BUENOS AIRES, Argentine — Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est rendu lundi à Buenos Aires sur les deux sites de commémoration des attentats qui avaient eu lieu contre l’ambassade israélienne et un centre communautaire juif de la ville, accusant l’Iran de continuer à exporter le terrorisme, et affirmant qu’Israël continuera à lutter contre les agressions iraniennes.

« Israël a été et continuera à être le fer de lance du combat contre le terrorisme mondial, et nous continuerons d’agir avec détermination et par différents moyens pour nous défendre contre les agressions, contre le terrorisme de l’Iran et contre le terrorisme en général », a-t-il déclaré lors d’un événement organisé par le centre communautaire juif de l’AMIA, l’Asociación Mutual Israelita Argentina.

Quelques heures après avoir atterri à Buenos Aires, la délégation du Premier ministre s’est rendue sur le site de l’ancienne ambassade israélienne, frappée par un attentat-suicide le 17 mars 1992.

L’attaque avait fait 29 morts, dont quatre membres de la mission israélienne, un bilan qui fait de cet attentat le plus meurtrier jamais commis contre une mission diplomatique de l’Etat juif. Trois Israéliens qui avaient perdu des proches lors de l’attentat ont accompagné le Premier ministre pour ces commémorations.

« C’est l’Iran qui était à l’origine de ces événements », a déclaré Netanyahu lors de la cérémonie, se référant au rôle tenu par l’Iran dans l’orchestration de l’attentat de l’ambassade en 1992, mais aussi dans l’explosion survenue au centre communautaire juif de l’AMIA à Buenos Aires en 1994.

« Nous sommes déterminés à combattre le terrorisme iranien, et nous sommes déterminés à l’empêcher de s’établir à proximité de notre frontière », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, au mémorial des victimes de l'explosion survenue à l'ambassade israélienne de Buenos Aires le 11 septembre 2017 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, au mémorial des victimes de l’explosion survenue à l’ambassade israélienne de Buenos Aires le 11 septembre 2017 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Netanyahu avait indiqué un peu plus tôt aux journalistes que les activités menées par le Hezbollah, groupe terroriste libanais aux ordres de l’Iran, en Amérique latine figureraient à l’ordre du jour de ses réunions avec les dirigeants de la région durant son voyage de quatre jours en Argentine, en Colombie et au Mexique.

Le Premier ministre a indiqué que l’Iran chiite et l’Etat islamique sunnite, ainsi que les groupes terroristes liés à Al-Qaïda, présentaient des problèmes absolument similaires pour le monde, qui doivent être combattus de concert.

« Il semble que même s’il y a des succès enregistrés contre l’EI, cela n’en crée pas moins un problème : l’EI s’en va, mais l’Iran arrive. L’EI se retire, mais l’Iran prend la suite », a-t-il expliqué.

« Aucun pays n’est immunisé contre le terrorisme extrémiste islamique. La solution doit être commune, sans hésitation », a-t-il ajouté.

Après la brève cérémonie, Netanyahu a dévoilé une plaque sur le site. Il y est écrit en hébreu, en espagnol et en anglais : « Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le peuple d’Israël rendent hommage aux victimes de l’attentat terroriste commis contre l’ambassade israélienne en Argentine il y a 25 ans. »

La plaque dévoilée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu au centre communautaire juif de l'AMIA à Buenos Aires, le 11 septembre 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

La plaque dévoilée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu au centre communautaire juif de l’AMIA à Buenos Aires, le 11 septembre 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Netanyahu s’est également exprimé devant le mémorial consacré aux victimes du centre communautaire juif de l’AMIA, cible d’un attentat à la bombe le 18 juillet 1994. Quatre-vingt cinq personnes étaient mortes dans l’explosion qui avait été commise par un membre du Hezbollah de 21 ans, envoyé par l’Iran.

Netanyahu a appelé à ce que les auteurs de l’attentat soient poursuivis en justice.

« Il est temps de faire prendre ses responsabilités à l’Iran de manière publique. Il est temps de rendre justice aux victimes. Il est temps de dénoncer les auteurs », a-t-il déclaré, s’adressant à un public constitué d’environ 150 dirigeants juifs locaux.

Le centre communautaire juif de Buenos Aires après l'attentat, au mois de juillet 1994 (Crédit : Cambalachero/Wikimedia commons)

Le centre communautaire juif de Buenos Aires après l’attentat, au mois de juillet 1994 (Crédit : Cambalachero/Wikimedia commons)

Netanyahu a remercié le président argentin Mauricio Macri pour s’être engagé à découvrir la vérité concernant l’attaque de 1994.

Le prédécesseur de Macri avait été accusé d’aider l’Iran à ne pas assumer ses responsabilités dans l’affaire de l’attentat à la bombe. Le procureur Alberto Nisman avait été mystérieusement retrouvé mort en 2015 quelques heures avant de présenter des accusations contre la présidente de l’époque, Cristina Fernandez de Kirchner, qui aurait orchestré un accord secret permettant de couvrir le rôle des responsables iraniens dans l’attentat de l’AMIA. Kirchner avait nié ces accusations et le dossier avait été finalement classé par les juges.

Des participants brandissent des photos de certaines des 85 victimes lors d'une cérémonie de commémoration de l'attentat à la bombe commis au centre communautaire juif de l'AMIA de Buenos Aires, le 18 juillet 2016 (Crédit : Leonardo Kremenchuzky, autorisation AMIA/Via JTA)

Des participants brandissent des photos de certaines des 85 victimes lors d’une cérémonie de commémoration de l’attentat à la bombe commis au centre communautaire juif de l’AMIA de Buenos Aires, le 18 juillet 2016 (Crédit : Leonardo Kremenchuzky, autorisation AMIA/Via JTA)

Dans son discours, Netanyahu a également qualifié Israël de « fer de lance » de la lutte contre le terrorisme.

« Beaucoup de choses ont changé dans le monde en ce qui concerne la perception du terrorisme. Aujourd’hui, il n’y a plus un seul pays sur terre qui soit immunisé contre les attaques terroristes. Tout le monde est touché par ce mal, mais il y en a certains qui le disséminent volontairement, systématiquement, avec une cruauté infinie. Ce qui n’a pas changé, c’est la source du terrorisme qui a attaqué cet endroit », a-t-il estimé, accusant ensuite l’Iran et son mandataire du Hezbollah d’avoir ordonné, planifié et exécuté ces deux attaques.

Cette cérémonie a été organisée alors que les Américains, et d’autres dans le monde entier, commémoraient les attentats du 11 septembre 2001. Netanyahu a fait part de ses condoléances à cette occasion.

« Nous partageons cette douleur, nous connaissons cette douleur, nous l’avons ressentie », avait indiqué le Premier ministre dans une vidéo publiée quelques heures plus tôt sur sa page Facebook.

Egalement présente lors de l’événement commémorant les victimes de l’ambassade israélienne, la vice-présidente de l’Argentine Gabriela Michetti a déclaré que les Argentins et le peuple juif faisaient face ensemble au terrorisme.

« Nous avons un lien par la foi contre le terrorisme et contre la haine », a-t-elle dit, ajoutant que « ces valeurs ont été attaquées ce jour-là, à cet endroit où nous sommes réunis aujourd’hui. »

Michetti a également déclaré que l’Argentine continuerait à faire en sorte que justice soit rendue aux victimes.

« Cette place aujourd’hui est un lieu de commémoration. Les familles doivent savoir que nous sommes solidaires. Mais il n’y a pas de solidarité sans justice », a-t-elle affirmé.

Les arbres de la Plaza qui abrite l'Ambassade d'Israël à Buenos Aires, en Argentine, plantés en mémoire des personnes tuées dans l'attentat de l'ambassade en 1992. (Crédit : NYC2TLV/CC-BY/Wikimedia Commons)

Les arbres de la Plaza qui abrite l’Ambassade d’Israël à Buenos Aires, en Argentine, plantés en mémoire des personnes tuées dans l’attentat de l’ambassade en 1992. (Crédit : NYC2TLV/CC-BY/Wikimedia Commons)

Représentant les familles meurtries au mémorial de l’ambassade, Miri Ben Zeev, veuve de l’agent de sécurité Eli Ben Zeev, s’est souvenue comment sa famille était arrivée en Argentine après deux années agitées à Ankara, marquées par une sécurité stricte et des menaces permanentes.

« Nous sommes arrivés à Buenos Aires, entre autres, pour nous reposer, pour profiter de cette ville étonnante – le Paris de l’Amérique du sud », a-t-elle dit.

Leur fils Eylon avait alors quatre ans et elle était enceinte de leur deuxième enfant.

« Personne n’aurait pu penser qu’ici, de tous les endroits possibles et imaginables, une ambassade entière serait détruite lors d’une attaque iranienne bien orchestrée », a-t-elle ajouté.

Le 17 mars 1992, le jour de l’explosion, Miri, qui était secrétaire à l’ambassade, a terminé son travail vers 13h00, s’est-elle rappelée. Eli l’a accompagnée jusqu’à sa voiture, plaisantant sur sa conduite. Quelques heures après, il lui a téléphoné pour discuter de l’organisation de la dernière soirée avec sa mère, Rachel, en visite à Buenos Aires jusqu’au lendemain.

Quelques minutes plus tard, une amie l’a appelée en signalant qu’elle avait entendu parler d’une explosion à l’ambassade, et que personne ne répondait au téléphone là-bas. Les deux femmes ont sauté dans un taxi pour se rendre à la mission diplomatique, située à l’angle des rues Arroyo et Suipacha, et n’ont été autorisées à entrer sur les lieux de l’attentat qu’après avoir expliqué que leurs époux travaillaient à l’ambassade.

Miri Ben Zeev à Buenos Aires le 11 septembre 2017 (Raphael Ahren/Times of Israel)

Miri Ben Zeev à Buenos Aires le 11 septembre 2017 (Raphael Ahren/Times of Israel)

« Le cerveau vous protège de toute évidence de ce que vos yeux voient. Je ne comprenais pas vraiment. J’ai demandé aux gens : ‘Où est Eli ? », a-t-elle raconté. ‘Il fait son tour’, ont-ils répondu. Les heures ont passé et personne n’a vu Eli. Je suis allée dans les hôpitaux et j’ai regardé les listes – rien. »

Ben Zeev est retournée chez elle auprès de sa belle-mère et de ses deux fils, a-t-elle continué.

« Trois jours se sont écoulés. Il a été le dernier à être découvert ».

Depuis l’attentat, sa famille est liée à la capitale de l’Argentine. « C’est là qu’il a rendu son dernier souffle. A Buenos Aires la belle, ce Paris de l’Amérique du sud », s’est-elle exclamé.

« Nous formons une grande famille, a-t-elle ajouté, mais nous sommes venus ici pour nous souvenir. Nous avons choisi la vie. »