Genève (AFP) – Les négociateurs du régime syrien et de l’opposition sont entrés dans le vif du sujet en discutant de l’envoi de convois humanitaires à Homs, une première « mesure de confiance » réclamée par l’opposition.

Ville industrielle, au carrefour entre Damas et le nord de la Syrie, Homs est une ville stratégique pour le pouvoir comme pour l’opposition. D’abord, sa situation géographique centrale, puis son haut niveau économique et industriel, enfin son importante densité de population.

Souvent considérée comme le « cœur » de la contestation, la ville a payé au prix fort son opposition au président Bachar al-Assad. Les quartiers rebelles sont assiégés depuis juin 2012 par l’armée régulière qui les bombarde régulièrement.

Les deux camps ennemis, réunis par le médiateur de l’ONU Lakhdar Brahimi au siège de l’ONU, ont également convenu de discuter dimanche, pour la deuxième journée de négociations, du problème des milliers de prisonniers, disparus et civils enlevés en Syrie depuis que le mouvement de contestation de mars 2011 a tourné à la guerre civile sanglante.

Pour ce tout premier round de pourparlers, une courte introduction le matin de l’émissaire de l’ONU et deux heures de discussions l’après-midi, Lakhdar Brahimi a estimé qu’il s’agissait d’un « bon début », tout en reconnaissant: « nous n’avons pas obtenu beaucoup de résultats ».

Lakhdar Brahimi, le médiateur de l'ONU pour le conflit syrien, lors d'une conférence de presse le 24 janvier 2014 à Genève (Crédit : AFP/Fabrice Coffrini)

Lakhdar Brahimi, le médiateur de l’ONU pour le conflit syrien, lors d’une conférence de presse le 24 janvier 2014 à Genève (Crédit : AFP/Fabrice Coffrini)

« Nous avons discuté longuement de la situation à Homs et dans la vieille ville de Homs », a déclaré Lakhdar Brahimi. Et « nous espérons qu’au final, des convois d’aide, avec de la nourriture et des médicaments, seront autorisés à entrer dans la vieille ville », a-t-il ajouté.

Les milliers de Syriens assiégés dans ces quartiers y vivent dans des conditions épouvantables et manquent de nourriture et de médicaments.

« La situation est catastrophique dans la vieille ville de Homs », a indiqué à l’AFP le chef des opérations pour le Proche-Orient du Comité internationale de la Croix Rouge (CICR), Robert Mardini. Le CICR, précise-t-il, n’a pas pu entrer dans dans la vieille ville de Homs depuis novembre 2012 et la situation y était déjà « désastreuse ».

L’opposition a estimé que la demande faite à Damas d’autoriser des convois humanitaires constituait un « test » du sérieux du régime dans les négociations qui se déroulent à Genève jusqu’à la fin de la semaine prochaine.

« Homs, c’est un test : si le régime n’ouvre pas des corridors pour des gens qui meurent de faim, cela veut dire que le régime veut une solution militaire et non pas de solution politique », a estimé Louai Safi, un porte-parole de la Coalition de l’opposition et membre de la délégation à Genève.

« Beaucoup ont perdu la liberté, sont prisonniers, kidnappés, les nonnes (enlevées) à Maloula, les deux évêques, les centaines, peut-être les milliers de personnes qui ont disparu, qui ont peut-être été kidnappées », a-t-il dit faisant allusion aux disparitions de Syriens dans les zones rebelles comme dans les zones contrôlées par le régime.

Les négociateurs sont certes assis face à face mais ne se parlent pas directement – ils négocient par « Brahimi interposé ».

« Nous avons des sentiments mitigés », a confessé Anas al-Abdé, un des négociateurs de l’opposition à l’issue de la réunion. « Ce n’était pas facile pour nous de nous asseoir avec la délégation qui représente les tueurs à Damas », a-t-il ajouté.

Revenant sur le rythme et le ton des négociations, Lakhdar Brahimi s’est montré prudent, estimant que les pourparlers avançaient « à pas minuscules ». En plus de cela, les négociateurs sont certes assis face à face mais ne se parlent pas directement – ils négocient par « Brahimi interposé ».

Pour une fois, le régime syrien partageait le même sentiment que son ennemi. « Peut-être ravalons nous notre rancœur, mais nous sommes là, nous sommes sérieux, nous avons des instructions claires », a déclaré à l’AFP le négociateur en chef du régime, Bachar al-Jaafari.

Le chef négociateur de l'opposition syrienne Hadi al-Bahra arrive avec des membres de sa délégation pour la première discussions directe avec le régime sous l'égide de l'Onu, à Genève samedi 25 janvier 2014 (Crédit : AFP/Philippe Desmazes)

Le chef négociateur de l’opposition syrienne Hadi al-Bahra arrive avec des membres de sa délégation pour la première discussions directe avec le régime sous l’égide de l’Onu, à Genève samedi 25 janvier 2014 (Crédit : AFP/Philippe Desmazes)

Les négociations auraient dû commencer vendredi, mais l’ONU et les Syriens avaient perdu 24 heures après le refus de l’opposition de s’asseoir à la même table que le régime tant que ce dernier n’aura pas accepté ce qui constitue une ligne rouge pour l’opposition et les Occidentaux : la reconnaissance par le régime du principe d’un « organe » de transition conformément au texte adopté en 2012 lors de la conférence de Genève I. 

Après d’intenses discussions avec les deux délégations, Lakhdar Brahimi avait finalement convaincu les protagonistes d’être présents samedi.

Régime et opposition divergent sur l’interprétation de Genève I : les opposants à Bachar al-Assad réclament que celle-ci implique nécessairement un départ du président, tandis que Damas rejette ce scénario et parle d’un gouvernement d’union.

« Le motif de notre présence n’est pas d’ouvrir un corridor ici ou là, il est de parler de l’avenir de la Syrie », a souligné Louai Safi.

Sur le terrain, l’armée syrienne a mené des raids aériens sur des zones rebelles dans les provinces de Damas et d’Alep, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).