L’apparente dissolution d’un groupe rebelle syrien à la suite d’une cinglante défaite face aux djihadistes porte un nouveau coup aux efforts américains pour former une force d’opposition modérée, estiment les experts.

Le groupe Hazem a été chassé samedi par le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, d’une base militaire importante près d’Alep (nord), elle-même prise aux forces du régime par les rebelles fin 2012, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Au moins 73 combattants de Hazem ont été tués dans les combats, a indiqué Louaï Meqdad, chef du Centre de recherche pour les affaires de l’Armée syrienne libre (ASL), principale composante de la rébellion, dont Hazem est proche.

Et Al-Nosra est parvenu à s’emparer de 80 missiles antichars TOW qui avaient été livrés au groupe, a précisé le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahman.

Le lendemain, Hazem annonçait sa dissolution dans un communiqué.

L’AFP n’a pu confirmer de façon indépendante son authenticité mais plusieurs combattants du groupe ont affirmé, via les réseaux sociaux, qu’ils rejoignaient le Front Chamiyah, une large coalition de groupes islamistes de la province d’Alep.

Avec « l’écroulement » de Hazem « il n’y a plus d’opposition modérée substantielle et crédible soutenue par les Occidentaux à travers une grande partie de la Syrie », estime le groupe Soufan, spécialisé dans le renseignement.

Hazem, dont la création avait été annoncée en janvier 2014, était composé principalement d’anciens soldats ayant fait défection de l’armée syrienne régulière pour rejoindre la révolte contre le régime de Bachar al-Assad.

Le groupe était vu depuis comme la pierre angulaire du programme de formation et d’équipement via lequel Washington espère recruter des milliers de combattants non-extrémistes contre les djihadistes du Front al-Nosra et du groupe Etat islamique (EI), qui contrôle de nombreux secteurs en Syrie.

‘Fin dramatique’

Présent principalement dans les provinces d’Idleb et d’Alep (nord) et fort de milliers de combattants, il fut notamment le premier groupe à recevoir, en avril 2014, des missiles antichars TOW de pays occidentaux.

Mais ces derniers mois, le groupe a été soumis à une constante pression des djihadistes qui l’ont délogé de plusieurs secteurs.

Il a ainsi connu des déboires similaires à ceux d’un autre groupe soutenu par les Occidentaux, le Front révolutionnaire de Syrie (FRS), qui a également perdu des territoires.

L’auto-dissolution de Hazem « est la fin dramatique d’un groupe ouvertement aidé –à des degrés divers– par les Occidentaux sous forme d’équipements et de formation », indique le groupe Soufan.

Malgré ce revers, un responsable militaire américain a affirmé à l’AFP que son pays était déterminé à poursuivre ses efforts pour soutenir les rebelles modérés, avec l’objectif d’entraîner quelque 5 000 combattants syriens cette année et environ 15 000 sur trois ans.

Il a ajouté que d’anciens membres de Hazem seraient recrutés pour le programme, qui doit débuter dans quatre à six semaines en Turquie.

Mais pour Jeffrey White, chercheur au Washington Institute for Near East Policy, la dissolution de Hazem « démontre pour les Etats-Unis le risque de soutenir n’importe quel groupe » avec la peur que les armes qui leur sont distribuées ne tombent entre les mains des djihadistes.

Aux yeux des combattants syriens, se pose parallèlement la question du bien fondé d’accepter un appui américain. White estime ainsi que ceux qui pourraient être intéressés par le programme américain de formation « se rappelleront des exemples du FRS et de Hazem. Et ils se demanderont : ‘Est-ce qu’ils (les Etats-Unis) vont efficacement nous soutenir ou vont-ils nous exposer à des représailles en Syrie?' ».