Des députés suisses vont voter sur un projet de loi qui interdirait l’import de viande provenant d’un abattage rituel, déjà interdit dans le pays.

Ce projet de loi, soumis en juin par Matthias Aebischer, un député fédéral du parti social-démocrate en Suisse – le deuxième parti du pays – a déclenché une vague d’opposition, parce que le foie gras entrerait dans cette interdiction. Le foie d’oie, plébiscitée par les consommateurs suisses francophones, est réalisé en gavant les animaux, une pratique jugée cruelle.

Aucune date n’a été fixée pour le vote.

Le débat sur cette mesure a divisé l’État fédéral de suisse. Il a été étendu à une proposition de loi sur l’import de toute viande qui proviendrait d’un animal n’ayant pas été étourdi avant l’abattage, selon le quotidien Tages-Anzeiger lundi.

La shekhita, la méthode d’abattage rituel juif, exige que les animaux soient conscients au moment où ils sont égorgés. Cette pratique est souvent jugée cruelle par ses détracteurs, mais ses défenseurs assurent qu’elle est plus bienveillante que les méthodes employées dans les abattoirs non casher. Les musulmans égorgent leurs animaux de manière similaire, avec tout de même moins de restrictions, pour produire de la viande halal.

Herbert Winter, président de la fédération des communautés juives suisses, a déclaré au Tages-Anzeiger que si ce projet de loi est adopté, il représentera « une limite conséquente sur la liberté de religion des juifs » en Suisse, une population estimée à 18 000 personnes, selon le congrès juif européen.

Depuis 1894, la shekhita est illégale en Suisse pour tous les animaux, à l’exception de la volaille. Cette loi est perçue par la fédération de Winter comme antisémite.

Depuis 2002, la Suisse a vainement tenté d’étendre son interdiction de la shekhita à la viande importée.

Le Conseil fédéral suisse, qui est un organe du gouvernement fédéral, a déclaré en 2016 que l’interdiction de l’import de viande ayant subi un abattage rituel violerait les accords commerciaux internationaux signés par la Suisse.

En Europe, les coutumes juives et musulmanes rencontrent une certaine opposition, à la fois de la part des cercles libéraux, qui invoquent le bien-être animal comme préoccupation majeure, et de la part des nationalistes de droite qui jugent ces coutumes comme étrangères à la culture du pays.

Au début de la semaine, des groupes juifs ainsi que le ministère des Affaires étrangères a condamné une affiche placardée dans un hôtel suisse, qui enjoignait ses clients juifs à se doucher avant d’entrer dans la piscine.