Perché entre l’Afrique et l’Asie et de plus en plus entouré de groupes terroristes islamistes, Israël a érigé des centaines de kilomètres de clôtures métalliques solides et de barrières bétonnées le long de ses frontières.

Les 860 kilomètres d’acier et de béton le long des frontières avec l’Egypte et la Syrie, et les barrières de sécurité entre Israël et Gaza, et Israël et la Cisjordanie – où seuls 480 kilomètres sur les 760 prévus ont été achevés – ont freiné le flux de réfugiés et de travailleurs migrants et réduit l’ampleur et la gravité des attentats terroristes transfrontaliers.

Mais les routes de patrouille le long de ces barrières, comme l’a récemment fait remarquer le commandant de la division de Gaza de la brigade Sud de Tsahal, sont « une sorte de zone de destruction ».

Cela s’est vérifié maintes et maintes fois, notamment avec le déclenchement de la seconde guerre du Liban de l’été 2006.

En 2009, dans le cadre de son déploiement altéré le long de la frontière de Gaza après l’opération Plomb durci, Israël a mis au point un véhicule terrestre sans pilote, pour faire le sale boulot de patrouille le long des frontières.

Cette voiture préprogrammée ou commandée à distance arrive à des horaires fixés, examine de près les traces suspectes et les diffuse par vidéo en direct, le tout sans mettre en péril des vies israéliennes.

L’unité qui exploite ces véhicules doit accueillir une version dernier cri au début 2015. Ainsi, le rôle du véhicule dépassera la surveillance et son domaine s’étendra au-delà de la brigade Sud de Gaza où elle est actuellement déployée.

Elle a récemment ouvert ses portes pour exposer ses activités actuelles et ses objectifs futurs.

Cpt. Avidav Goldstein, ancien soldat de la brigade Golani et commandant de l’unité, se tient à côté d’un petit TOMCAR – conçu par G-nius Unmanned Ground Systems et équipé de neuf caméras, d’un microphone et d’un mégaphone.

Il énumère l’ensemble des menaces qui pèsent sur les troupes à la frontière : tireurs d’élite, tunnels, enlèvements, missiles antitanks et mines.

En conséquence, dit-il, le long de la partie sud de la barrière entre Israël et Gaza, l’armée n’envoie pas systématiquement des troupes de chair et de sang, dont les patrouilles risqueraient de subir une embuscade.

Ce « vide », ajoute Goldstein, est comblé par des caméras, des capteurs, des postes de surveillance armés de mitrailleuses télécommandées, et des véhicules terrestres sans pilote, qui assureraient la couverture et les patrouilles quotidiennes.

La plate-forme de première génération, le Mark I, est exploitée depuis une petite pièce dans les quartiers généraux de surveillance de la brigade Sud, meublée de deux chaises orthopédiques pourpres et de quatre grands écrans.

Les opératrices, des soldates, assises derrière un volant, les pieds sur une pédale d’accélérateur ou un frein, envoient la voiture patrouiller une route préprogrammée, comme un pilote automatique conduit un avion. Si elles voient quelque chose de suspect, veulent s’arrêter ou se rapprocher d’un certain endroit, elles peuvent remplacer le pilote automatique et conduire la voiture.

Pendant la première semaine, la voiture sans pilote a heurté une mine. Une partie de la clôture a volé dans les airs et le véhicule a été endommagé, mais personne n’a été blessé.

« Le but ultime est de sauver des vies humaines », affirme Goldstein, « ainsi, [le véhicule] a entièrement rempli sa mission. »

Pendant l’opération Bordure protectrice à Gaza cet été, la frontière a été prise d’assaut par des troupes combattantes et la technologie télécommandée a été redirigée vers une nouvelle gamme de services : le soutien logistique.

Faisant remarquer que les forces américaines et britanniques en Afghanistan et en Irak « ont subi des centaines de victimes » dans le transport d’approvisionnement, Goldstein affirme que certains transporteurs blindés ont été équipés de cette technologie et envoyés à Gaza pour livrer du ravitaillement.

Dans les prochains mois, l’armée doit se doter du modèle Mark III de camions télécommandés Ford F-350 – le Mark II s’est révélé peu utile – équipé d’un système d’armes de pointe et composé de véhicules logistiques.

Le véhicule sans pilote a deux fonctions fondamentales. Premièrement, c’est un véhicule d’approvisionnement opérant au large d’une voie tracée, explique Goldstein. Citant la possibilité de fils et d’arbres tombés et d’une topographie variée, Goldstein précise : « Ce n’est pas simple, surtout en termes d’envoi d’informations au véhicule. »

Deuxièmement, opérant sur davantage de zones frontalières, le nouveau véhicule, équipé d’une mitrailleuse télécommandée, donne aux soldates derrière le volant un rôle semblable à celui d’un tireur d’élite.

Ce niveau supplémentaire de responsabilité n’a pas échappé à la soldate May Krispin, jeune conductrice du véhicule, qui raconte que par le passé, des soldats de sexe masculin qui conduisaient les voitures n’étaient « pas sérieux », les traitaient « comme une PlayStation » et roulaient parfois sur des stations d’essence.

« C’est pourquoi je suis venue ici », précise Krispin. « Ils ont dit qu’ils cherchaient des femmes soldates sérieuses pour servir dans une région chaude. »