L’opération a commencé par une explosion. Les médias du Hezbollah et ceux affiliés au régime syrien ont décrit l’offensive militaire qui a débuté en janvier comme étant « la mère de toutes les opérations ».

Les médias ont évoqué environ 3 000 soldats, y compris les forces de Bashar el-Assad et les hommes du Hezbollah (ils n’ont pas parlé des conseillers iraniens qui y prenaient part) travaillant pour enrayer les forces de l’opposition des hauteurs du Golan syrien. Le but était aussi de sécuriser la route de Deraa, la capitale de la région d’Huran et le centre névralgique des activités de l’opposition de Damas.

Le même mois, Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods des Gardiens de la Révolution iraniens, s’est rendu sur le lieu du théâtre des opérations afin de les mener de près.

Soleimani a même été vu en train de prendre des photos avec les hommes. La chaîne al-Midian affiliée au Hezbollah a décrit les impressionnants succès militaires de l’opération, et a déclaré qu’à tout moment, le régime syrien et ses forces de soutien réussiraient à anéantir le bastion de l’opposition centrale du pays, à l’exception du bastion de l’Etat islamique.

Mais en réalité, ces succès sont minimes. Après trois mois de combats, l’opération du Hezbollah peut être qualifiée d’échec. Beaucoup en Israël la décrivent comme étant exactement cela.

Le succès a certainement beaucoup de pères, mais cet échec n’est certainement pas orphelin : Assad, le Hezbollah, et surtout, l’Iran, peuvent prétendre à la paternité de cet échec.

Cette même puissance régionale qui accumule tant de superbes succès militaires en Irak et au Yémen a été arrêtée par les forces paramilitaires dans le sud de la Syrie.

Il se peut, bien sûr, que cet échec soit temporaire, et que dans quelques mois, les soldats de l ‘« axe du mal » renouvellent leur offensive, et avec un plus de succès cette fois-ci.

Mais pour l’instant, les faits sur le terrain parlent d’eux-mêmes : les tentatives de l’Iran, avec le Hezbollah, de changer le visage du front dans le nord d’Israël, avec l’aide des soldats d’Assad comme chair à canon, n’ont pas abouti.

La stratégie iranienne est de combiner les fronts libanais et syrien contre Israël.

Si le Hezbollah a du mal à opérer contre ‘l’ennemi sioniste’ du sol libanais, puisque les contre-offensives israéliennes pourraient blesser Hezbollah politiquement au Liban, les hauteurs du Golan qui sont chaotiques sont beaucoup moins problématiques pour l’organisation chiite et leurs maîtres iraniens.

Dans cette région, les Iraniens voulaient établir un territoire sous leur contrôle sans la présence de l’opposition syrienne, ce qui leur donnerait une double réussite : porter gravement préjudice à Jubhat al-Nusra, qui dominant tant dans le sud de la Syrie, et la création d’un poste de commandement avancé à partir duquel des attaques directes contre Israël auraient pu être lancées et ainsi entrer dans une guerre d’usure.

Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah avait déclaré dans une interview que le Golan et le sud du Liban étaient devenus des fronts.

Le chef Suprême Ayatollah Khamenei et Jihad Mughniyeh (Crédit : @khamenei_ir, Twitter)

Le chef Suprême Ayatollah Khamenei et Jihad Mughniyeh (Crédit : @khamenei_ir, Twitter)

La frappe apparemment israélienne sur le Golan du 18 janvier, au cours de laquelle un général des Gardiens de la Révolution, Muhammad Ali Allahdadi, et six agents du Hezbollah (dont cinq étaient des responsables) ont été tués, a en outre souligné l’effort que l’Iran investit sur ce front.

Il a été annoncé que cette attaque a déjoué la création d’une infrastructure militaire majeure que le Hezbollah et l’Iran voulaient utiliser contre Israël, sous le commandement du fils, décédé dans l’attaque aussi, du commandant du Hezbollah Imad Mughniyeh, Jihad.

L’effort iranien n’a pas commencé en janvier, mais de nombreux mois avant.

Initialement, les Iraniens voulaient utiliser des groupes palestiniens en Syrie comme mandataires, mais leurs capacités d’attaque étaient moins impressionnantes. Ensuite, les Gardiens de la Révolution ont essayé d’utiliser des cellules commandées par le terroriste Samir Kuntar, récemment libéré. Mais son organisation avait également été touchée par les attaques israéliennes.

Donc, l’Iran a décidé d’augmenter son investissement.

Il a créé une unité d’élite qu’il a formée pendant une année, qui a reçu une formation de base et s’est entrainée à des exercices avancés. Tout un réseau logistique soutenait cette unité, commandée par Jihad Mughniyeh.

Des dizaines de personnes sont par l’étape de la sélection pour s’enrôler, et ont appris une variété de compétences leur permettant d’agir en secret. La nouvelle unité était composée d’anciens combattants du Hezbollah, des Palestiniens pro-Assad et des Syriens.

Cette unité est devenue « le bébé » de Nasrallah et de Soleimani et s’est intensément préparée pour mener des attaques avec des tireurs d’élite ou tirant des missiles anti-char contre des cibles israéliennes à travers la frontière. Le raid aérien israélien près de Qouneitra, selon des sources israéliennes de haut rang, a frappé une patrouille avancée juste avant que l’unité ne lance ses opérations.

Hassan Nasrallah à la procession de l'Achoura à Beyrouth - 3 novembre 2014 (Crédit : AFP PHOTO/STR)

Hassan Nasrallah à la procession de l’Achoura à Beyrouth – 3 novembre 2014 (Crédit : AFP PHOTO/STR)

L’effort iranien contre Israël n’a pas seulement était un échec unique. L’avancée des forces syriennes et du Hezbollah a été rapidement arrêtée par des combattants de l’opposition à l’intérieur de la Syrie, ce qui est aussi un camouflet pour l’Iran. A Nawa, Sheikh Maskin, et Tel marl, les forces de l’opposition ont réussi à repousser les forces soutenues par l’Iran. Il en a été de même à Deraa.

Quelles sont les raisons de cette défaite ? Le Hezbollah accuse le climat – les lourdes chutes de neige ont stoppé leur avance. Il se pourrait aussi que le Hezbollah n’ait pas envoyé ses meilleurs combattants, ou que la résistance opposée par l’Armée syrienne libre et Jubhat al-Nusra fût trop féroce.

Dans le même temps, le Hezbollah se bat sur d’autres fronts qui ne sont pas moins dangereux. Les médias libanais ont rapporté récemment qu’il y avait d’âpres combats dans la région de Baalbek, près de la frontière syrienne.

Et bien que le Hezbollah ait capturé la crête de Kalmoun, les combats n’ont jamais cessé là-bas, et à Alep l’armée syrienne n’a pas réussi à vaincre l’opposition sunnite radicale. Les quartiers de Damas, principalement dans la zone de la place sainte chiite, la mosquée Sayyida Zayneb, sont frappés presque quotidiennement.

Selon toutes les indications, la guerre civile en Syrie est loin d’être terminée.