Le complexe immobilier domine Jérusalem comme une rangée de dents pourries.

Il est tellement en décalage avec le reste de la ville que l’on en a le vertige lorsqu’on se tient sur ces balcons, telles des molaires – construites illégalement – vous pouvez voir la cité tourbillonnante, loin en contrebas et non pas depuis une grande hauteur mais d’une hauteur immense au sommet d’une colline.

Certains vous diront que, maintenant que la corruption qui a permis sa construction a été mise à jour et les coupables condamnés, les appartements Holyland doivent être détruits.

Les amendes infligées par le juge David Rozen pourraient financer la démolition.

Mis à part le fait qu’un tel acte constituerait une punition pour ses innnocents résidents, il semblerait que les hauts fonctionnaires d’Israël pourraient tirer un bénéfice de la présence dominatrice de ce rappel des périls de la corruption, de même que les électeurs israéliens.

Car le scandale a montré à quel point la corruption a pénétré les sphères dirigeantes à la tête d’Israël, et à quel point la majorité du public y a été indifférente.

Évidemment, parmi le gang des escrocs de Holyland, l’attention a été tout particulièrement portée sur Ehud Olmert.

Il est destiné à entrer dans les livres d’Histoire, non pas, comme il a dû espérer un jour, comme le courageux et clairvoyant dirigeant qui cajolait les Palestiniens et le monde arabe pour mettre fin à leur conflit avec l’Etat d’Israël. Mais plutôt en tant que premier Premier ministre israélien à faire de la prison.

Danny Dankner a lui aussi été condamné à faire de la prison mardi. Il était pendant deux ans le président de la plus grande banque d’Israël, Bank Hapoalim, et n’a été démis de sa prestigieuse fonction qu’après des avertissements et des interventions incessants de l’ancien gouverneur de la banque d’Israël, Stanley Fisher.

Dankner avait plaidé coupable aux nombreuses charges de corruption qui pesaient contre lui lors d’une affaire différente l’année dernière et avait été condamné à un an de prison en décembre.

Mardi, après que Rozen ait rajouté trois ans de plus à sa sentence pour son rôle dans l’affaire du Holyland, Dankner qui ne montrait aucun signe de regret a violemment protesté contre l’injustice de ce verdict.

Emprisonné, aussi, mardi, pour trois ans et demi, Eli Simhayoff, un ancien maire adjoint de Jérusalem qui a refusé de démissionner quand il a été inculpé il y a deux ans et a dû être suspendu par le maire.

Sans aucune honte, quand le leader du Shas, Aryeh Deri, compilait sa liste de candidats du parti pour le Conseil municipal de Jérusalem avant les élections municipales d’octobre dernier, il a placé Simhayoff de nouveau sur la liste, alors même que le procès Holyland entrait dans sa phase finale.

Quand bien même il a été reconnu coupable il y a six semaines, Simhayoff reste officiellement un membre du conseil à Jérusalem, ces détails sont en ligne sur le site de la ville. Il n’a démissionné que mardi, le jour de la sentence.

On aurait pu croire que Deri, parmi toutes ces personnes, aurait été plus intelligent. Il figure, après tout, sur la sinistre liste qui s’allonge continuellement de fonctionnaires israéliens reconnus coupables de crimes et condamnés à des peines de prison.

Il a déjà purgé deux ans de prison pour avoir été reconnu coupable d’avoir accepté des pots de vin en 2000 lorsqu’il était ministre de l’Intérieur.

Mais là encore, pourquoi Deri apprendrait-il sa leçon ? Le charismatique populiste à la brillante carrière politique – il était autrefois considéré comme un possible Premier ministre ultra-orthodoxe – a été paralysé mais pas détruit par ses activités criminelles.

Il a rebondi et a conduit le parti Shas dans les dernières élections générales.

Il a été récompensé par les électeurs, qui ne sont évidemment pas perturbés par son passé de corrompu, avec 11 sièges. Il restera probablement une figure centrale dans la politique nationale pour les années à venir.

Ce qui nous ramène à Olmert et le vote du public.

Après avoir été acquitté dans les grandes affaires des Rishon Tours et Talansky en 2012, et condamné « uniquement » pour une simple infraction d’abus de confiance, l’ancien Premier ministre a sérieusement envisagé de se présenter aux élections générales de l’année dernière.

Même les plus pessimistes des sondages prédisaient qu’un parti dirigé par Olmert pouvait gagner plusieurs sièges.

Il avait abusé de la confiance du public, et là encore au moins une partie du public était prêt à lui faire de nouveau confiance.

Les dents tachées envahissant Jérusalem sur la colline Holyland devraient servir d’avertissement aux politiciens et fonctionnaires corrompus.

Elles pourraient aussi utilement rappeler aux électeurs de ne pas continuer à placer leurs intérêts entre les mains de ceux qui les ont déjà trahis.