L’année 1925 tire à sa fin lorsque Haim Nahman Bialik referme la porte de sa maison, traverse la place et entre dans le magnifique édifice qui était l’ancien Hôtel de Ville de Tel Aviv.

Ignorant le fait que le conseil municipal était en session, ou peut-être l’utilisant à son avantage, Bialik frappe à la porte où se tenait la réunion.

Le maire Meir Dizengoff lui offre gracieusement d’entrer et Bialik – brandissant de façon spectaculaire un avis d’imposition – entame alors un petit discours.

« Je suis un citoyen et un contribuable de cette ville hébraïque. Et la municipalité ne cesse de m’envoyer des lettres me demandant de payer plus de factures. Mais l’hébreu de ces lettres est rempli de fautes. Il me semble que la municipalité devrait embaucher un auteur hébreu pour relire les lettres que vous écrivez et les corriger d’une manière qui serait digne de la première municipalité hébraïque de la première ville hébraïque. »

Bialik, poète national d’Israël, était un célèbre personnage longtemps avant de s’installer en Terre Sainte en 1924. En fait, il était si célèbre que dès qu’il a décidé d’immigrer et d’acheter un terrain à Tel-Aviv, la petite rue située près de chez lui, Bezalel Hill, a été rebaptisée Bialik.

Beit Hair – l’ancienne municipalité située à l’extrémité nord de la rue – offre une vue magnifique sur la rue Bialik.

Et quelle rue. Pas étonnant, puisque les maisons ont été construites principalement par des Européens aisés, habitués à de fastes jardins et à l’art de vivre, avec une architecture variant de l’éclectique au Bauhaus.

Hayim Nahman Bialik 1923 (Crédit : Wikipedia)

Hayim Nahman Bialik 1923 (Crédit : Wikipedia)

Lorsque la rue a été construite, elle était située sur la plus haute colline de la minuscule Tel Aviv et nommée d’après la très réputée Académie des Arts de Bezalel à Jérusalem.

Une petite place sereine – Kikar Bialik – servait de lieu pour des défilés, concerts, spectacles de danse et manifestations bruyantes contre les Britanniques.

Au moment où Bialik élisait domicile dans la rue qui devait par la suite porter son nom, Dizengoff cherchait un bâtiment municipal qui accueillerait tous les nouveaux fonctionnaires de la ville en plein développement.

Le bureau du maire dans ce qui était la mairie de  Meir Dizengoff sur la rue Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le bureau du maire dans ce qui était la mairie de Meir Dizengoff sur la rue Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Dizengoff a passé en revue des esquisses de toutes sortes de bâtiments municipaux grandioses, mais qui dépassaient de loin son budget.

L'ancienne mairie sur la rue Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’ancienne mairie sur la rue Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Heureusement, une famille juive américaine venait d’achever la construction d’un grand immeuble blanc à proximité de la maison d’un ancien très bon ami de Dizengoff en Russie – Bialik.

Meir Dizengoff (Crédit: Wikipedia)

Meir Dizengoff (Crédit: Wikipedia)

Initialement conçue comme un hôtel, la bâtisse fut louée à la ville, qui s’y est installée en 1924 et y est restée pendant plus de 40 ans. (En 1965, l’hôtel de ville a élu domicile place Rabin, et l’ancienne municipalité est devenue le musée Beit Hair.)

De magnifiques photographies de Tel-Aviv depuis sa fondation en 1909 et jusqu’à des décennies plus tard, recouvrent les murs, témoignant du spectaculaire développement de la ville.

Ces photos ont été tirées d’albums de famille, parmi des dizaines de milliers envoyés par des locaux, passés et présents.

Une fabuleuse collection de tuiles colorées prises de planchers des premières maisons de Tel-Aviv orne également les murs.

Et un ascenseur – ou des escaliers en colimaçon – mène au Bureau Dizengoff, une réplique exacte de l’époque où elle servait de bureau officiel au premier maire de Tel Aviv.

Le carrelage exposé de l'ancienne mairie sur la rue Bialik (Crédit :  Shmuel Bar-Am)

Le carrelage exposé de l’ancienne mairie sur la rue Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Plus bas dans la rue, un édifice bleu à l’image d’une forteresse est surmonté d’un toit crénelé rappelant les murailles de la Vieille Ville de Jérusalem.

Il a été construit en 1925 par un ami de Bialik, Shmuel Balder. Balder (qui plus tard a changé son nom en Lander) était un germanophone qui écrivait des pièces à thèmes juifs allemands, jouées sur le toit.

Chaque jour, lui et sa femme revêtaient leurs plus beaux atours et déambulaient fièrement dans la rue Bialik comme s’ils se promenaient le long d’un boulevard de Vienne.

Quotidiennement, Shmuel Balder et sa femme se promenaient le long de la rue parés de leur plus beaux atours ( Crédit : Shmuel Bar-Am)

Quotidiennement, Shmuel Balder et sa femme se promenaient le long de la rue parés de leur plus beaux atours ( Crédit : Shmuel Bar-Am)

Avec ses lignes épurées fonctionnelles typiques de l’architecture (Bauhaus) internationale, une maison de quatre étages à proximité appartient au collectionneur d’art et philanthrope Ronald Lauder.

Entièrement rénovée en 1996, elle renferme un musée Bauhaus contenant des meubles d’intérieur créés selon le design Bauhaus.

La maison classique située à proximité a été construite en 1922 pour servir de maison de famille à un médecin et sa femme, mais a rapidement été transformée en hôpital.

Moins d’une décennie plus tard, après la fermeture de l’hôpital, la bâtisse a été vendue à de riches Juifs iraniens qui ont construit un grand bassin à poissons dans le jardin arrière – qui existe toujours aujourd’hui.

En 1936, la maison a été louée à Rabbi Yisrael Friedman qui fuyait l’antisémitisme sévissant en Europe avec nombre de ses disciples hassidiques. On raconte que ce fervent sioniste a choisi Tel Aviv, et non Jérusalem, pour éviter le son des cloches des églises.

Le musée Rubin sur la rue Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le musée Rubin sur la rue Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le bâtiment situé au milieu de la rue est un autre Bauhaus classique. Il est aujourd’hui dédié aux œuvres de Reuven Rubin.

Rubin était un brillant artiste dont les peintures merveilleuses documentent de façon remarquable les premières années de Tel Aviv.

En 1946, Rubin a loué un étage dans une maison de deux étages. Huit ans plus tard, il a acheté le bâtiment et a ajouté un étage. Les invités étaient accueillis au premier, la famille Rubin vivait au second, et l’atelier de l’artiste se trouvait au troisième.

En vieillissant, Rubin se reposait souvent dans la cour avec sa femme. Un jour, alors qu’il regardait des écoliers visiter la Maison Bialik, il a décidé que sa demeure devrait elle aussi être un jour ouverte aux visiteurs. C’est ainsi qu’il a cédé sa maison et une belle collection de peintures de la ville de Tel Aviv et qui devaient devenir le Musée Rubin (Beit Reuven) en 1983.

Bialik était un personnage très sociable, et tout le beau monde passait par sa maison et son jardin : des intellectuels, de futurs poètes, de hauts membres de la société – et des gens qui lui demandaient d’intervenir auprès de son ami Dizengoff.

La maison a été conçue pour créer un nouveau style architectural « hébreu », combinant le charme de l’Orient au design occidental. Après des années de restauration et de rénovation, elle a été ouverte au public en 2009.

La maison de Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La maison de Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’extérieur comprend des motifs islamiques comme une fenêtre qui inonde l’intérieur de lumière naturelle.

La salle à manger est verte, la salle de réception bleu royal, et l’escalier et l’entrée sont fuchsia brillant.

Les étages sont superbes, et tout l’intérieur est décoré à l’aide de magnifiques carreaux de céramique créés par l’artiste Zeev Raban de l’académie Bezalel.

La salle à manger de la maison Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La salle à manger de la maison Bialik (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Aux premiers jours de Tel-Aviv, les cafés étaient des endroits dynamiques où les gens se réunissaient pour échanger des idées, discuter politique, jouer aux échecs, chanter, écrire de la poésie, boire un verre ou manger un morceau.

À cette époque, deux cafés se trouvaient au coin de la petite rue Bialik ; l’un d’eux est toujours aussi fréquenté.

Construit dans les années 1930, Gan Raveh était un restaurant chic de style Bauhaus, dont les propriétaires offraient régulièrement un « Five O’Clock tea », dans le style ultra-élégant typiquement anglais. Par beau temps, le restaurant a déménagé sur le toit, qui offrait un jardin luxuriant.

Les années ont passé et le bâtiment a changé de mains. Mais en 2001, il est redevenu un restaurant, appelé My Café.

Si le nom vous semble familier, c’est peut-être parce qu’il y a 13 ans, il fut la scène d’un attentat-suicide meurtrier. Le restaurant actuel est appelé Café Bialik et, comme ses prédécesseurs, il est très aimé des résidents et des touristes.

Remarque : consultez les sites web, car Beit Hair, la Maison Bialik, le musée Rubin et le musée Bauhaus sont tous ouverts au public à des heures différentes.

Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides d’Israël en anglais.
Shmuel Bar-Am est un guide expérimenté qui propose des visites privées personnalisées en Israël pour les individus, les familles et les petits groupes.