Au moins 46 personnes ont été tuées dimanche dans un double attentat à Homs dans le centre de la Syrie, alors que les Etats-Unis continuent de pousser pour une trêve en annonçant un accord « provisoire » de cessation des hostilités.

Malgré les échecs des précédentes tentatives d’instaurer un cessez-le-feu dans ce pays ravagé par la guerre, le secrétaire d’Etat John Kerry a annoncé à Amman « un accord provisoire en principe » avec la Russie sur les modalités d’une trêve, qui « pourrait commencer dans les prochains jours ».

La multiplication des protagonistes, les divisions internationales et la montée en puissance des groupes jihadistes Etat islamique (EI) et Front Al-Nosra, ont miné les efforts pour un règlement du conflit qui a fait en près de cinq ans plus de 260.000 morts et poussé à la fuite plus de la moitié de la population.

Outre les combats sur les fronts entre différents belligérants, notamment à Alep où 50 jihadistes de l’EI ont été tués en 24 heures, un double attentat a frappé Homs faisant 46 morts, la plupart des civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Des dizaines de personnes ont été également blessées dans l’attentat à la voiture piégée qui n’a pas été revendiqué, a ajouté l’ONG.

La télévision d’Etat a diffusé des images du lieu de l’attentat dans le quartier Zahra, montrant des pompiers s’activant à éteindre les flammes, des soldats et des civils tentant de dégager une personne d’un véhicule endommagé par l’explosion et un corps carbonisé emmené sur un brancard par des secouristes.

Le mois dernier, un double attentat suicide revendiqué par l’EI a fait 22 morts dans ce même quartier contrôlé par le régime, comme la majorité de la province de Homs.

En attendant Obama et Poutine

Ailleurs dans le pays, les combats se poursuivent entre les forces du régime et les rebelles très affaiblis, car marginalisés par l’EI et Al-Nosra. D’autres affrontements opposent forces kurdes et jihadistes, ou encore rebelles et jihadistes.

Dans la province stratégique d’Alep (nord), les forces du régime ont réussi à progresser à la faveur d’une offensive lancée le 1er février avec l’appui crucial de l’aviation russe et du Hezbollah libanais.

Au moins 50 jihadistes de l’EI ont été tués dans les combats avec l’armée qui avance notamment dans l’est de la province et dans les frappes russes, selon l’OSDH.

Outre la Russie, la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis est aussi impliquée dans le conflit et frappe l’EI depuis 2014. Et depuis une semaine, la Turquie bombarde les forces kurdes syriennes près de sa frontière.

Cette situation très complexe rend difficile la mise en application d’un accord qui soit agréé par l’ensemble des protagonistes pour une trêve malgré les efforts de l’ONU et surtout des Etats-Unis.

Dimanche à Amman, Kerry, se voulant optimiste, a annoncé lors d’une conférence de presse avoir de nouveau parlé au téléphone à son homologue russe Sergueï Lavrov. « Nous sommes parvenus à un accord provisoire en principe sur les termes d’une cessation des hostilités qui pourrait commencer dans les jours qui viennent ».

« Ce n’est pas encore fait et je prévois que le président [Barack] Obama et le président [Vladimir] Poutine, pourraient bien se parler dans les prochains jours afin de tenter d’achever ce travail », a-t-il ajouté.

Pourtant Moscou, soutien indéfectible du régime de Bachar al-Assad, a prévenu samedi qu’il continuerait d’aider ce dernier à combattre les « terroristes ».

Kerry se veut optimiste

« Nous sommes plus proches aujourd’hui d’un cessez-le-feu », a quand même assuré Kerry qui plaide depuis plusieurs jours auprès de Moscou pour la mise en œuvre d’une trêve avec notamment l’arrêt des frappes russes.

Une trêve censée entrer en vigueur vendredi dernier conformément à un accord international parrainé par Moscou et Washington a été complètement ignorée.

Avec le régime jugeant difficile sa mise en application, l’opposition syrienne posant des conditions quasiment irréalisables et les groupes jihadistes hors de contrôle, il est difficile de concevoir un cessez-le-feu.

Farouchement hostile au régime Assad, la Turquie a, elle, affirmé se réserver le droit de mener « toutes sortes d’opérations » militaires contre les forces kurdes en Syrie, qualifiées de « terroristes ».

Après plus d’un an et demi d’efforts, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, peine à réunir les protagonistes pour trouver une solution politique.

Le conflit en Syrie, déclenché il y a près de cinq ans par des manifestations pacifiques pro-réformes rapidement réprimées par le régime, a dégénéré en guerre civile avec son lot de morts, de drames humanitaires et de réfugiés.