Comédien et metteur en scène prolifique, Steve Suissa écume avec succès les planches parisiennes depuis déjà plus de 20 ans. Créateur de nombreuses pièces à succès comme « Le journal d’Anne Franck » avec Francis Huster, « 24h de la vie d’une femme » avec Clémentine Célarié ou encore « A droite à Gauche », la nouvelle création de Laurent Ruquier, l’artiste accumule les belles rencontres et se frotte à tous les genres.

Fort de son expérience, cet amoureux d’Israël importe aujourd’hui sa French touch culturelle pour le plus grand bonheur du public francophone. Après « le chandelier enterré » et « Amok » joués notamment à Jérusalem et à Tel Aviv, l’idée d’un vrai festival de théâtre dans la langue de Molière mûrit lentement et s’impose.

Pour le lancement de cette première édition, Steve Suissa a réussi à réunir plusieurs têtes d’affiche qu’on aura plaisir à retrouver sur scène au mois d’octobre, à Tel Aviv et à Jérusalem. Le « Festival du théâtre français » accueillera entre autres Pierre Arditi, Thierry Lhermitte, Francis Huster, sans compter d’autres très belles surprises encore.

Pour cette belle brochette d’acteurs très attendue, des œuvres incontournables et qui devraient faire résonance auprès du public israélien : « Inconnu à cette adresse » ou encore « L’être ou pas » abordent en effet les thèmes de l’identité et de la judéité. Steve Suissa s’est confié avec passion au Times of Israël sur la genèse de ce premier festival.

Ecoutons-le.

Le Times of Israël : Ce n’est pas la première fois que vous présentez au public israélien des pièces françaises. Pour cet événement culturel unique et inédit que constitue ce premier Festival de théâtre francophone vous avez, je vous cite, « l’ambition de faire du 1er Festival du Théâtre Français un outil fédérateur des publics autant qu’un atout pour le rayonnement et le développement économique d’Israël dans le monde. » Un pied de nez au BDS, en quelque sorte !

Steve Suissa, comédien et metteur en scène, en 2015. (Crédit : Pascalito)

Steve Suissa, comédien et metteur en scène, en 2015. (Crédit : Pascalito)

Steve Suissa : C’est surtout et avant tout une histoire d’amour, une aventure, une envie de partage, avec des pièces bien choisies qui ont pour thématique l’identité. Cela consiste à s’accepter tel que l’on est et s’aimer, et c’est aussi une façon de parler d’amour sous toutes ses formes.

L’image d’Israël, malgré tous les a priori, est face aujourd’hui malheureusement à une désinformation insupportable. Je pense et je suis convaincu que si les artistes viennent jouer en Israël et voient ce qui s’y passe, constatent combien les francophones sont en manque de culture française et comment le public israélien a envie de découvrir ce théâtre, ils seront conquis.

L’énergie ici, la beauté des salles, le professionnalisme des techniciens… S’il y a un mélange qui se fait dans les trois ans à venir entre les artistes français, les artistes israéliens et les publics francophones et israéliens, ça va être sublime, magnifique. C’est ce que je crois, c’est pour ça que nous avons la chance pour ce premier festival d’avoir une délégation française comme il n’y en a jamais eu !

C’est-à-dire qu’elle est prestigieuse, et qu’il y a des pièces qui sont des succès ou des créations, avec des œuvres très fortes. Notamment le stand-up de François-Xavier Demaison, qui a un parcours vraiment très original, puisqu’il a été d’abord trader, ensuite acteur de cinéma et aujourd’hui il raconte son parcours sur scène.

Il ne vient que par curiosité, par envie d’amour. La création, c’est « Horowitz », un biopic sur le plus grand pianiste du siècle trop méconnu, qui a traversé deux guerres et qui a hérité de la lumière…

Comédie, grands auteurs, musique classique et création contemporaine… Un éclectisme qui montre selon vous la diversité du théâtre français ?

Oui. J’ai eu la chance d’être accompagné par un producteur qui m’a fait confiance et ça s’est fait comme une évidence. Tout à coup il y a une cohérence qui est là, avec d’un côté François-Xavier Demaison et de l’humour, avec de l’autre « Horowitz », qui est un mélange de cinéma, de musique classique et d’images sur scène et qui est très émouvant.

Et puis on a « L’être ou pas » sur l’identité juive, qui est sublimement écrite par Jean-Claude Grumberg avec ces deux acteurs incroyables que sont Daniel Russo et Pierre Arditi, et à côté de ça il y a enfin « Inconnu à cette adresse » avec Thierry Lhermitte et Francis Huster.

Ils vont interpréter tous les deux pour la première fois ensemble cette œuvre de Kressmann Taylor qui est incontournable, mise en scène par Delphine de Malherbe. Tout ça fait passer du rire aux larmes, avec des pièces qui forment un tout cohérent sur des identités, sur des parcours, sur l’humanité, sur toutes ces choses qui font que le public va se sentir proche, je l’espère, des thèmes abordés.

Quatre pièces seront jouées au mois d’octobre, avec des têtes d’affiche au théâtre comme au cinéma. Des noms prestigieux comme Francis Huster, Pierre Arditi, Thierry Lhermitte et Daniel Russo pour ne citer qu’eux, viennent se produire en Israël. Comment les avez-vous convaincus de participer à l’aventure ?

Je leur ai demandés par le biais de leurs producteurs s’ils voulaient venir. Ils ont eu envie de venir jouer ces pièces, et vous savez, il n’y a rien de tel que l’envie, c’est le plus beau moteur du monde.

Je vais les accompagner du mieux possible et faire en sorte qu’ils viennent et voient tout ce qu’il y a à voir, qu’ils prennent du plaisir à jouer, que le public prenne du plaisir à ce qu’ils soient là, et qu’ils deviennent donc nos ambassadeurs.

Certaines pièces ont déjà fait je crois leurs preuves sur la scène française. Y aura t-il des adaptations particulières pour la scène israélienne ?

Il y aura des adaptations particulières par rapport aux plateaux et par rapport aux configurations des salles. Après, je pense que le symbole d’être là est assez fort pour se suffire à lui-même.

C’est-à-dire que Francis Huster et Thierry Lhermitte vont jouer « Inconnu à cette adresse » à Jérusalem, dans le bâtiment où a été jugé Adolph Eichmann. Je pense que nous n’avons besoin de rien d’autre.

Comment monte-t-on ce type d’événement ? Avez-vous des partenaires ?

On travaille d’abord comme des fous pendant des mois et des mois, tout ça pour une semaine de festival. Après, j’ai la chance d’avoir le soutien de marques comme la fondation Adelis, comme le groupe Elnet, comme la banque Hapoalim, sans compter des personnes comme Claude Brightman du Collège Académique de Natanya, Leon Recanati et Elie Elalouf [député francophone Koulanou], qui sont aussi avec nous.

Des gens qui sont des patriotes et qui savent aussi que la culture est la plus belle des armes, qu’elle est faite pour guérir les âmes, pour enrichir, pour nous amener vers le haut. C’est la solidarité de tous ces gens-là qui fait qu’un tel événement contribue et nous aide à faire ce pont qui est pour moi indispensable.

La culture, le sport et la science sont pour moi aujourd’hui sans aucun doute les plus forts moyens de susciter l’émotion et de rassembler.

Si ce premier Festival fait le plein, pourriez-vous envisager pour la prochaine édition de jouer dans d’autres villes à forte population francophone ?

Je nous le souhaite de tout cœur. Que des artistes du monde entier aient envie de venir jouer en Israël et que les gens retournent dans leur pays et disent ce qu’ils ont vu, et non pas ce qu’on en dit.

Jouer dans d’autres villes est, à moyen terme, mon ambition. Il s’agirait de faire le tour d’Israël avec des spectacles, de mélanger des acteurs israéliens avec des acteurs francophones et notamment des acteurs francophones israéliens pour monter des spectacles en commun ; j’adorerais d’ailleurs que les acteurs et les metteurs en scène puissent venir plus longtemps pour proposer des masters class et pour faire travailler des Francophones ou des étudiants israéliens.

Ils pourraient leur enseigner leur technique de travail. Et bien sûr ce serait pérenniser un Festival sur des années, sur toutes les villes possibles et pendant longtemps.

Pour les acteurs qui viendront pour la première fois en Israël en octobre, dans quel état d’esprit sont-ils à l’idée de venir jouer ici ?

Écoutez, je leur ai fait faire des vidéos où ils disent pourquoi ils viennent, ce qu’ils ressentent et pourquoi ils ont envie de se produire ici. Je leur ai juste demandé de me faire un petit clip avec quelques mots pour montrer leur enthousiasme et c’est très touchant, parce qu’ils ne savent pas s’ils sont aimés ici, s’ils sont attendus.

Ils ont envie d’être aimés, envie d’être attendus, ils ont envie de partager. Vous savez, je pense que lorsqu’on décide de devenir un artiste, c’est qu’on a trop besoin d’amour ou quand tout à coup on a un vrai besoin de reconnaissance. Mon objectif, à travers ce festival, c’est de rassembler ici, en Israël, et qu’il y ait un partage d’amour.

Vous savez, l’art n’est rien d’autre que des rêves d’enfant. Voilà pourquoi ces pièces-là, à mon avis, peuvent toucher le public et peuvent réjouir ceux qui les jouent, et encore plus ici.

Le public francophone israélien est très friand de culture française. Comment appréhendez-vous l’accueil des spectateurs ici ?

Vous savez, je suis très ému depuis que je suis là. Parce que les gens sont au courant, parce que je croise des personnes dans la rue, parce qu’ils me disent merci, parce qu’ils sont heureux…

Et quand on croise des journalistes israéliens férus de théâtre, ils ont aussi envie de voir, et cette émulation à travers l’art et cet événement est très émouvante. Alors c’est forcément mon rêve que les salles soient pleines et que les gens soient contents, que cela devienne une évidence.

Mon rêve est qu’il y ait tous les publics et toutes les générations dans les salles, et que tout à coup ces histoires, ces destins donnent la force aux spectateurs de faire de leur vie des destins incroyables, voilà !

Le Festival du Théâtre français se déroule en Israël du 22 au 30 octobre 2017, avec Pierre Arditi, Thierry Lhermitte, Francis Huster, Daniel Russo, François-Xavier Demaison et la pianiste Claire-Marie Le Guay.

Les réservations peuvent se faire ICI, et le programme est disponible sur le site du Festival.