New Yorker a indiqué lundi que Weinstein avait fait appel à des agences de sécurité privées pour « collecter des informations sur les femmes et les journalistes qui ont tenté d’exposer les allégations » selon lesquelles il aurait agressé sexuellement des femmes, et notamment à Black Cube, une agence de renseignement privée dont le siège se trouve à Tel Aviv.

Selon le reportage, durant l’année où l’entreprise a travaillé pour Weinstein, les agents de Black Cube ont visé des douzaines de femmes pour collecter des informations personnelles à leur sujet, notamment leurs histoires sexuelles, tentant de les empêcher d’accuser publiquement Weinstein de harcèlement ou d’agression.

Après que la Deuxième chaîne a fait savoir mardi que Weinstein avait été présentée à Black Cube par Barak, l’ancien Premier ministre a admis avoir mis en contact le producteur et l’agence mais a précisé qu’il ignorait les raisons pour lesquelles Weinstein s’intéressait à leurs services.

Sur son site internet, l’agence se présente comme étant « un groupe sélectif de vétérans issus des services de renseignement d’élite israéliens, spécialisée dans les solutions individualisées apportées aux affaires complexes et aux défis litigieux ».

Black Cube a fait savoir à la Deuxième chaîne, en réponse au reportage, que l’entreprise, conformément à sa politique, ne parlait pas de ses clients, tout en soulignant que le travail accompli se trouve toujours dans les limites de la légalité.

Weinstein aurait suivi de près ce travail, même si ses avocats ont également travaillé auprès des enquêteurs. Parmi eux, David Boies, devenu célèbre pour avoir représenté l’ancien vice-président Al Gore lors de l’affaire hautement significative qui l’avait opposé à Bush devant la Cour suprême.

Depuis que The New Yorker et The New York Times ont publié des allégations sur les comportements du producteur Weinstein, une centaine de femmes l’accusent maintenant de harcèlement ou de viol. Les personnes qui se disent avoir été les victimes de harcèlement se sont senties encouragées à exprimer des allégations contre d’autres hommes qui avaient été considérés comme intouchables.

Weinstein nie toute relation non consensuelle.

Depuis que les allégations ont été publiées, tous les projets liés à The Weinstein Company, cofondés par Harvey Weinstein et son frère Bob, sont maintenant considérés d’un oeil défavorable, et leur compagnie de cinéma est au bord de la faillite.

Le mois dernier, la Guilde des producteurs d’Amérique a annoncé que Weinstein avait démissionné, et le groupe a choisi de lui imposer une interdiction à vie. La guilde a considéré cette décision comme étant sans précédent.

L’affaire et ses retombées sont considérées comme un tournant dans l’industrie du divertissement aux États-Unis et au-delà, des hommes puissants — dont Kevin Spacey, qui a reçu deux oscars — sont considérés comme des agresseurs.