Le cabinet de sécurité a décidé mercredi soir de geler temporairement le projet de construction de 14 000 logements dans la villa palestinienne de Qalqilya, en Cisjordanie.

L’organe ministériel se réunira à nouveau dans 10 jours pour prendre une décision définitive et discuter d’une politique globale sur la construction palestinienne dans la Zone C de Cisjordanie, sous contrôle israélien, selon un communiqué du bureau du Premier ministre.

Parallèlement, le Conseil de sécurité intérieure ainsi que le ministère de la Défense donneront aux ministres tous les détails du projet de Qalqilya, a ajouté le communiqué.

Qalqilya, qui est entourée par la barrière de sécurité israélienne sur trois côtés, est la ville palestinienne de Cisjordanie la plus densément peuplée. Dans le cadre de ce projet, l’Autorité palestinienne aura la possibilité de doubler la taille de la ville en empiétant sur un terrain qui est actuellement sous contrôle israélien, dans une région de Cisjordanie appelée Zone C.

Une carte de la ville palestinienne de Qalqilya. La zone colorée représente le projet d'extension. (Crédit :autorisation du Conseil régional de Samarie)

Une carte de la ville palestinienne de Qalqilya. La zone colorée représente le projet d’extension. (Crédit :autorisation du Conseil régional de Samarie)

Ce projet a été approuvé l’an dernier, dans le cadre de la politique de « la carotte et le bâton » du ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui récompenserait les Palestiniens qui maintiennent le calme et punirait ceux qui sont à l’origine d’attentats ou d’autres troubles, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Ce plan est censé être un geste de bonne volonté d’Israël pour « récompenser » les habitants de Qalqilya, « la ville de Cisjordanie la plus calme ces deux dernières années », ont indiqué des hauts responsables militaires dans une interview au site d’information Ynet.

Mais le rejet du projet de Qalqilya par certains membres de la coalition de droite l’a fait revenir sur le tapis, et il pourrait être annulé.

Les ministres ont été accusés d’être aveuglés par l’armée sur ce sujet. Le cabinet a réagi en ordonnant mercredi au procureur général de formuler une position qui délimiterait l’autorité du gouvernement et celle de l’armée en Cisjordanie en ce qui concerne les constructions.

« Nous ne faisons de faveur à personne », ont déclaré de hauts responsables militaires à Ynet, soulignant que le plan d’expansion de Qalqilya avait été conçu comme un outil de sécurité afin de maintenir le calme et faire cesser la vague de violences qui a débuté en octobre 2015.

« Selon cette approche, nous prenons des mesures de sécurité – démolitions, arrestations, traque des armes – dans les zones et les villes d’où émane le terrorisme. D’un autre côté les zones calmes reçoivent des avantages, comme des permis de travail », ont-ils ajouté.

Le président du conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, a salué le gel du projet. Il a jugé que cette mesure n’allait « pas dans la bonne direction ». Dans un communiqué publié mercredi, le cadre du mouvement des implantations a appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à annuler totalement le projet et « à consacrer davantage de temps à faire progresser les projets de constructions pour les citoyens de l’État d’Israël en Judée, en Samarie et à travers le pays. »

En visite dans les implantations de Cisjordanie mercredi, juste avant la réunion du cabinet, Liberman a contesté les affirmations qui annoncent que 14 000 logements sont prévus dans le cadre du projet de Qalqilya, indiquant qu’il s’agirait plutôt de 6 000 logements, qui seront construits dans les 18 prochaines années.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman présente son plan qui permettrait l'epansion de la ville de Qalqilya dans la zone actuellement contrôlée par Israël durant une visite dans l'implantation de Maale Shomron le 12 juillet 2017 (Crédit : Eden Moldavski/Defense Ministry)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman présente son plan qui permettrait l’expansion de la ville de Qalqilya dans la zone actuellement contrôlée par Israël durant une visite dans l’implantation de Maale Shomron le 12 juillet 2017 (Crédit : Eden Moldavski/Defense Ministry)

Bien que le projet parle effectivement de 14 000 logements, ce nombre reflète le nombre maximal de logements pouvant être construits dans la stricte légalité israélienne. En effet, le projet parle de 6 187 logements, un nombre bien plus « réaliste », qui ne pourrait être atteint qu’en 2035.

De plus, le projet précise que 1 000 logements ont déjà été construits et recevront une approbation rétroactive.

Tous les terrains qui seront utilisés pour la construction sont la propriété privée de Palestiniens, et sont quasiment entièrement entourés par la barrière de sécurité. « Aucun Israélien ne pénètre dans ces zones de toute façon », a souligné Liberman.

Certains dirigeants estiment que ce projet « récompense le terrorisme », et ont fait remarquer que Qalqilya est située à proximité d’une autoroute israélienne, au niveau le plus étroit du pays, à 15 kilomètres de la mer Méditerranée, et qu’elle pourrait devenir une zone de lancement vers le cœur d’Israël.

Judah Ari Gross et l’AFP ont contribué à cet article.